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Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl ÉTUDE BOTANilQUE, CHIMIQUE ET FHTSIOLOGIQUE SUR Ll THiLIGTRDI MAGROGARPDI •- >■ H' . \ ■'s ETUDE BOTANIQUE, CHIMIQDE ET PHYSIOLOGIQUE SUR LB THALICTRDII PAR E. DOASSANS Docteur ea médecine de la Faculté de Paris Ancien externe, lauréat des hôpitaux de Paris (Médaille de bronze de l'Assistance publique) Ancien préparateur de, botanique au Muséum d*histoire naturelle Ancien élève des Hautes-Études (Sciences chimiques et physiologiques) Membre de la Société botanique de France. Avec planche et figures -<;^ PARIS LIBAIRIE DES SCIENCES MÉDICALES V^ FRÉDÉRIC HENRY 13, rue de rEcole-de-Médecine, 13 1881 AVANT-PROPOS Au mois d'août 1879, nous avons eu l'occasion de faire quelques excursions botaniques dans les montagnes de la vallée d'Ossau (Basses-Pyrénées), qui, on le sait, nourrit des plantes qui lui appartiennent exclusivement et sont juste- ment remarquables par leur distribution géographique tellement restreinte qu'on les chercherait vainement sur tout autre point du globe. Parmi ces espèces rares le Thalictrum macrocarpum est sans contredit l'une des plus intéressantes. Le grand déve- loppement de ses racines, leur coloration jaune d'or ainsi que leur amertume très accusée fixèrent notre attention, et l'idée nous vint de recueillir les parties souterraines de cette renonculacée pour en faire l'objet d'une étude particulière. Signaler une plante indigène fort peu connue, rechercher ses propriétés chimiques et physiologiques tel a donc été le but de notre travail. L'étude botanique du Th'aUctrum macrocarpum a été faite au laboratoire de Botanique de M. le professeur Bureau, au Muséum d'Histoire naturelle de Paris. Nous exprimons ici à notre ancien maître nos sentiments de recon- naissance pour les marques de bonté qu'il nous a constam- ment données pendant tout le temps que nous avons travaillé près de lui. Nous devons également dés remerciments à M. le profes- seur Wurtz qui nous a ouvert avec la plus grande bienveil- - 6 — lance son laboratoire pour les recherches chimiques de notre travail. Grâce encore aux encouragements de notre vénéré maître M. Vulpian, il nous a été possible d'aborder ensuite avec quelque confiance l'étude des effets physiologiques déter- minés par le Thaliotrum macrooarpum. Qu'il nous soit donc permis de témoigner à M, le professeur Vulpian, notre profonde reconnaissanoe. Nous adressons aussi à son chef de laboratoire, M, Boche- fontaine, un témoignage public de vive gratitude pour son obligeant concours dans nos recherches physiologiques* Nous exprimons enfin nos remercîmeuts sincères à MM. Richet et Hanriot, professeurs agrégés de la Faculté de médecine de Paris, à M. Cornu, aide-naturaliste au Muséum d'Histoire naturelle et à M. H. Mourrut, qui nous ont facilité diverses recherches nécessitées par notre étude» Ce travail est divisé en quatre parties. Dans la première nous donnons, avec un court aperçu du genre Thalictrum, l'histoire botanique complète du Thalictrum macrocarpum. La seconde est consacrée aux recherches chimiques des principes renfermés dans les racines de cette plante. La troisième est réservée à l'étude expérimentale des effets déterminés dans l'organisme par cette renonculacée. Nous terminons par des conclusions résumant les résultats de nos diverses recherches sur le Thalictrum ixutcrocarpum. PREMIÈRE PARTIE BOTANIQUE, CHIMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE sim u THALIGTfiUH MAGROGABPUM Ou sont nos maîtres, quand les Pyrénées leur offrent de si beaux sujets de méditation? (hkuovh^Voyages au Mont-Perdu^ an IX-1801). » le classement du genre thalic-* trum, par ordre de similitude et d'affinité, avec leur aire respective de dispersion, telle qu'elle peut être établie au- jourd'hui (1).» Nous avons cru utile de joindre à notre travail cette liste, en inscrivant seulement les espèces franchement admises par cet auteur, avec leurs synonymes et leur géographie, on la trouvera plus loin. Les fruits des thalictrum ont servi de base à la plupart des sections faites dans ce genre. De Candolle, dans son Systema t. I, pag. 168, a établi la division des thalictrum en trois sections sur la forme de ces fruits* La première de ces sections, section Tripterium^ ren-» ferme des thalictrum dont les achaines sont oaracté^ risés par trois angles ailés, stipités, possédant des racines fibreuses, des feuilles multiséquées, à pétiole rameux pourvu d'oreillettes à la base des ramifications du pétiole. Le type de cette section est le Thalictrum aquilegifo^ Hum L. • La seconde section, section Physocarpumj comprend des plantes analogues à celles qui fait l'objet de ce travail, caractérisées par des achaines renflés, vésiculeux, stipités, à angles dilatés, à graine beaucoup plus petite que la cavité qui la renferme, à fleurs dioïques, monoïques ou (1). Lecoyer. Bulletin de la Société royale de Botanique de Belgique^ 1. 14 p. 169; t. 15 p. 112; t. lô p. 198, — 16 — polygames, à feuilles bi-tri-ternatiséquées, possédant des ra- dnes fibreuses ou des racines pivotantes présentant parfois des ramifications fusiformes. Les espèces de cette section appartiennent presque toutes à TAmérique, à Texception du Thalictrum macrocarpum Gren que nous étudions, les autres types de ce groupe sont les suivants : Thalictrum podocarpum H. B. K. Thalictrum longistylum DC. Thalictrum rutidocarpum DC. La dernière section, section Euthalictrum ^ comprend un nombre considérable d'espèces, la majorité des espèces européennes y sont renfermées. Les thalictrum de ce groupe sont caractérisés par des acbaines sessiles, ovales, oblongs, à côtes nombreuses, verticales, saillantes ; ils possèdent des fleurs dioïques, polygames, ou plus souvent hermaphrodites, des feuilles de forme très variable, et des racines fibreuses ou tubercu- leuses. De Candolle a réparti les Euthalictrum en plusieurs sous-sections; avec Endlicher (1), nous admettrons leur division, en ^eux sous-sections seulement. La première, celle des Thalictrdides j qui comprend les espèces à racines fibreuses, ayant pour type les suivantes : Thalictrum Cornuti L. Thalictrum alpinum L. Thalictrum rotundifolium DC. La seconde celle des Syndesmoriy renfermant des thalic- (1) Endlicher. Gênera pîantarum^ p. 845. ^ 17 V trum spéciaux, à racines renflées en forme de tubercules comme les : Thalictrum tuberosum L, Thalictrum orientale Boiss. Thalictrum anemonoides Michx. Thalictrum débile Buckl. L'énumération suivante des Thalictrum franchement admis par M. Lecoyer, et classés par ordre d'affinités, per- mettra de voir la place occupée par le Thalictrum macro-^ carpum Gren., ainsi que celle des autres espèces de thalic- trum, jouissant de propriétés médicinales. Cette énumération, comprenant les 57 espèces suivantes, nous facilitera en outre l'exposé de certaines analogies signalées^'en passant, dans le cours de notre travail, entre le thalictrum macrocarpum et d'autres thalictrum. 1. — Thalictrum aquilegifoUum L. — Syn. 7. atropurpureum Jacq. T. formoaum Sims, T, niveum Baumgt., T. laxiflorum Schur., T, pauciflorum Schur., T, iniegratum Gandog., T. platyphyllum Gandog., T. Borderi Gandog., T. obtusilohum Gandog., T. Pyrrha Gandog. T. tcncri/bZium Gandog, T. juranum Gandog., T, oxyphyllum Gandog. — Près couverts et humides, montagnes boisées. Europe conti- nentale, principalement dans la partie centrale ; devient dé plus en plus rare vers le nord-ouest, et fait défaut dans les îles Britanniques. Asie médiane et boréale, ,iusqu*au Kamtchatka; îles Kurilles et Japon. 2. — ThaUctnun elegans Wall. — Asie : Himalaya, Monts Choor, ré- gions tempérées. 3. — Thalictmm Fendleri Engelm. — Amérique septentrionale : versant occidental des montagnes Rocheuses, Californie. 4. — ThaUctnim platycàrpum Hook et Thoms. — Asie : région tempérée de PHimalaya, Thibet, Nubra, Hundes, Badrinath, Garv^hal, Kumaon. 5. — ThaUctmm sparsiflonim Turcz. — Asie : Dahurie, Sibérie orientale jusque vers le fleuve Amour. Amérique septentrionale : Colorado, Montagnes Rocheuses. 6. — Thalictmm cultratum Wall. ~ Asie : région tempérée de FHima- laya, Thibet. -- 18 — 7. •— ThiUctmm Glielidoilii DG. — Asie : région tempérée de rHim»- laya. 8. - Thalictram podocarpmn H. 6. K. — Bois de ramérique méridio- nale : Venezuela, Nouvelle Grenade, Quindiu, province da Maraquita. 9. — Thalictram rutidocarpum D G. — Améiique méridionale : région tempérée des Gordillières de TEquateur. 10. — Thalictmm longistylnm D C. — Syn. T. loMiontylum Presl. — Amé- rique méridionale : Gordillières du Pérou, Mont Sorata; Rio-Primero République- Argentine . 11. — Thalictram pahigerom Benth. — Amérique septentrionale : bords des eaux près de Lagos, Mexique. 12. — Thalictram Hernandezii Tauscbs. — Amérique septentrionale : région tempérée du Mexique, près de Toluca. 13. — Thalictram Mexicanam D G. — Syn. T, macroatygma Willd, — Mexique. 14. — ThaUctram maorocarpum Gren. — Europe : Pyrénées centrales et Basses-Pyrénées, des Eaux Bonnes à Argeléz. J5. — Thalictram micropodam Kar. et Kir. — Asie : partie rocailleuse des monts Tarbagataï. 16. -— Thalictram lacerostipellatam Koch et Bouoh. -^ Oultivé au jardin botanique de Be:lin et provenant de Sibérie? 17. — Thalictram leacostemon Koch et Bouch. — Cultivé au jardin bota- nique de Berlin et provenant de l'Amérique septentrionale? 18. — Thalictram paacifloram Royle. — Syn. T. macrostygma Edgew T. secundum Edgew. — Asie : roches humides des régions tempérées de l'Himalaya, depuis Gashmir jusqu'à Kumaon. 19. — Thalictram Gornati 1. — Syn. T. rugoaum Ait., T, discoîor Willd, T, corynellum DG., T. reuoZutumDG., T.pubeacens Purhs., T,poly~ gamum Miihlb., T. confertum Mœnch., T, crenatum Desf. —Améri- que sepfceatiioaale : lieux couverts, rives des cours d'eau et prairies humides; se reacontredans toute lalargeurdu continent jusqu'au 56° de latitude mais fait défaut dans les terrains nus et les régions alpines. 20. — Thalictram Wrightii Gray. — Amérique septentrionale, ravins des montagnes du Mexique, province de Santa Grux, Mexico, Sonora, 21. — Thalictram filamentosam Maxim. — Asie : Mandchourie, rives de l'Amour et de TUssuri. 22. Thalictram haicalense Turcz. — Asie : bois et lieux couverts de la Mandchourie et des contrées voisines du lac de Baïcal. 23. - Thalictram clavatam D. G. — Amérique septentrionale : collines sablonneuses de la Caroline et de TAlabama. 24. — Thalictram rhynchocharpam Dill. et Rich. ^ Syn. T. chymocar-- pum Dill., T. longepedunculatum Hochst. et Steud. — Afrique : mon- --19- tagnes de la Guinée supérieure, ver» le Haut Nil ; de 1* Abjnime, pro- vince de Tigré. 25. ^ ThaUctrum pednncnlatnm Edgew. — Asie : régions tempérées de THimalaya ; montagnes du Kafferistan et de rA^hanistan. 26. — Thalictnun roftellatom Hook. f. et llioms. — - Asie : Himalaya tempérée vers Simla et Sikkin. 27. •» Thalictmm calabricnm Spreng. -** Syn. T. purpurcum Ten., T. eo- lahrum Ten. — > Europe : bois montagneux de la Calabre et de la Si- cile. 28. - Thalietniinnitafolinm Hook. f. Tboms. — Asie : région tempérée de r Himalaya vers le Sikkin, Thibet, Nubra. 29. — Thalictmm alpinnm L. — Syn. T. matginatum Royle, T. mi- crophyllum Royle, T. acauîe Cambers. — Lieux humides et fangeux des régions alpines Europe . Laponie, Suède, Norwège, Irlande, Iles Britanniques, Pyrénées, Alpes. -— Asie : Sibérie arctique. Mont Saratau, Soongarie, Dahurie, Kamtchatka, Caucase, Thibet, Himalaya, Améri- septentrionale : Groenland, goUé St.-Laurent, Canada, Montagnes Rocheuses. 30. — Thalictmm actsafolinm Sieb. et Zuccar, — Asie : Japon, près de Nangasaki. 31. — Thalictram foliosnm DG. -* Asie : Himalaya tempéré du Népaul. 32. — Thalictmm dioicnm L. — Syn. T, lœvigatum Michx., T, rugoaum Pursh., T, purpurctêcen» L., T. carolinianum Bosc. in DC. — Amé- rique septentrionale : lieux herbeux sur les rives du cours d*eau, prin- cipalement vers le fleuve Mackensie jusqu'au 76<> de latitude; devient plus rare vers les montagnes Rocheuses, le Columbia, et manque dans régions alpines. 33. — Thalictmm rotnndiloliiim DO. — Asie : Régions tempérées de THimalaya, Népaul. 34. — Thalictmm saniculaloraie DC. — Syn. T. radiatum Royle. — Asie : sur les troncs d'arbre et les rochers humides daos THimalaya tempéré, depuis le Simla jusqu'au Sikkin. 35* -* Thalieimm JaTanicnm Blum. — Syn* T. glyphocarpum Wight et Arn. — Asie : régions tempérées de T Himalaya, Nœlgherrlesi Geylan, Java. 36. --* Thalictmm pnndaannm Wall. — Asie : Himalaya tempéré sur le Kumaon, monts Kassia. 37. Thalictmm Dalielii Hook. — Asie : péainsule occidentale de rinde^ collines du Tvlilabar. H8. — ThaUetmm petaloîdeam L. — Syn, r. Btamineum L. -» Asie : lieux secs de la Sibérie méridionale et orientale, Dahurie, Mongolie, Chine boréale* 39. — Thalictmm isopyroîdea C. A. M, — Syn. r. vaginatum Royle. — Asie : Rochers et partie montagneuses de la Sibérie méridionale : Soon- garie, Asie Mineure. Mésopotamie, Perse orientale, Beluchistan , Afghanistan et Kashmir. 40. — Thalictrum trigynnm Fisch. — Syn. T. iriapermum Fisch, 7*. oli~ gospermum Fisch. — Asie : lieux secs, Sibérie, Dahurie, Mongolie et le bassin de F Amour. 41 . — Thalictmm squarrosnm Steph. — Sibérie. 42. — Tbalictmm lœtidmn L. — Syn. T. styîoideum Lin. f. T. acutilo- bum DC, T. acixatile Will. — Dans les vallées et sur les rochers bien exposés. Europe : France méridionale, Suisse, Italie supérieure, Autri- che, Hongrie, Russie médiane. Asie : Sibérie méridionale et orientale^ Dahurie, Asie mineure, Perse boréale et Himalaya. 43. — Thalictnun sibiricom L. — Syn. T. parvifoUum Mœnch. — Asie : Sibérie. 44. — Thalictmm minnsL. — Collines nues ou boisées. Europe, dans tout le continent el la plupart des îles, devient rare vei's la Baltique et sem- ble faire défaut dans les régions boréales. Asie : croît de la Sibérie à THimalaya. Afrique : parties septentrionale, orientale et méridio- nale. 45. — Thalictnun elatnm Jacq. — Collines, lieux pierreux. Europe : par- ties centrale et méridionale. Asie, Sibérie, Chine boréale, Asie Mineui*0y Afrique, Abyssinie. 46. — Thalictmm kemense Fries. — T. leptophyllum Nyland. T. majua Schlechtd, T. flavum rotundifolium Wahlb., T. mucronatum Reg. et Til. — Europe : Laponie, Asie : Sibérie arctique jusqu'au fleuve Amour, Kamtchatka, îles Kuriles, Unalaschka, une des îles Aléou- tiennes. 47. — Thalictmm aimplez L. — Collines herbeuses. Europe : Norwège, Suède, Irlande, Russie, Danemarck, Allemagne, Suisse et partie orientale de la France. Asie : Sibérie, Dahurie et Soongarie. 48. — Thalictmm angastilolium L. — Europe : Suède, Des de la Baltique, Allemagne, Autriche, Suisse, France orientale, Italie supérieure. Grèce, bassin du Danube, Russie médiane et méridionale. Asie Mi- neure. 49. — Thalictnun flavum L. — Syn. T, pratense L. — Prairies humides, . bord des eaux. Europe : répandu dans tout le continent et dans les îles adjacentes; devient rare vers la Suède, la Finlande et la Laponie. Asie : signalé depuis la Sibérie jusqu*au Kamtchatka, mais peut être par erreur. Amérique septentrionale. 50. — Thalictmm cinereum Desf. — Cultivé au Muséum de Paris sans indication d*origine. 51. -— Thalictmm densiflomm H, B, K. — Amérique septentrionale, Mexique. — 21 — 52. •« Tballctrnm glancnm Desf. — Syn. T. flavum speciosum L. , T. /la- rmm hispanicum Brot. T. spectosum Poir. — Régions montagneiuies. Europe: France méridionale, péninsule hispanique, Suisse, Italie, Afrique : partie sêpteatrionale. 53. — Thalictmm tonicnlaeenm Bunge. — Asie : Chine boréale. 54. — ThaUctmm taberosnm L. — Syn. Syndesmon tuherosum Hoffms. Lieux stériles, collines pierreuses. Europe : Pyrénées orientales, France : Espagne septentrionale. 55. — Thalictmm orientale Boiss. — Syn. Uopyrum aquilegioides Bory et Ghaub. — Régions montagneuses, fissures des rochers ombragés. Europe : Grèce méridionale, Laoonie et Messénie. Asie : Taurus Liban, Bulghar-Dagh. 56. — Thalictmm anemonoîdes Michx. — Syn. Syndesmon thalictroîdes Hoffms. — Champ et bois, Amérique septentrionale : de la Caroline au Canada, devient rare vers le Nord. 57. -^ Thalictmm dehile Buckl. — Amérique septentrionale : Texas, Ala- bama. C. — Propriétés des Thalictrtiniy leur emploi en médecine. De tout temps, on a accordé aux thalictrum des propriétés amères et purgatives ; plusieurs d'entre eux ont été chiméri- quement vantés comme très favorables dans un grand nom- bre de maladies. C'est ainsi que Lemery, dans son diction- naire des Drogues simples publié en MDCCLIX, dit en parlant du Thalictrum majus Park., que cette plante con- tient beaucoup de sel essentiel et d'huile, qu'elle est apéritive, vulnéraire, propre pour résister au venin, pour atténuer la pierre du rein, pour déterger et modifier les ulcères. Le Thalictrum flavum L., Pigamon^ rhubarbe despauvres ^ fausse rhubarbe^ rhue des prés ^ est celui des thalictrum au- quel on a accordé le plus de propriétés. Cette plante, qui croît dans les prés, les fossés, les terrains marécageux, a joui longtemps de quelque réputation dans les officines, sans partager pourtant l'énergie suspecte de beaucoup — 22 — de Renonculacées. Ses racines jaunâtres, d'une saveur douce, mêlée de quelque amertume, ont quelque analogie avec les racines de la rhubarbe, purgatives en quantité tri- ple de celles-ci, ce qui a contribué à faire donner au thalic- trumflavumles diverses dénominations ci-dessus. Les parties souterraines de la fausse-rhubarbe seraient aussi apéritives et diurétiques, très efficaces dans Tictère, sans doute par Tanologie de la couleur avec celle de la peau dans cette ma- ladie, et très salutaires dans les fièvres intermittentes. Mentionnons encore que d'après Martîus BulL des Soc. médicales^ t. XIII, p. 256, cette plante est usitée en Russie contre la rage. Le nom de Thalictron qu'on retrouve dans Pline lib. XXVII C. 13, doit se rapporter au thalictrum flavum. Dodoens écrivait vers le milieu du seizième siècle que les feuilles de cette espèce mêlées aux herbes potagères, relâchaient les intestins, et que le suc de ses racines produi- sait cet efiet beaucoup plus énergiquement. Aujourd'hui de pareilles vertus sont contestées au thalictrum flavum, et il est laissé à peu près dans l'oubli. L'industrie elle-même l'a abandonné ; à un certain moment on avait cherché à tirer parti du pouvoir colorant jaune de ses racines pour teindre les laines. De nos jours, on ne prend d'autre soin du thalic- trum flavum, que celui de l'arracher des prés où il pousse parfois en très grande abondance, en altérant ainsi la qua-^ lité des fourrages. D'après M. deLanessan, la colombine plumacée ou colom^ bine d plumeau, Pigamon à feuilles d'Ancoliey Thalictrum aquilegifolium L., cultivé dans les jardins avec le Thalictrum glaucum Desf. comme plante d'ornement, jouirait des mêmes propriétés que le pigamon fausse rhubarbe* Il en serait de — 2S — môme du Tkalictrum angusHfoHum Li et du Thalictrum fœiidum L. (1). Le Thalictrum 'CornuH L., si commun dans l'Amérique septentrionale, est usité au Canada comme topique. On l'emploie pilé en cataplasmes sur les plaies, les contusions, et en décoction pour favoriser la suppuration des abcès. Le Thalictrum foliosum DC, grande espèce qui abonde dans l'Himalaya tempéré, ainsi que dans les monts Khassia et à Mussooree, fournit une racine jaune qui est exportée de Kumaon sous le nom de momiri. Cette racine est très fré- quemment substituée à celle du Coptis Teeta Wallich., pro- venant du royaume d'Assam, et regardée dans Tlnde comme un remède merveilleux dans les maladies des yeux. Ajoutons pour terminer cette énumération des thalictrum qui ont été employés en médecine, que dans la Chine le 7%a- lictrum si?2ense Loureiro, possède aussi des racines très laxatives qu'on emploie dans ce pays contre la toux, l'asthme pituiteux, les douleurs de gosier, etc. (2). D'après M. Flilckiger, la substance colorante jaune de la plupart des thalictrum serait de la. Berbérine y qu'on retrouve dans d'autres Renonculacées, le Coptis Teeta Wallich. par exemple. (3). § 2. — Thalictrum macrocarpum En 1838, Ch. Grenier, alors professeur provisoire d'Ms* toire naturelle à l'Ecole de médecine de Besançon, fit con- (1) De Lanessan. Manuel d'histoire naturelle médicale^ t. I, p. 467. (2; Loureiro. Flora Cochinchinenaie, 1790, p. 846. (3) Fliickiger et Hanbury. Histoire des drogues d* origine végétale^ t. 1, p. 9. — 24 — naître pour la première fois une espèce de thalictrum qui lui parut distincte des thalictrum décrits jusqu'à ce jour, et la nomma Thalictrum macrocarpum. Dans les pages sui- vantes, nous exposerons tout ce qui a trait à cette plante intéressante : son historique, sa description, et sa géogra- phie botanique. A. — Historique du Thalictrum macrocarpum. Bergeret, dans sa flore des Basses-Pyrénées, publiée en deux volumes l'an XI de la République, ne laisse pas soup- çonner qu'il ait eu connaissance du thalictrum macrocarpum. Cette plante échappa pareillement aux investigations de Picot de Lapérouse dans les Pyrénées, rien dans ses beaux travaux sur la flore de ces monts, ne fait non plus pres- sentir qu'il ait entrevu cette espèce. Le céléhre pasteur-naturaliste delà vallée d'Ossau, Gaston Sacaze, fut le premier qui attira l'attention des botanistes sur le pigamon à gros fruits. Il nous a souvent répété que cette plante existait dans son herbier depuis de nombreuses années, quand Grenier, alors en quête de matériaux pour son importante collaboration à la flore de France, vint visiter ses collections. Gaston lui soumit la plante en ques- tion, qui nous paraît aujourd'hui une des espèces les mieux tranchées des thalictrum connus, malgré les protestations de Sacaze, Grenier en fit une forme du Thalictrum majus Jacq. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'on peut lire textuellement sur l'étiquette accompagnant l'échantillon du thalictrum macrocarpum, dans l'herbier Gaston Sacaze donné par lui au musée des Eaux-Bonnes. îk l .'•'? kl ■m — 25 — Thalictrum macrocarpum : plante découverte en 1835 />ar G. et nommée par M. Ch. Grenier de Besançon : en Juillet croît à Ger, Col de Tortes. Dans le volume intitulé : Plantes rares des Pyrénées^ peintes par Gaston Sacaze^ donné par son auteur au même musée, on trouve le thalictrum macrocarpum figuré, por- tant cette simple note : Thalictrum macrocarpum^ Grenier ^ 1837. Au mois de juillet 1836, Grenier priait Gaston Sacaze, de lui servir de guide dans le massif du col de Tortes, où poussait le thalictrum déjà observé dans son herbier, et cette même année. Grenier publiait dans les Actes de la Société linéenne de Bordeaux^ tome IX, pag. 2, une note ayant pour titre : Souve?îirs botaniques des environs des Eaux-Bonnes, dans laquelle il mentionnait le thalictrum trouvé au Mont-Laid et au col de Tortes, sous le nom de Thalictrum maj'us Jacq. DC, En 1838, Grenier ouvrait enfin les yeux. Dans un mémoire publié dans les Annales de P Académie de Besançon, tome V, pag. 119 et ext. pag. 3 tab. i, il décrivit en la figurant, la plante dont nous venons de retracer l'historique, et il lui donna le nom de Thalictrum macrocarpum. Voici d'ailleurs dans quels termes il reconnut son erreur première : « J'avais publié cette plante sous le nom de Thalictrum majus, Jacq., dans les annales de la Société Linéenne de Bordeaux, mais l'ayant communiquée à M. Gay, il la signala comme parfai- tement distincte par la grandeur de ses fruits, non seule- ment du Thalictrum majus, qui n'est probablement qu'une variété du Thalictrum minus L., mais encore, de toutes les espèces de la section Euthalictrum DC. Prodr. C'est d'a- Doasaans. 3 — 26 — près ses conseils que j'ai nommé cette plante Thalictrum macrocarpum^ » B. — Desanption du Thalictrum macrocarpum. a. Fleurs. — Le thalictrum macrocarpum est une des espèces à grandes fleurs, celles-ci de couleur jaunâtre, comprennent un calice formé par cinq sépales, quelquefois mais très rarement quatre, ayant environ cinq millimètres de long. Ces sépales sont ovales, aigus, ils sont caducs, de couleur jaunâtre, et marqués de trois nervures rosées non anastomosées. On compte, trente à cinquante étamines^ linéaires, de dix à douze millimètres de long, portant une anthère à deux loges longues de cinq millimètres, renfermant un pollen formé de masses sphériques jaunes, munies de plusieurs pores. Le filet de ces étamines long et grêle, après avoir formé le connectif, se prolonge Un peu au dessus de l'an-* thère en une pointe aiguë. Au centre de la fleur on trouve un gynécée formé de deux à cinq carpelles libres et verticillés. Chaque carpelle est formé d'un ovaire ventru uniloculaire renfermant un seul ovule. Cet ovaire est surmonté d'un style portant un stigmate dont le développement est considérable, et caractérise le thalictrum macrocarpum. La partie stigmatifère a une lon- gueur de près d'un centimètre et demi, sur deux à trois millimètres de large, elle est aplatie et munie sur ses deux bords d'un liséré membraneux étroit de couleur claire. Les papilles stigmatiques sont au contraire franchement violet- tes. Le style très court et arrondi mesure trois ou quatre — 27 *. milKmèlres de long et fournira plus tard le bec de Tachaine. Ajoutons que le style et le stigmate se recourbent habituelle- ment en une sorte de faucille. (PL fig. III). b. A chaîne s (1). — Les achaines du thalictrum macro- carpum sont presque aussi grands que ceux du Thalictrum aquilegifolium L., mais ils ne sont pas à trois angles, ni ailés. Ces achaines sont au nombre de deux à cinq par fleur, comprimés, lancéolés, larges de quatre à six millimètres et pouvant atteindre jusqu'à un centimètre et demi de lon- gueur, leur bord supérieur est gibbeux, leur bord inférieur droit. Ils présentent deux faces relevées de fortes nervures longitudinales très saillantes, anastomosées entre elles, dont une ou deux sur chaque face parcourent Tachaine dans toute sa longueur. (PL fig IV), Les lois qui règlent l'anastomose de ces nervures ne sont pas plus connues pour le Thalictrum macrocarpum que pour les autres Physocarpumj ce que l'on peut dire, c'est que cette nervation sinueuse anastomosée de l'achaine ca- ractérise non moins bien le thalictrum macrocarpum que le développement considérable de son stigmate. Cette espèce au point de vue de la force df» la nervation, tient le milieu entre les Phy socs rpum asiatiques et les espèces du groupe du Tha- lictrum podocarpum. Le péricarpe de ces achaines est assez épais, on peut y (1) Noua avons pu observer que les fruits du Thalictrum macrocarpum étaient fréquemment rongés ainsi que les feuiUes par r^ci'dium ranun-^ culacearum var. Thalictri West. Cryptogames p. 97. Cette uredmée qui porte ainsi un obstacle sérieux à la propagation du pigamon à gros fruits, a été pu]i)liée dans les Champignons figurés et desséchés par E. Doassans et N, Patouiltard. ^ N« 3. — 28 — signaler nettement Tépicarpe, le mésocarpe et Tendocarpe ; la graine ne remplit pas entièrement la cavité du fruit. c. Inflorescence^ Tige florifère. — Les fleurs du thalictrum macrocarpum sont disposées en inflorescence définie pani- culiforme, assez appauvrie. (PI. fig. I et II). La tige florifère pleine, glabre, un peu glauque, née à l'aisselle d'une feuille unique au sommet delà souche, atteint de vingt à cinquante centimètres de hauteur, et se présente de la manière suivante. Complètement dénudée sur dix ou quinze centimètres au-dessus de son implantation, elle donne à cette hauteur deux premiers axes secondaires à peu près constamment opposés, insérés de chaque côté de Taxe prin- cipal, à l'aisselle d'une bractée moins divisée que les véri- tables feuiles radicales, pourtant deux fois trichotome à folioles ovales, formées de trois lobes entiers ou bi-trilobés arrondis. Ces deux axes secondaires se terminent par une fleur, et portent deux axes tertiaires^ quelquefois un seul, qui sont dans le premier cas soit alternes, soit opposés, nais- sent chacun à l'aisselle d'une bractée composée de trois folioles trilobées et se terminent également par une fleur. D'autres axes secondaires sont situés au-dessus de ces deux premiers à l'aisselle de bractées de moins en moins sectionnées. Ils se montrent aussi souvent alternes qu'op- posés, séparés par des entre-nœuds de longueur variable et portent, avant de se terminer par une fleur, des bractées d'autant moins divisées et des axes tertiaires d'autant moins fréquents, qu'ils s'insèrent plus haut sur la tige terminée elle- même par une fleur. Tous ces axes secondaires sont divariqués, partent pres- que à angle droit de la tige, et les supérieurs nés à Taisselle — 29 * de bractées constituées par une seule foliole entière et arron- die, sont à peu près égaux aux inférieurs. d. Feuilles. — Les feuilles du thalictrum macrocarpum sont peu abondantes. A Textrémité de chacune des divisions de la souche à la base de la tige florifère, se développe habi- tuellement une feuille pétiolée, quatre à cinq fois trichotome, ne possédant pas comme les feuilles du Thalictrum aquile^ gifolium L., des stipelles à l'origine des divisions du limbe. Les folioles de cette feuille sont ovales, à trois lobes en- tiers ou bi-trilobés, arrondis, mucronés ; elles sont glabres, de couleur vert foncé en dessus, et légèrement glauques en dessous. (PL fig. II). e. Souche^ Racine. — 1. Desciîption. — Une souche déterminée, vivace, pourvue d'une racine pivotante ramifiée, d'un développement tel, que le thalictrum macrocarpum aurait pu être nommé à bon droit thalictrum macrorrhizon peut servir, non moins que ses stigmates et ses fruits, à ca- ractériser nettement cette espèce. Cette souche se compose d'une seule ou de plusieurs divi- sions, terminées à leur partie supérieure par un renflement tubéreux en massue. A l'extrémité supérieure de ce renfle- ment, on remarque un bourgeon plongé au milieu d'une grande quantité de bractées linéaires de couleur brune ou noirâtre, très denses, raides et appliquées. (PI. fig. V, a, A, c, d.) Ces bractées constituent des organes protecteurs pour le bourgeon, et ne sauraient être comparées, ainsi que l'a fait Grenier dans la description de cette plante, aux débris des anciennes feuilles entourant l'extrémité supérieure de la — 30 — souche du Scorzonera austriaca Willd. Elles apparaissent' de bonne heure et s'échelonnent sur le renflement de la souche au fur et à mesure de sou accroissement, ces bractées re- couvrent ainsi trois ou quatre centimètres en empiétant un peu sur la portion non renflée du rhizome. Elles sont d'autant plus larges qu'elles sont plus rappro<* chées du bourgeon ; il est à remarquer que les plus infé- rieures sont réduites à des vestiges sur lesquels on distingue encore à l'examen microscopique quelques trachées. Lorsque le bourgeon se développe, il donne dans la majo- rité des cas une seule feuille, ou bien une feuille et une tige florifère. Au point d'émergence de ces organes, au niveau de la partie supérieure renflée de la souche, on observe plu- sieurs autres bractées, difierant des bractées capillaires déjà décrites par leurs dimensions beaucoup plus considérables, pouvant atteindre un centimètre de large sur deux ou trois de longueur. Ces grandes bractées représentent les écailles directement appliquées avant la période de végétation sur le bourgeon terminal. Quand ce dernier se développe, ces écailles s'accroissent aussi et prennent un aspect franche- ment foliacé, en restant entières avec une forme un peu lan- céolée. Une fois la période de végétation finie, ces grandes bractées se dissocient dans leur longueur et forment des débris linéaires se confondant avec les bractées capillaires qui les entourent. Toutes ces bractées finissent enfin par dis- paraître à la longue, le renflement dénudé se présente alors avec des stries circulaires très marquées et très rapprochées, indiquant que leur insertion avait lieu en cercles réguliei'S. Quand la souche est à divisions, celles-ci viennent se réunir au corps central de la souche, en descendant plus ou moins profondément dans le sol. La souche de dimensions — 31 — variables^ rugueuse et de couleur brune eztérieureinenti jaune clair à Tintérieur, se confond sans ligne de démarca* tion apparente avec la racine possédant les mêmescolorations. Celle-ci diminue insensiblement de volume, parcourt dix à douze centimètres en moyenne avant de se subdiviser en trois ou quatre ramifications qui s'enfoncent profondément dans les rochers, en donnant naissance à des radicelles peu nombreuses (1). 2. Structure. — La souche et la racine du thalictrum macrocarpum possèdent une structure anatomique à peu près (1) Dans la délicieuse gorse d*A8perta, près des Eaux-Bonnes, on trouve bon nombre de pieds de Thalictrum macrocarpum, venus de graines tombées des hauteurs avoisinantes, ayant fjermô au milieu de ces amon- coUements de pierres quoa appelle raillèrea dans les Pyrénées. Là le pigamon à gros fruit s' hypertrophie dans ses racines d*une &çon prodi« gieuse, mais ne fructifie que rarement. Nous avions failli renoncer à posséder jamais suffisamment de racines de Thalictrum macrocarpum, attendu que dans les fentes de rochers» station naturelle de cette plante, on a une très grande peine à extraire seulement quelques fragments de la souche. Dans ces raillères, au con- traire, on parvient avec facilité à enlever des racines entières, c*est là que nous avons récolté la pins grande partie de celles employées dans ce travail, il faut espérer que nous n'aurons pas nui, ainsi, à la multi- plication de cette espèce rare, car nous avons fait observer que le Thalic- trum macrocarpum ne fructifie pas dans les raillères d*Asperta, les indi- vidus poussant contre la paroi à pic de cette gorge, se développent seuls régulièrement. Certains autres Thalictrum peuvent s'hypertrophier de même dans des conditions analogues. Le Thalictrum fœtidum L. et le Thalietrum odora. tum Gren. et Oodr., prennent d'après M.B. Verlot, un développement consi- dérable dans leurs parties souterraines, quand ils poussent au milieu des morainesdes glaciers des Alpes, mais je ne pense pasquecette hypertrophie soit aussi marquée que dans le Thaliclium macrocarpum. Nous possédons une souche de ce Thalictrum, comptant 15 divisions tubéiiformes, elle mesure 5 centimètres de diamètre dans sa plus grande épaisseur, et sa racine présentait un développement de plus de 2 mètres de long. — 32 — semblable, disons cependant qu'on arrive sans difficulté à , trouver sur la racine les faisceaux primaires servant à diffé- rencier ces deux organes. Nous ferons observer que le tissu cellulaire fortement coloré en jaune est très abondant dans la souche, surtout dans sa partie renflée, où il se montre en môme temps extrêmement lacuneux, formant des cavités plus ou moins grandes, assez régulières, très analogues comme disposition aux lacunes qu'on peut observer dans la moelle de l'extrémité des rameaux du Juglans regia ; dans la racine, au contraire, le tissu cellulaire est en petite quan- tité et très dense. Ces remarques faites, on peut dire que les parties souter- raines du thalictrum macrocarpum sont constituées par une moelle plus ou moins volumineuse, très développée dans la portion tubériforme de la souche, colorée en jaune-paille surtout à sa périphérie. Cette moelle est lacuneuse, formée de cellules hexagonales ou rondes rappelant celles de la moelle de sureau ; à sa partie périphérique les cellules sont plus petites. Autour de cette moelle sont disposés des faisceaux vascu- laires isolés, formant la région ligneuse. Le bois est composé de deux sortes d'éléments, les éléments ligneux proprement dits, et les rayons médullaires. Les rayons médullaires sem- blent la continuation de la moelle dans laquelle se trouvent logés les faisceaux cunéiformes, arrondis et très rapprochés. Les vaisseaux sont disposés en files parfois régulières, parfois au contraire interrompues ; ils forment un groupe simple ou sont disposés en forme de V. Les faisceaux du bois sont cunéiformes, composés de vais- seaux à paroi épaisse, teinte en jaune et d'éléments restés minces, qui représentent les fibres et les cellules ligneuses. — 33 — Quand la plante se dessèche, ces faisceaux se contractent et déchirent le tissu qui les environne. Uécorce séparée du bois par un cambium souvent peu distinct se* compose de deux groupes d'éléments : l'un corres- pond aux faisceaux ligneux et leur est exactement superposé, l'autre aux rayons médullaires dont il est la continuation directe. L'ensemble des faisceaux vasculaires libériens cons- titue des îlots régulièrement elliptiques séparés par des rayons médullaires. Ces groupes elliptiques sont çà et là traversés dans leur milieu par des rayons médullaires secondaires. La partie libérienne des faisceaux est constituée par des cellules et par des tubes cribreux parfois libres et parfois réunis et comprimés, pour ainsi dire méconnaissables et cons- tituant ce- qu'on a appelé le parenchyme corné. Ajoutons que ces faisceaux ont une grande analogie avec ceux des Cle- matis, ce qui justifie encore une fois le rapprochement fait par M. le professeur Bâillon en plaçant les thalictrum dans la tribu des Clematideae. Ces vaisseaux souvent imparfaits, sont courts, tronqués, parfois sinueux ou courbés et n'ac- quièrent pas de dimensions considérables, ils sont rayés ou réticulés. L'étude qu'on vient de donner sur la structure des orga- nes souterrains du thalictrum macrocarpum, a été faite sur des parties sèches, ou des fragments mis à ramollir dans l'eau. Il était intéressant de connaître le siège précis de la matière colorante jaune, et d'employer pour arriver à ce but un liquide ne dissolvant pas ce principe colorant. On est dans ces conditions quand on observe des coupes faites sur des racines sèches, en employant l'éther comme véhicule, pour les faire ramollir un peu et les étaler ensuite sur la lame de verre placée sous l'objectif du microscope* — 34 — On voit alors facilement que tous les éléments^ aussi bien ceux qui entourent les vaisseaux, que ceux de la moelle sont remplis du principe jaune qui paraît moins abondant dans la partie libérienne, et principalement concentré dans la moelle qui a pris une consistance comme cornée. Les parois des vaisseaux sont colorées en jaune par la substance signa- lée, et leur cavité paraît vide. Quand on opère avec un liquide qui dissout la matière jaune, la disposition relative est changée et le principe jaune peut se porter ailleurs. Une coupe traitée par la solution iodée, placée ensuite dans la glycérine et chauflFée jusqu'à Tébullition se colore en brun. La matière jaune en prenant cette coloration paraît se rassembler au centre de la cellule, en même temps que de nombreux grumeaux se forment dans le liquide baignant la préparation. Dans une coupe lavée à Téther et d'apparence décolorée, tous les éléments prennent une teinte bleue par le chloro- iodure de zinc, les vaisseaux restent colc^és en jaune. On pourrait encore décrire des réactions intéressantes faites avec les réactifs généraux sur des coupes de racines, mais ces réactions dues le plus souvent au principe jaune, seront plus à leur pbice dans la deuxième partie de ce tra- vail réservée à l'étude chimique des principes renfermés dans les racines du thalictrum macrocarpum ( 1 ) . f. Floraison. — Nous terminerons donc la description du Thalictrum macrocarpum Gren. en indiquant que ^bl floraison s'effectue dans le mois de juin et de juillet. Cette plante affectionnant les fentes des ravins où s'entassent au prin- temps les avalanches, il arrive souvent qu'en ces endroits on (1) Doassaas. BuU. Soc. bot. de France, t. XXVII, féancedu 25 Juin 1880. — 35 — la trouve à toutes ses périoden de végétation. Au bas de l'avalanche de Louctores, nous avons pu observer à la fin du mois de septembre, des thalictrum macrocarpum à peine fleuris, tandis que ceux situés cent mètres plus haut avaient depuis longtemps laissé tomber leurs fruits arrivés à com- plète maturité. C.-^Géoffravhie botanique du Thalictrum macrocarpum. Le Thalictrum macrocarpum est une des plantes rares de la flore française ; sa distribution géographique est très li- mitée, et Ton peut dire tout de suite que cette belle espèce appartient en propre à la Vallée d'Ossau dans les Basses- Pyrénées, car c'est la seule région où elle se trouve un peu disséminée. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'on en re- trouve quelques pieds dans les vallées contiguës, la vallée d'Aspe en Béarn, et la vallée d'Azun dans les Hautes-Pj'^- rénées. Philippe de Bagnères de Bigorre mentionne avoir trouvé le thalictrum macrocarpum à Esquierry dans la Hante-Garonne; nous ignorons si d'autres botanistes ont eu la même chance après lui. Dans tous les cas, ce pigamon reste une plante essentiellement pyrénéenne, car les voya- geurs botanistes ne l'ont signalée jusqu'à ce jour nulle autre part au monde. Notre exposé géographique se bornera donc forcément à préciser les localités pyrénéennes où cette plante a été ren- contrée et celles où nous avons pu l'observer nous-même. On a vu, dans l'historique du thalictrum macrocarpum, qu'en 1837 Grenier avait recueilli cette plante sous le nom de thalictrum majus, au Mont Laid, au col d'Arbase et au col de Tortes, localités très voisines les unes des autres, sur — 36 — la limite des Hautes et des Basses-Pyrénées. Le même au- teur dans son mémoire des Annales de Tacadémie de Be- sançon disait en 1838 : « Cette plante était en* fruit le 15 juillet 1836, dans les rochers qui bordent la droite du col d'Arbase ; je l'ai retrouvée le long du ruisseau qui descend de ce col sur le versant, opposé aux Eaux-Bonnes, en lon- geant le chemin d'Arrens et d'Argelès. » Dans la Flore de France de Grenier et Godron, on trouve comme renseignements géographiques : « Thalictrum ma- crocarpiim hab. des Eaux Bonnes à Argelès : » Il ne fau- drait pas prendre cette indication à la lettre. Autrefois pour aller d'une ville à l'autre, on prenait le sentier qui passe au col de Tortes, où se trouve un gisement abondant de cette plante, mais elle devient promptement très rare quand on commence la descente sur Arrens, après avoir dépassé le col, limite entre les Hautes et les Basses-Pyrénées. Au- jourd'hui la nouvelle route thermale a remplacé l'ancien sentier, et les botanistes useraient vainement leurs yeux à chercher le thalictrum macrocarpum en suivant la route des Eaux-Bonnes jusqu'à Argelès. En 1860 M. Puel donnait dans Je Bulletin de la Société Botanique de France t. VIL p. 273 : Un spécimen (Tun cata- logue des plantes vasculaires de France. Le septième para- graphe réservé au thalictrum macrocarpum est ainsi conçu : « Thalictrum macrocarpum Grenier ! (h. Mus., h. Puel etc). Obs. bot. in Mém. Ac. se. Bes. t. 5. p. 119 et extr. p* 3, tab. 1. (1838). Thalictrum majus Benth. (h. Mus. p.) ; Grenier ! (teste auct. loc. cit.) Souv. bot. des Eaux Bonnes in Ann. Soc. Linn. Bord. t. 7. p. 24. (1837), non Jacquin — Exsicc. Bourgeau, n. 453! FI. — Juin-Juillet. Fr. août-septembre. — 37 — Stat. — Rochers, le long des ruisseaux. GéoL — Terr. calcaire ( ) Alt. — Région sous-alpine : limite inférieure, limite su- périeure. Géogr. — FL, DES PYRÉNÉES, b. pyr : Montagnes de la vallée d'Aspe {Darracç).: Eaux-Bonnes ! {Till. de Clermont in h. Puel\ au col d'Arbas et le long du ruisseau qui descend de ce col sur le versant opposé, en longeant le chemin d'Ar- rens et d'Argelès ! (Gren. loc. cit.) ; sur la montagne de Gourzy ! {Cosson herb. et in Bourgeau Exsicc. n. 452, Em. Desvaux in h. Soubeiran) ; col de Tortes {Bentham in h. Mus. p. Philippe in h. Puel). H. gar: Esquierry {Phi- lippe). » Dans la Flore du département des Hautes-Pyrénées par Tabbé J. Dulac p. 212, on trouve le thalictrum macrocar- pum signalé toujours dans cette région voisine du col de Tortes par la note suivante : « Thalictrum macrocarpum Gren. Montagnes Pic de Bazès Desv. R. » Philippe dans sa Flore des Pyrénées t. 1 p. 3 donne com- me indication géographique : « Thalictrum macrocarpum Gren. Hab. montagnes cal- caires, Basses-Pyrénées jusqu'au col de Tortes ; Es- quierry. » L'herbier du Muséum de Paris possède plusieurs échan- tillons de cette plante ; voici les indications que portent les étiquettes qui les accompagnent : — 38 — F. SCHDLTZ ET F. WINTER. HERBARIDM MORMALE Phanbrogamia. Cent. 1. 1, Thalictnun macrocarpnin, Gren. Mém. acad, Bes., 1838. tab. 4 , G. G. 1, p. 5. /!., 8 juillet; fr., 7 mai 1869. Fentes des rochers calcaires à i ,800 môtres dans les montagnes du col do Tortes près les Eatix-Bonnes (Basses-Pyrénées). CoiUct, Bordère. E. BOURGEAU, N<> 452 Thalictnan macrocarpiim, Gren (Goss.). Montagne du Gourzi aux Eaux-Bonnes (Basses-Pyrénées). 7 septembre 1847. Collect, E. Ck)sson. Thalictrim macrocarpnni, Oreo Col de Tortes i Basses-Pyrénées). M. Bentham, 1839. HERBARIUM FRANCAVILLAHUM Thalictntm macrocarpum Gren. Col de Tortes. Juillet 1848. ThaUctmm macrocarpnm, Gren, FI», juin; Fmit, août; A,, Pic de Bazès dans la vallée d*Azun (Hautes-Pyrénées). L. Deville, n» 1. HERBIER GRENIER Thalictnim macrocarpnm. Mont-Laid, près le col d'Arbas ( P jré nées -Occidentales) . 15 juillet 1836. Grenier. Thalictrum macrocarpum FI., 18 juillet 1862. Lit de la Sourde. près des Eaux-Bonnes; récolfe par moi-même. FI., 12 juillet 1862. Col de Torte?. envions des Eaux- Bonne? (Basses Pyrénées); récolté par Vabbé A de la Bastiè. E. Martin. — 09 - Jam, pseudonyme qui n'est un mystère pour personne aux Eaux-Bonnes, signale le thalictrum macrocarpum dans ses admirables guides, presque à chaque excursion. (1). Pour notre part, nous possédons dans notre herbier cette plante récoltée dans de nombreuses localités de la vallée d'Ossâu, Basses-Pyrénées. Disons tout de suite que le thalictrum macrocarpum, est une espèce éminemment calcaire, manquant, complètement dans la partie granitique de cette région, du côté de Ga- bas (2). Ce pigamon pousse dans les fentes des rochers exposés au nord et légèrement humides ; il affectionne surtout les fissures des ravins où glissent les avalanches. Nous ne Ta- vons jamais observé au--dessous de 800 mètres d'altitude, mais par exception, nous Tavons rencontré parfaitement dé- veloppé à 2000 mètres. Le thalictrum macrocarpum a été d'ailleurs récolté par nous aux localités suivantes. Entre 900 et 1200 mètres d'al- titude dans le cirque de Montcouges et le cirque de Loucto- res, asseï abondant le long du ravin où se précipite chaque année l'avalanche portant ce dernier nom. Dans tout le mas- sif du Oer à des hauteurs variables, quelques pieds de cette plante existent sur le versant de cette montagne vers 2000 (1) Jami Guide des Eaux-BonneSj 1868. Jam. Guide de Pau aux Eaux^B^mnea, 1869. âam. Guide des Eaux^Bonneê et dt9 E^MSo^Ch.aMdêê, 197$, (2; Le Dethawia tennilolia Endl. Wallrothiaspiendem Spreng., plante pyrénéenne presque aussi peu i-épandue que le Thalictrum macrocai pum, est dîins le même tîas; cette ombelHfère croit dans des stations absolument identiques à celles du Thalictrum. et ces deux plantes présentent cela de cn« jieux dans la vallée d'Ossau qu'elles ne tont jamais Tune sans l'autre*, dès qu'on ircfvte ttii pied de Thalictrum macrocarpum, on peut être -sftr de rencontrer le Delbawia tenuifoliai — 40 — mètres. Dans le vallon de Leye, sur la gauche de la cascade deLarressecq. Sur les rochers encaissant le Valentin en aval de la cascade de Duzious. Au col de Tortes à 1850 mètres d'altitude, là où tant de botanistes ont été le chercher ; dans cette localité il pousse sur les rochers de la Latte de Bazen, au-dessus du névé entretenu par les neiges qui glissent au printemps des flancs inclinés de ce mont. Sur les revers abrupts duPénamédan du Ger vers 1000 mètres d'altitude, en suivant le sentier qui va des pâturages de Bézou aux lacs des Englas. Dans la gorge d'Asperta et dans celle de Ba- lour, à des hauteurs diverses, ainsi qu'au ravin du torrent de la Sourde vers 800 mètres d'altitude seulement : c'est à notre connaissance la station la plus basse de cette plante. Le thaUctrum macrocarpum était autrefois commun aux rochers du Gourziot, au-dessus de la forêt du Gourzy des Eaux-Bonnes, mais il est devenu très rare en cet endroit, depuis que M. Cosson l'y a plus que centurie en 1847 (1). A part cette dernière région où par extraordinaire il était accessible, le thalictrum macrocarpum est assez abondant dans les autres localités que nous venons de mentionner. (1) Les Thalictrum macrocarpum que nous avons envoyés à la Société dauphinoise pour être publiés prochainement, ne proviennent pas d'une seule, mais bien de la plupart des localités que nous venons de signaler. Ils seront accompagnés des renseignements botaniques suivants : Société dauphinoisey 1881. No — Thalictmm macrocarpum Gren. Mém. acad, Bés, 1838 tab. I. — (i. G FI. fr. I p. 5. — Doassans. Etude sur le T. macrocarpum avec pi. En fleur et en fruit, pendant les mois de juillet, août et septembre, dans les fissures des rochers calcaires, près des neiges fondantes, des avalanches entre 900 et 180O mètres d'altitude. Haute vallée d'Ossau (Basses-Pyrénées). An. 1879. E. Doassans ! — 41 -* Cette superbe espèce bien que très limitée n'est donc pas près de disparaître, poussant dans les fentes des murailles verticales des rochers calcaires où il est presque impossible d'aller la chercher, elle défendra longtemps encore son existence contre l'ardeur trop souvent exagérée et impré- voyante de certains botanistes. Doas8«n8. DEUXIÈME PARTIE V DEUXIÈME PARTIE Recherches chimiques. Ces recherches, disons le tout de suite, constituent un travail bien incomplet, mais renfermant néanmoins des faits nouveaux intéressants dont nous espérons reprendre Tétude plus tard. Avant d'en commencer Texposé, nous rappellerons les travaux chimiques entrepris jusqu'à ce jour sur le genre thalictrum. On verra ainsi, comment Lesson, le premier à notre connaissance, qui ait parlé d'un principe défini dans ce genre de Renonculacées, le signala d'après l'étude d'une plante appartenant à une famille différente; comment M. Flûckiger de Strasbourg, d'après une seule réaction, a désigné d'une manière générale, le principe colorant jaune des thalictrum, sous le nom de Berbérine, et de quelle manière enfin, guidé parles expériences physiologiques, nous avons été amené à faire connaître l'existence d'un principe jaune cristallisable non azoté, en même temps que la pré- sence d'un alcaloïde toxique dans les racin,es du thalictrum macrocarpum. — 46 ^ § I. — HISTORIQUE DES TRAVAUX CHIMIQUES ENTREPRIS SUR LE GENRE THALICTRUM . En chimie, il a été fait fort peu de recherches sur les thalic- trum, et personne que nous sachions ne s'était occeupé avant nous du thalictrum macrocarpum. Le grand dévelop- pement des parties souterraines de cette magnifique espèce offre une avantage incontestable pour la recherche chimique du ou des principes actifs que la racine peut contenir, les autres thalictrum européens ne présentant qu'un rhizome d'un volume peu considérable avec un chevelu de racines peu favorable à la recherche des principes définis de ces Renonculacées; Lesson, ancien professeur de chimie a l'Ecole de médecine navale de Rochefort et pharmacien en chef de la marine, entreprit le premier, comme on l'a déjà dit, un pareil travail. En 1834, il fit paraître un Jfa/iue/ ((Histoire Naturelle médi^ cale et de Pharmacographie. Dans la deuxième partie de cet ouvrage, p» 394, à l'article Thalictrum, il parle du Pi- gamon de la Chine, Thalictrum sinense hoMt^ivo, Après avoir décrit cette plante, laquelle, dit-il, est peut être un ranunculuSy il raconte qu'on lui attribue la racine amère de la Chine y la racine d or ^ le ho'^hanff-lien des Chinois, men- tionné dans le livre de Pen''SU'^o--chou. Lesson donne les principaux caractères de cette racine, et consacre quelques lignes à la description d'un principe amer qu'il en aurait retiré, auquel il donne le nom de thalictrine. Voici d'ailleurs dans quels termes il le décrit. « Thalictrine (Lesson) s'obtientpar l'alcool bouillant: est - 47 — « en cristauxîmparfaîtjSclaviformeSjOulephisordînafreiûêttt « en poudre d'un jaune orangé vif. Son amertume est exces- « sive ; mise en laque, elle donne une belle teinture ; est « solubledans l'alcool, dans l'eau, insoluble dansl'éther; HK précipite en rouge par la soude caustique et laisse déposer « d'abondants flocons albumineux. Devient rouge par Ta- € cîde nitrique, jaune d'ocre par l'acide hydrochlorique, «jaune-serin par le nitrate d'argent, précipité qui devient . € noir au contact de la lumière : a la plupart des caractères « de l'amer aloétique de Braconnot ». Lesson termine son article sur les thalictrum, presque uniquement consacré au Thalictrum sinense Loureiro, en faisant observer que tous les thaljictrum ont leurs racines jaunes, amères, et donnent de la thalictrine. Il nous a été impossible de trouver dansles autres ouvrages de cet auteur ou dans les recueils périodiques, tels que les Mémoires de l'Académie des sciences ou le Journal de Phaiv macie et de Chimie, d'autres détails sur cette substance. Mérat ei De Lens, dans leur Dictionnaire universel de (Matière médicale et de Thérapeutique mentionnent cette découverte, mais ils font remarquer que la racine jaune d'or, d'où Lesson a extrait la thalictrine, ne saurait appartenir au Thalictrum 5m^m(?Lour.,Loureiroafflrmantquelepiga- mon de la Chine a la racine albissima. D'après les auteurs de ce dictionnaire la racine d'or serait probablement le chyn fendes Chinois, ouïe bois dwSoulamea amara Lam. VI, 485. Lesson dans ce cas aurait retiré sa thalictrine" d'une Polygalée. Dans l'histoire des drogues d'origine végétale de MM. Flûc- kiger et Hambury, M. Flûckiger fait remarquer qUe la sub- stance colorante jaune des Berberisy autrement dit la Ber^ — 48 — benne C^^H^^AzO^, se retrouve dans d'autres espèces de plantes appartenant à des familles plus ou moins voisines de celle des Berbéridées. Dans les Ménispermées, la racine de Colombo fournie par Jateorhizapalmata Miers., indigène de T Afrique Orientale, ioit son amertimie et ses propriétés médicinales, non seule- ment à la Colombine et à Tacide columbique, mais encore à la Berbérine dont la présence y fut démontrée en 1848 par Bœdeker. Dans cette même famille la Berbérine existerait encore dans les parties souterraines de quelques Pareira. Chevallier et Pelletan avaient découvert dès 1826, dans le Clavalier jaune, Zanthoxylum clava herculisL.jdelsL famille des Zanthoxjlées, une substance colorante jaune qu'ils nommèrent Zanthopicrite qu'on reconnut plus tard être de la Berbérine. La découverte de cet alcaloïde, ainsi qu'on l'a déjà fait remarquer, doit donc être attribuée à ces chi- mistes et non pas à Buchner, qui ne le signala qu'en 1837 dans le Berberis vulgaris L. Plus près des Berbéridées, dans les renonculacées, rHy- dr astis canadensis L. du Canada, espèce très odorante et extrêmement amère, préconisée comme un tonique puissant, renferme de la Berbérine, substance qui existe aussi dans le Xanthorrhiza apiifolxa Lhér. de la tribu des Aquilégiées, plante originaire de l'Amérique septentrionnale appelée Yellow^TOOty dont le bois est employé pour la teinture en jaune. Toujours dans les Renonculacées le genre Coptis créé par Salisbury et considéré par M, Bâillon {Histoire des plantes I p. 18.) comme une simple section du genre Helle- borus présente deux espèces intéressantes renfermant^ de la Berbérine dans leur rhizome. La première, le Ccptis trifo- — 49 — liataSaiibs. ou Golden Thread des Américains, considérée comme tonique et amère est employée aux Etats-Unis contre les aphthes et les stomatites. La seconde est le Coptis Teeta Wallich.y oMMishmee-bitteTy plante originaire du royaume d'Assam qui renferme d'après M. Flûckiger jusqu'à huit et demi pour cent de Berbérine dans son rhizome. Cet auteur ajoutequ'avec la réaction découverte par Klunge (m : Journal Suisse de Pharmacie; n** 30, 248) on peut s'as- surerquelaBerbérineestassezrépanduedans la nature, parti- culièrement dans les Renonculacées, et qu'il Ta décelée au moyen de cette réaction dans la plupart des thalictrum d'Europe spécialement dans le Thalictrum flavum L . Nous ne savons pas si M. Flûckiger a eu à sa disposition le thalictrum macrocarpum ; dans tous les cas, nous pouvons affirmer que le principe colorant de cette espèce n'est point la Berbérine signalée par cet auteur dans le thalictrum flavum. En effet les solutions de Berbérine C*^H"AzO* se colorent en brun par addition de quelques gouttes d'ammo- niaque, et cette réaction est tellement sensible qu'après avoir lavé deux ou trois fois à l'eau distillée le tube ayant servi à l'expérience, si l'on verse dans ce tube une nouvelle quan- tité de solution de Berbérine il y a encore coloration brune. En chauffant la solution de Berbérine ainsi brunie par l'ammoniaque, la liqueur prend une coloration presque aussi intense que dans la réaction de Klunge. On n'observe rien de semblable avec les solutions du principe jaune du thalictrum macrocarpum dont la couleur n'est pas sensiblement altérée dans ces expériences. Ce principe jaune chauffé dans une solution très concen- trée de baryte ne subit aucune altération appréciable, et il est impossible de percevoir aucune espèce de dégagement — 50 — éPodetur ammoniacale ainsi qttê cela a lieu dans ee$ condi^ tions avec la berbérine. L'analyse chimique démontre enfin d*une façon certaine qu'il n'existe point d'azote dans la composition de la matière colorante du thalictrum macrocarpum. Pendant nos premières recherches au laboratoire de chimie de la Faculté de médecine nous avons été présenté à M. Bruylants de Louvain, de passage à Paris, qui nous a dit qu'il avait, il y a quelques années, entrepris des travaux sur le thalictrum flavum L., et isolé de ses racines une ma- tière blanche amorphe se combinant aux acides, qu'il dési- gnait sous le nom de thalictrine. M. Bruylants aurait fait ces recherches avec M. Hartsen sans les pousser bien loin, laissant à son collaborateur le soin de les publier. Il aurait obtenu cette thalictiine en reprenant le résidu de l'évaporation de la macération alcoolique des racines du thalictrum flavum par l'eau chlorhydrique, neutralisant ensuite par de l'hydrate de magnésie et reprenant par l'ai-* cool. M. Bruylants ne se rappelant pas au juste le journal où M. Hartsen avait inséré ce travail, nous indiqua de cher- cher dans le Chemisches Centralblatt de 1870 à 1873 ou le le Jahresberichte fur C hernie de 1871 à 1872 Nous n'avons pas été assez heureux pour trouver dans ces publications, un article quelconque sur le thalictrum flavum en particulier, ou les thalictrum en général. Au mois de novembre dernier, M. Hanriot, avec qui nous venions d'isoler la substance colorante jaune du thalictrum maer ocarpum i^îgnalait ce fkit, dans une séance de la Société — 51 — chimique de Paris (1). Une simple note mentionne Texistence d'un principe cristallin jaune possédant une action analogue à celle du curare, extrait des racines du thalictrum macro- carpum et désigné par nous sous le nom de thalictrine. Cette note était erronée au point de vue physiologique, comme nous avons pu nous en convaincre plus tard, en voyant cette substance colorante parfaitement purifiée ne produire aucun des effets toxiques observés d'abord avec le principe encore souillé de matières extractiveS| et mélangé à un autre principe défini, isolé plus tard. Voilà donc Lesson appelant thalktrine la matière colo«- rant en jaune les racines d'une Polygalée, le Soulamea amara Lam. ; M. Flûckiger rapprochant de la Berbirine le principe colorant des thalictrum ; M. Bruylands désignant sous le nom de thalictrine une matière blanche et amorphe retirée du thalictrum flavum, Nous-mêrae employant cette même désignation pour la substance jaune cristallisée du thalictrum macrocarpum à laquelle tout d'abord nous avions attribué à tort des propriétés toxiques. En présence de la con- fusion inévitable qu'entraîneraient ces diverses dénomina- tions, nous avons dû, pour faciliter l'exposé de notre travail faire choix d'un nom nouveau. Aussi, avant d'aller plus loin, nous devon.>dire que nous réservons au principe actif, inco- lore des racines du thalictrum macrocarpum le nom de thû* Iktrine^ et nous désignerons sous le nom de rHûcrocarpine le produit cristallisé jaune renfermé dans le tissu cellulaire de l'écorce et des rayons médullaires de ces mômes racines, prin- cipe différant ainsi que nous l'avons dit plus haut, dô la B^- bérine signalée dans le thalictrum flavum. (i) Bulletin de la Société chimique^ U XXXII, p. 610.Voir encore mémft Bulletin t. XXXIV p. 83. — 52 — §2. — Db lA MACROCARPINE. Dès que les premières expériences faîtes sur des gre- nouilles eurent démontré d'une façon certaine la toxicité de rextrait des racines du thalictrum macrocarpum, nous crû- mes qu'il serait fort important de faire quelques recherches dans le but d'en trouver le principe actif. La bienveillance avec laquelle M. Wurtz nous admit à travailler au laboratoire de chimie de la Faculté de Méde- cine de Paris, nous permit de commencer des recherches de ce genre. C'est dans ce laboratoire que nous sommes arrivé à isoler pour la première fois la matière colorante jaune du thalictrum macrocarpum. Pour obtenir ce résultat on a d'abord accordé la préfé- rence aux dissolvants neutres. Le traitement alcoolique des racines du thalictrum macro- carpum donna un extrait dans lequel, après avoir chassé l'alccol par distillation, on put facilement discerner les sub- stances suivantes : 1* Une matière colorante jaune d'une nuance rappelant d'une façon absolue la coloration intérieure des racines fraîches de la plante, c'est la macrocarpine ; 2° Une résine de couleur brun noirâtre, soluble dans l'al- cool à chaud, beaucoup plus soluble dans Téther, et insolu- ble dans l'eau, n'ayant d'ailleurs de spécial qu'une odeur désagréable ; 3* Un liquide parfaitement neutre, de coloration bruu j aunâtre, d'une saveur amère avec arrière-goût un peu su- cré; — 63 — 4* Ce liquide renfermait les sels de la plante ; 5' Il contenait encore une certaine proportion de glucose ; 6"* On a pu enfin en extraire par addition d'acide, une pe- tite quantité d'un alcaloïde nouveau, la thalictriney lequel se trouve aussi dans le résidu insoluble dans l'alcool, lorsqu'on traite également ce résidu par un acide. A. Préparation de la macrocarpine. — Les racines du thalictrum macrocarpum, ainsi d'ailleurs que les parties aériennes de cette plante, se desséchent avec une remar- quable lenteur. Après les avoir laissées pendant plusieurs jours de suite dans une étuve, dont la température était maintenue à 45', elles se montrèrent d'une hygrométricité parfaite, car il suffisait de les abandonner pendant quelque temps à l'air libre pour les trouver bientôt augmentées de poids. Au sortir de l'étuve, ces racines devenues très cassantes, portées au mortier furent réduites par quelques coups de pi* Ion, avec une très grande facilité, en une poudre jaunâtre qui dégageait une odeur spéciale et possédait une amertume très accentuée. Pendant qu'on pilait ces racines, des pous- sières ténues s'envolant dans l'atmosphère provoquaient de violents éternuements et faisaient naître dans la bouche une saveur presque aussi amère que celle ressentie en concas- sant des écorces de Strychnos. Cette poudre de racines de thalictrum fut alors introduite dans une allonge à déplacement et épuisée pendant plusieurs jours de suite par l'alcool à 98". La liqueur filtrée constituait un liquide très coloré en jaune brun, d'un goût amer. On évapora cette solution al* coolique au bain-marie en ayant soin de distiller dans le — 54 — vide au moyen de la trompe, la température ne dépassa pas aînsî 60 à 70% Talcool distillait en jet continu. On eut bientôt un extrait sec; la trompe arrêtée, on trouva le ballon qui avait servi à la distillation tapissé d'une croûte épaisse, brun jaunâtre, formée par les dernières portions du liquide concrétées à la surface intérieure du vase pendant les derniers soubresauts de l'ébuUition. Déjà à première vue il sembla qu'il y avait, en certains points de Fextrait, de petites masses cristallines jaunes. L'extrémité d'un agitateur introduit dans le ballon ramena une parcelle d'extrait, et à l'examen microscopique, on put constater la présence d'aiguilles cristallines assez abon- dantes. Tout l'extrait fut alors repris par une petite quantité d'alcool : le lendemain on vit au sein de cette liqueur une quantité notable de macrocarpine cristallisée. Une nouvelle macération alcoolique de racines de thalic- trum macrocarpum préparée avec le même soin fut distillée de la même manière. On n'évapora point cette fois à siccité, mais seulement jusqu'à consistance sirupeuse. Au bout d'une heure, cet extrait placé dans un endroit frais se prît en une masse compacte de cristaux de macrocarpine. Par d'autres extraits successifs, obtenus avec le procédé que nous venons de décrire, on eût bientôt une certaine quantité du principe jaune du thalictrum macrocarpum. Ces extraits constituaient des masses brunes très colorées, d'une consistance et d'une odeur rappelant assez celles du miel ; les cristaux de macrocarpine y étaient mélangés avec une forte proportion d'autres matières extractives. Pour avoir ces cristaux déjà formés à l'état de pureté, on procéda de la façon suivante : Un entonnoir bouché par un tampon de coton cardé constitua un filtre sur lequel on mît à êgou- — 55 — ter tous ceâi «xtriato aloooUques, la filtratloa fut accélérée au moyen de la trompe. Les eaux mères des cristaux furent ainsi facilement séparées et formèrent dans le yase récipient un liquide sirupeux fortement coloré en brun. La macrocar- plue resta sur le filtre sous forme de masse jaune. Des cristallisations successives dans l'alcool et dans Teau, donnèrent cette substance à un degré très satisfaisant de pu- reté, et permirent d'éliminer une matière résineuse qui res- tait adhérente aux parois des vases pendant qu'on décantait et qu'on filtrait les solutions de macrocarpine* Plus tard enfin, on purifia encore davantage ces cristaux de macrocarpine par des lavages répétés à l'éther, et ce traitement permit même d'extraire de ces cristaux, comme nous le dirons plus loin, une petite quantité de thalictrine. Nous venons de rapporter le procédé le plus simple et le meilleur à notre avis pour préparer la macrocarpine ; il est important d'ajouté les détails suivants : On favorise beaucoup la formation des cristaux dans Tex* trait aloooliqiie qu'on vient d'amaier à consistance sirupeuse «i additionnant cet extrait d'une petite quantité d'eau distil- lée ; décrite à ce moment dans une capsule, le liquide se prend très rapidement en une masse cristalline. Il faut dans la préparation de la macrocai^ine, si Ton veut obÉenir un bon rendement des racines traitées, se met- tre en garde contre une température trop élevée. Aussi en évaporant à l'air libre les solutions alcooliques de racines de thalictrum macrocarpum, on obtient beaucoup moins de macrocarpine qu'en distillant dans le vide. On a pu s'assurer également qu'épuisées par de l'alcool bouillant ces mêmes racines donnaient un résultat jmîas bon que par la •6Îa^[4e maeératien froide, l'alcMi cfaaaà mt — 56 — utile seulement pour enlever les dernières parties de macro— carpine restées dans les fibres des racines. Les extraits aqueux ne nous ont jamais donné directement de macrocarpine. Les racines épuisées par Teau froide don- nent ensuite, lorsqu'on les reprend par Talcool, presque au- tant de principe jaune que si la première opération n'avait pas eu lieu. La présence d'une certaine quantité d'acide minéral sem- bler donner de la stabilité à ce composé. Tandis que la solu- tion aqueuse ne nous donnait aucun résultat, la solution sul- furique et chlorhydrique nous a permis d'en extraire une quantité notable. Le fait suivant est assez remarquable. En épuisant de la poudre déracines de thalictrummacrocarpumpar une grande quantité d'éther, on enlève la majeure partie de la matière résineuse déjà signalée ; si on traite alors cel^ racines bien séchées par l'eau, l'extrait aqueux obtenu de cette manière peut fournir des cristaux de macrocarpine. Ajoutons, pour terminer ce qui traita à la préparation de cette substance, qu'il faut éviter avec le plus grand soin de maintenir en ébullition des solutions de macrocarpine impure renfermant encore des matières extractives ; dans ces con- ditions en effet ce principe jaune s'altère rapidement, et l'on n'a plus qu'un liquide coloré en brun ne donnant plus de cris- taux par refroidissement. On peut au contraire faire bouillir assez longtemps des solutions de macrocarpine bien puri- fiées sans observer une altération semblable. B . Caractères physiques de la macrocarpine — La macro- carpine se présente le plus souvent cristallisée, on peut aussi, mais rarement, l'observer à l'état amorphe. — 57 — A Tétat cristallin, elle est constituée par de petits prismes fréquemment groupés, et d'un jaune clair. Quelquefois, dans les solutions aqueuses étendues, on a vu la macrocarpine se déposer très lentement sur les parois des vases à l'état amorphe, en couches jaunes et cassantes. Les cristaux de macrocarpine, parfaitement desséchés dans le vide, forment une poudre d'un jaune-serin dans l'air ambiant ; x;ette poudre exposée quelques minutes à la tem- pérature de 85** à lOO* prend une coloration orangée. Le changement de coloration commence par les parties super- ficielles et se propage assez difficilement aux parties pro- fondes qui restent souvent colorées en jaune-serin et tran- chent ainsi nettement sur la surface orangée. Quand on laisse longtemps la macrocarpine sous la clo- che à acide sulfurique, elle se colore de même en rouge orangé et cette coloration persiste quand on la retire soit del'étuve, soitdel'exsiccateur pourl'abandonner à l'air libre. L'état de division de la substance favorise beaucoup dans ce cas la coloration, mais les parties profondes ne se colorent pas, ce qui est facile à constater quand on a placé la macrocarpine dans un verre de montre, car, en regar- dant ce verre par dessous, on aperçoit la coloration jaune serin non modifiée et, en grattant la surface de la macro- carpine devenue orangée, on voit que cette dernière teinte est tout à fait superficielle. Quand la macrocarpine est for- tement tassée, ce phénomène met beaucoup plus de temps à se produire. On peut se demander si ce changement de cou- leur est du à l'influence de la lumière, ainsi que cela a lieu pour lasantonine par exemple, mais il faut remarquer qu'une siccité presque absolue semble indispensable pour qu'il se Doassans. 5 ^ 88 ^ produise , En effet la macroearpine à Pétat de poudre oristal- line conservée depuis plusieurs mois dans des flacons exposés au jour a gardé sa coloration normale parfaite, La saveur de la macroearpine est franchement amère, une parcelle de cette substance provoque dans la bouche une amertume bien accusée qui se dissipe d'ailleurs prompte- ' ment. I Le pouvoir colorant de cette substance est assez intense ; deux centigrammes de macroearpine colorent manifestement un litre d'eau ; elle pourrait servir dans la teinture, car elle teint directement en jaune la soie et la laine d'une manière très solide, et les lavages à l'eau n'altèrent nullement la colo- ration obtenue, l'alcool bouillant l'enlève en partie. Quand on touche avec une solution de macroearpine l'épiderme, celui des mains par exemple, il y a aussi coloration jaune des cellu- les épithéliales, mais elle ne persiste pas longtemps et dis- paraît assez facilement par des lavages alcalins. Ou sait qu'on emploie en teinture le Thalictrum açuUeffi- folium L., le Thalictrum angustifolium L. et \q Thalictrum flavicm L. j il est certain que le thalictrum macrocarpum, s'il était plus répandu, présenterait des avantages incontes- tables, au point de vue du rendement et peut être même de la qualité du principe colorant j mais ai\jourd'hui les matiè* res tinctoriales d'origine végétale sont moins appréciées par suite d(îs progrès de la chimie aromatique, de sorte que de pareilles considérations offrent moins d'intérêt pratique. La macroearpine est une substance assez peu soluble dans l'eau froide, 200 grammes de ce liquide à la température de 7o en dissolvent 1 gramme. L'eau bouillante en dissout une quantité quatre ou cinq fois plus forte* ~- 59 «* L'alcool ne la dissout guère mieux , 100 grammes d'alcool froid en dissolvent environ 75 centigrammes» A chaud ce liquide en dissout cinq à six fois plus. L'alcool amylique froid est un dissolvant très faible de la macrocarpine, 2 centigrammes de cette substance sont dis- sous par 100 grammes d'alcool ; mais à chaud l'alcool amy* iique est le dissolvant le plus énergique de la macrocarpine. Il importe néanmoins de ne pas arriver jusqu'à la tempéra- ture de l'ébullition de cet alcool qui a lieu comme on le sait à 132^. A cette température la solution se colore en brun, et la macrocarpine est en partie altérée ; mais si l'on ne dé- passe pas 80" à 90^1 100 grammes d'alcool amylique dissol* vent facilement sans altération 10 grammes de macrocar«- pine. La macrocarpine est tout à fait insoluble dans Téther anhydre et l'essence de thérébentine, elle est assez soluble dans le chloroforme, peu soluble dans la benzine. La substance que nous étudions possède, ainsi que la ber- bérine avec laquelle elle a une certaine analogie, une ten- dance à former des solutions sursaturées. Une fois dissoute, soit dans l'eau, soit dans l'alcool à chaud, il arrive fréquem- ment qu'elle ne se dépose du sein de ces solutions qu'aveo une extrême lenteur. Examinée au polarimètre, la macrocarpine n'a pas mani- festé d'action sur la lumière polarisée. Ajoutons pour terminer, que cette substance ne renferme qu'une petite quantité d'eau de cristallisation pouvant être évaluée à un pour cent. C. Action de la chaleur sur la macrocarpine. — Quand où chauffe la macrocarpine, bien purifiée et sèche, dans un iîl ï 1' — 60 — tube à expérience fermé par unr Douchon à sa partie supé- rieure, et plongeant par son extrémité inférieure dans un bain d'huile, on peut observer que les caractères physiques de la matière jaune du thalictrum macrocarpum ne changent pas à la température de 80* à 85% De 85^ à 90" la macro- carpine devient d'un jaune un peu plus accentué, et à lOO" elle prend une teinte orangée. A 120^ la couleur de cette substance est devenue brun foncé, et à 150"* elle est tout à fait noirâtre. La macrocarpine se présente alors sous forme de masse granuleuse se boursouflant sur quelques points. De 150" à 200" cet aspect reste le même, on n'observe point de fusion, mais en débouchant le tube on perçoit une odeur particulière. Si on agite alors le résidu noirâtre resté au fond du tube avec de Teau ou de l'alcool, on peut constater qu'il est entiè- rement soluble dans ces liquides qui prennent une colora- tion tout à fait semblable à celle du brome. Une goutte d'acide minéral donne à ces solutions la cou- leur jaune des solutions de macrocarpine, en neutralisant par l'ammoniaque la coloration rougeâtre se reproduit. La macrocarpine tout à fait insoluble dans l'éther, modifiée ainsi par la température de 200®, se dissout en partie aussi dans ce liquide en le colorant en rouge. A cette température, on n'a pas vu la macrocarpine donner de vapeurs apparentes, mais nous avons signalé le dégage- ment d'une odeur particulière. En chauffant sur un bec de Bunsen un décigramme environ de macrocarpine placée dans une petite cornue de verre com- muniquant avec un récipient refroidi, cette substance portée ainsi à une haute température, a dégagé des vapeurs très nettes, d'une coloration tirant sur le violet ; on n'a pu ame^ ner la condensation de ces vapeurs en trop petite quantité sans doute. Dans la cornue on a trouvé un résidu de char- bon, et perçu de nouveau l'odeur spéciale déjà mentionnée. D. Action des réactifs généraux. — La macrocar- pine est un corps parfaitement neutre, les solutions de cette substance n'ont d'autre action sur le papier de tournesol que celle d'ajouter une teinte jaune à la coloration de ce ré- actif. La plupart des acides minéraux, l'acide chlorhydrique, l'a- cide sulfiirique, l'acide bromhydrique etc., précipitent la macrocarpine de ses solutions qui restent colorées en jaune malgré un excès d'acide. L'acide azotique la précipite également, mais la solution se colore en rouge brun plus ou moins foncé. La macrocarpine se dissout dans V ammoniaque ; la solu- tion obtenue est aussi claire et a la même teinte jaune clair que les solutions aqueuses, celles-ci n'éprouvent aucune modification sous l'influence de cet alcali. Une solution de macrocarpine chauffée avec de la potasse perd rapidement sa coloration jaune j la liqueur devient in- colore et on observe la formation de petites masses résineuses cassantes, de couleur rougeâtre, insolubles dans l'eau et dans Téther, mais se dissolvant assez facilement dans l'al* cool chaud. Avec la soude j la réaction se passe de même, si l'alcali est en quantité suffisante. Quand il n'est pas en excès, on observe seulement un précipité blanc floconneux, qui restç en suspension dans le liquide troublé. La macrocarpine, chauffée en notable quantité dans une solution concentrée de baryte, n'a pas subi d'altération ap- — 68-- préoiable, il a été impossible de constater aucune espèce de dégagement d'odeur ammoniacale. Le sous-acétate de plomb ne produit aucun changement dans les solutions de macrocarpine. Le nitrate et argent en solution concentrée précipite cette substance ; le précipité recueilli sur un filtre se redissout dans Teau distillée, et cette nouvelle solution ne renferme pas d'argent. Le chloroplatinate et le chlorure (Tor précipitent aussi la macrocarpine de ses solutions « Uiode en solution alcoolique donne dans la solution al«^ coolique de macrocarpine un précipité jaune doré. L'exa- men microscopique montre que les deux substances consti- tuent ce précipité, on y remarque des cristaux id'iode et des cristaux de macrocarpine colorés en brun par l'iode d'une façon inégale, quelques-uns môme ont échappé à cette colo- ration . M. Flûckiger, de Strasbourg, ainsi que nous l'avons dit plus haut a signalé la berbérine dans le rhizome du thalic- trum flavum, d'après la réaction découverte par Klunge {in Journal suisse de pharmacie 1874 n*30, 248). Cette réaction, qui permet de constater immédiatement la présence de la berbérine dans les solutions aqueuses des racines qui en ren- ferment, est également commune aux solutions du principe cristallisé jaune du thalictrummacrocarpum. En effet, quand on acidifie une solution de macrocarpine par addition d'acide sulfurique ou chlorhydrique, et que l'on ajoute de l'eau de chlore à cette solution d'acide, il se produit au contact du liquide une zone rouge vif, et lorsqu'on agite la liqueur, la couleur se produit dans toute l'étendue du liquide. En faisant passer un courant de chlore dans une solution — 63 — aqueuse de macrooarpiuei on voit la liqueur prendre promp- tement ûae coloration rouge analogue à celle du brome* La solution ainsi coloréoi abandonnée à elle-même perd assez rapidement sa teinte touge qui devient d'abord orangée» puis légèrement jaune et finit ensuite par disparaître. Du sein de la liqueur décolorée» se déposent des grumeaux blanchâtres amorphes peu abondants» Avec la liqueur de Febling» la maorocarpine ne donnov pas autre chose qu'une coloration verte due au jaune et au bleu des deux liquides mélangés» et un léger précipité blanc floconneux produit par la soudci Avec le réactif de Mayer, les solutions de macrocarpine deviennent légèrement dichroïques. Voyant que la macrocarpine n'était pas un alcaloïde, on pensa aux glucosides, et Pon essaya sans succès de la dé- doubler en sucre et en une matière nouvelle. Une solution de macrocarpine additionnée de quelques gouttes d'acide sulfiirique, et maintenue en ébuUition pendant plusieurs jours de suite, n'a pas été altérée ; l'acide chlorhy drique ne nous a pas donné un meilleur résultat. E. Analyse. — Un décigramme de maorocarpiûe, placé sur la lame de platine, a été brûlé à la flamme d'un béo de Bunsen sans laisser aucune espèce de trace ni aucun résidu. On a ensuite recherché la présence soit de l'azote» soit du chlore» dans la macrocarpine pure bien lavée à l'éther; il nous a été impossible d'y déceler l*un ou l^autre de ces corps. La recherche de l'azote a été faite avec un soin tout spé- cial et oontrôlée à plusieurs reprises par notre ami M. Han- riot« Dans une dernière ei^périeno^ tentée, dans ee but; I i ^ 64 — ê soixante centigrammes de macrocarpine ont été chauffés avec du potassium, et c'est en vain qu'on a cherché à déce- ler dans le produit une trace de cyanure. Nous ne nous hasarderons point à donner cette fois-d une formule de la macrocarpine, attendu qu'il a été reconnu trop tard, que les cristaux de cette substance employés pour les analyses renfermaient encore quelque peu d'une matière étrangère, visible à l'examen microscopique, sous forme de petites granulations adhérant aux aiguilles cristallines. On verra néanmoins la composition centésimale qui peut être assignée à la macrocarpine, d'après les deux analyses sui- vantes. I II Carbone •••. 58,15 58,36 Hydrogène •• 5,87 5,48 Oxygène.... 35,98 36,16 400,00 100,00 §. 3. — DE LA THALICTRINE. On venait d'isoler la macrocarpine des racines du thalic^ trum macrocarpum. Quelques essais, faits à la hâte avec ce principe encore impur, avaient paru démontrer son action toxique. Considérant comme acquis le résultat obtenu, on s'était occupé de préparer une quantité plus considérable de substance, de façon à entreprendre des expériences physio- logiques plus complètes qu'on pourrait continuer sans inter- ruption . Quand nous eûmes entre les mains quelques grammes de macrocarpine^ nous commençâmes de nouvelles recherches — 65 — expérimentales avec ce produit, dans le laboratoire de M. Vulpian. Nous avions énoncé brièvement les propriétés de l'extrait de thalictrum macrocarpum, et nous étions persuadés que le principe défini, que nous venions étudier physiologiquement, jouissait des mêmes propriétés; aussi notre surprise fut grande, lorsque M. Vulpian, expérimentant lui-même devant nous cette macrocarpine, la trouva sans action. Un fait restait pourtant debout, évident : la toxicité de l'extrait . Des grenouilles recevant en injection quelques centigrammes d'extrait aqueux des racines de thalictrum macrocarpum mouraient irrévocablement dans Tespace de quelques heures. M. Vulpian, avec une bienveillance dont nous ne saurions trop le remercier ici, nous engagea alors vivement à conti- nuer notre étude en mettant à notre disposition les ressour- ces de son laboratoire, et comme nous étions persuadé qu'il y avait dans le thalictrum macrocarpum un autre principe produisant les effets toxiques observés avec l'extrait de cette plante, nous entreprîmes pour l'isoler de nouvelles recher- ches chimiques. A ce moment, il ne restait plus qu'une petite quantité de racines de thalictrum macrocarpum, et le marc provenant de celles qui avaient été épuisées plusieurs fois par l'alcool, dans l'extraction de la macrocarpine; c'est avec de pareilles ressources que les nouvelles recherches furent tentées. On sait qu'elles sont les difficultés que présente l'extrac- tion des alcaloïdes, quand on opère sur de petites quantités de substance. Aussi malgré tous nos efforts, et les conseils éclairés de M. Mourrat ne réussîmes-nous, qu'après bien des tâtonnements; à isoler quelques centigrammes de thalictrine nettement cristallisée^ produisant sur des grenouilles les mêmes eflTets toxiques que l'extrait de la plante. Cette petite quantité de principe actif obtenue au laboratoire de patho- logie expérimentale de M. Yulpian fut mise sous les yeux de M. Bruylants de Louvain quand il vint visiter ce labora- toire. Au mois de mars dernier^ M. Bocbefontaine voulut bien analyser avec nous les effets physiologiques de cet alcaloïde nouveau, et présenta à cette époque^ en notre nom, à la Société de biologie une note sur ce sujet. On comprendra facilement, vu le peu de thalictrine dont nous avons disposé, que les pages suivantes ne soient don- nées qu'à titre de travail préliminaire^ nous réservant de compléter cette étude aussitôt que nous serons en possession de nouvelles racines. Ce qu'on vient de dire pour la partie chimique de la thalictrine, on pourrait le répéter pour la partie physiologique de ce travail; ajoutons seulement que la minime quantité de principe actif isolé nous a contraint, constatation faite que la thalictrine produisait les mêmes effets que la plante, à dose dix fois moindre environ, à em- ployer cet extrait pour les expériences physiologiques. On a suivi, pour isoler la thalictrine des racines du tha- lictrum macrocarpum, la méthode générale usitée pour l'ex- traction des alcaloïdes, consistant à les déplacer de leurs combinaisons avec les acides végétaux, soit par des acides, soit par des bases plus ou moins énergiques, selon la stabi- lité des principes cherchés, et une fois mis en liberté à les enlever du sein des liqueurs aqueuses ou alcooliques, par un dissolvant approprié. La thalictrine a été d'abord cherchée dans les eaux mères (1) Société de biologie^ séance du 20 mars, in Gazette médicale de Pa- rt«, 1«* mal 1830. . — 67 •« de la macrocârpîne, ptds dans la macrocarpinô elle-même. On a ensuite essayé d*extraire cet alcaloïde des racines du thalictrum en employant l'acide tartrique, la chaux, Tacide clilorliydrique, la magnésie, etc.... A. Recherche dans les eaux mires de la macrocarpine* — Après addition de 20 grammes d'acide tartrique, par dis- tillation dans le vide nous avons ramené à 200 grammes environ un litre de liqueur alcoolique d'où on avait extrait la macrocarpine. On songea alors à utiliser la propriété que possède l'alcool amylique de dissoudre les alcaloïdes conter- nus dans les milieux aqueux, tandis qu'il abandonne à ces mêmes véhicules acidulés les sels d'alcaloïdes. Pour cela, on traita le résidu aqueux des 1000 grammes de liquide alcoo- lique, préalablement neutralisés avec du bicarbonate de sodium, par de l'alcool amylique chaud. Après agitation et repos convenable, on sépara les deux liquides. L'alcool amylique s'était fortement coloré, on l'évapora au bain d'huile dans un appareil à distillation et on examina le résidu qui était composé de matières gommo^résineuses et de quel- ques cristaux jaunes de macrocarpine, mais on ne put y déceler la thalictrine ; cet alcaloïde est cependant soluble dans l'alcool amylique et il est possible que ce soit la tempé- rature élevée que nous avons dû employer qui l'ait détruite. Les eaux mères nous manquant, il n'a pas été possible de recommencer cette expérience ; il est probable qu'on obtien- drait un meilleur résultat, en reprenant le liquide amylique par de l'eau chaude convenablement acidulée ; neutralisant de nouveau, reprenant par l'alcool amylique et traitant ainsi jusqu'à ce que l'on obtienne une solution de sel d'alcaloïde — 68-^ incolore, qu^il serait facile de recueillir par évaporation spontanée. Pour ne pas perdre complètement les liquides de l'expé- rience ci-dessus, on traita le résidu aqueux séparé de l'al- cool amylique avec de l'éther. Ce véhicule se colora encore fortement. Après l'avoir évaporé à siccité, il fut possible d'apercevoir au microscope dans le résidu qu'il fournit de petites masses cristallines insolubles dans l'eau, mais solu- bles dans l'eau acidulée. La solution qu'on obtint de cette manière se montra très toxique en injection sous la peau des grenouilles. La proportion du sel obtenu n'était en rien comparable à la toxicité de l'extrait, ce qui nous porte en- core plus à croire que dans la distillation de l'alcool amyli- que, nous avions détruit notre principe. B. Recherche dans la macrocarpine . — La macrocarpine avait quelquefois manifesté des effets toxiques, surtout quand elle n'avait pas été purifiée par de nombreuses cristallisa- tions dans l'eau on dans l'alcool . Nous basant sur l'insolubilité de ce corps dans l'éther, on en soumit deux grammes à des lavages avec ce véhicule, qui, par évaporation spontanée, nous laissa comme résidu une petite quantité de thalictrine. Les cristaux incolores de cet alcaloïde, vus à un faible grossissement, étaient faciles à distinguer de quelques cris- taux jaunes de macrocarpine que Téther aqueux sans doute -avait pu dissoudre Ce résidu, repris par l'eau acidulée avec l'acide azotique et filtré, possédait les propriétés et les caractères des alca- loïdes ; il précipitait par les réactifs de Valser let de Mayer ; i — 69 — injecté sur des grenouilles, celles-ci expiraient rapidement en résolution musculaire et la mort arrivait au bout d'une demi-heure pour quelques-unes, au bout d'une heure pour d'autres, suivant que l'injection avait été plus ou moins forte. Le reste de la solution évaporé avec soin a laissé un nou- veau résidu coloré par de l'acide hypoazotîque. Vu au microscope, ce résidu était bien cristallin, composé de très petits cristaux, formés d'aiguilles déliées, réunies autour d'un point commun. • C. Recherche avec F acide tartrique. — L'emploi de cet acide pour séparer la thalictrine de ses combinaisons végé- tales est celui qui a paru jusqu'ici nous donner le meilleur résultat, voici le procédé suivi (1). 500 grammes de racines de thalictrum, convenablement concassées, ont été additionnés de 10 grammes d'acide tar- trique. Le mélange introduit dans une allonge à déplacement, a été lixivié jusqu'à épuisement complet par de l'alcool à 98 degrés. On a distillé la liqueur alcoolique dans le vide, et le résidu de la distillation repris par l'eau froide y a laissé le tartrate d'alcaloïde ; la majeure partie des substances extractives, les matières gommo-résineuses, ainsi qu'une quantité notable (1) Nous avons traité par le même procédé 40 grammes de racines sèches du Thalictrum nigricans DC,^ forme du Thalictrum fiavum L. pro- venant d^individus cultivés au Jardin botanique du Muséum de Paris. Mal- gré un examen microscopique attentif du résidu éthéré, on n^a pu aperce- voir le moindre groupe de cristaux étoiles, ce résidu n^était d^ailleurs pas toxique. On a constaté dans Textrait alcoolique une petite quantité de beaux prismes de matière colorante jaune, en même temps que l'absence de la résine soluble dans Téther que nous avons signalée dans les racines du thalictrum macrocarpum. — 70 — de macrocarpîn© peu soluble dans Peau froide, n'ont pas été dissoutes. La solution filtrée a été agitée avec son volume d'éther ; celui-ci s'est fortement coloré et a été décanté au moyen de Fentonnoir à robinet. La partie aqueuse, saturée par du bicarbonate de sodium jusqu'à cessation de dégagement de gaz carbonique, a été de nouveau reprise par Téther. Ce véhicule par évaporation spontanée nous a laissé un résidu d'apparence amorphe, cristallin au microscope, encore souillé de matières étrangères. Ces cristaux étaient insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool et le chloroforme. Ils se dissol- vaient aisément dans l'eau acidulée. Après avoir lavé ce résidu à l'eau distillée froide, qui a encore enlevé des ma- tières colorantes, il a été repris par l'eau légèrement acidulée par l'acide sulfurique. La solution un peu acide a été filtrée et placée dans le vide. Après évaporation complète nous avons trouvé dans la capsule de beaux cristaux incolores, constitués par des aiguilles très déliées, groupées autour d'un centre commun. Ce résidu pouvait être évalué à 60 cen- tigrammes ; sa solution possédait les réactions des alca- loïdes. Ajoutons qu'après ce résultat, on a traité de la même manière une grande quantité de marc provenant des racines épuisées déjà plusieurs fois par l'alcool, pour en extraire la macrocarpine. L'extrait aqueux préparé avec une petite quantité de ce marc avait donné des efiets toxiques manifes-* tes, néanmoins nous n'avons obtenu dans cette opération, après avoir traité le résidu éthéré par l'eau acidulée avec Pacide sulfurique, qu'une très minime quantité de cristaux de sel d'alcaloïde, dont la forme invisible à l'œil nu paraissait étoilée à l'examen microscopique. On put avec la solution -71 — de ce sel, qui donnait on trouble granuleux abondant avec le réactif de Mayer, provoquer la mort rapide de plusieurs grenouilles. B, Recherche avec la chaux. *« En épuisant les racines de thalictruna macrocarpum préalablement mélangée à rhy«- drate de calcium, au moyen de l'eau bouillante, on a obtenu un extrait aqueux alcalin. Cet extrait concentré en partie dans le vide, puis mélangé avec sou volume d'éther addi- tionné d'une certaine quantité d'éther de pétrole, a été laissé pendant vingt^quatre heures en contact avec ce mélange. On a alors séparé le liquide aqueux de Téther excessivement chargé de matières résineuses, le colorant en brun foncé. La masse éthérée, évaporée presqu'à siccité, puis aban* donnée à elle<<-même, à permis de constater à l'œil nu de petits cristaux étoiles, peu abondants, qui scintillaient au milieu de la couche épaissie des substances résineuses. Après des lavages répétés avec de Teau distillée les petites masses cristallines n'ayant pas changé d'aspect, on s'est servi d'eau acidulée avec l'acide ohlorhydrique, qui les a dis- soutes, ainsi que la plus grande partie des matières extrac* tives signalées. Cette solution filtrée a laissé sur le filtre des substances grasses qui n'avaient été qu'émulsionnéeSi mais elle est restée néanmoins très colorée. Par évapora- tien spontanée dans le vide elle a laissé déposer une très petite quantité de cristaux de chlorhydrate de thalictrine. Ces cristaux étaient plus beaux que ceux du sulfate obte«- nus dans l'opération précédente, et formés de même par de fines aiguilles dispersées autour d^un centre commun. Us possédaient également la réaction des alcaloïdesi et les pro« priétés toxiques de Pextraif • — 72 — • E. Recherches avec la magnésie. — En expérimentant sur 200 grammes de racines de thalictrum macrocarpum le procédé suivi par M. Bruylants dans ses recherches sur le thalictrum flavum, c'est-à-dire, épuisant ces racines par Teau acidulée avec l'acide chlorhydrique, neutralisant par l'hydrate de magnésie et reprenant par l'alcool, on n'a ob- tenu aucun résultat. Nous n'avons pas été plus heureux ^n employant l'acide sulfurique, ou l'acide oxalique, et neutralisant ensuite par la chaux. Mentionnons enfin, que l'extrait aqueux qui servait à nos expériences physiologiques, préparé de la façon décrite plus loin, additionné de bi-carbonate de soude jusqu'à complet dégagement d'acide carbonique, nous a fourni en l'agitant avec l'éther quelque peu de thalictrine, mais l'extrait aqueux après ce traitement, se montrait presque aussi toxique qu'a- vant. F. Propriétés. — Ce que nous savons jusqu'à ce jour de l'al- caloïde du thalictrum macrocarpum se borne à peu de chose. On a vu dans l'exposé de nos recherches, la thalictrine se présenter sous forme de petits cristaux aiguillés, incolores, groupés autour d'un centre commun. Ces cristaux étaient insolubles dans l'eau à chaud comme à froid, solubles dans l'éther, l'alcool, le chloroforme et un peu dans la benzine. La thalictrine neutralise bien les acides, et on a pu ainsi que nous l'avons mentionné plus haut former le sulfate, l'azotate, et le chorhydrate de cet alcaloïde. ■ La solution de thalictrine, et celle de ses sels, donnent avec le réactif de Mayerun précipité caractéristique blanc bien grumeleux. Avec les autres réactifs des alcaloïdes, tels — 73 — que celui de Valser ou de Winckler la réaction a été égar- lement très manifeste. Ajoutons enfin, que l'action physiologique, recherchée sur des grenouilles avec le produit de chacune de nos expé- riences, est venue apporter une nouvelle preuve de la pré- sence d'un alcaloïde actif dans les racines du thalictrum macrocarpum. Cette action physiologique, qui fait l'objet de la troisième partie de ce travail, sera abordée après une étude complé- mentaire des racines du thalictrum macrocarpum. § 4. — éroDE compl]£hbntairb des racines du THALICTRUM MACROCARPUM Nous terminerons l'étude que nous venons de don- ner sur les deux principes les plus importants des racines du thalictrum macrocarpum, par l'indication sommaire des autres substances qu'elles renferment, et par l'énoncé des rares espèces de thalictrum permettant de supposer d'après la structure de leurs racines une constitution chimique pro- bablement analogue. A. Eau de végétation. — Les racines fraîches du thalic- trum macrocarpum renferment une forte proportion d'eau, desséchées à la température ordinaire elles perdent 60 p. 100 d'eau. Ces racines ainsi séchées sont très hygrométriques, comme on l'a déjà dit ; après les avoir laissées pendant plu- sieurs jours à l'air libre, par une température de 1^ envi- Doassans. 6 — 74 — ron, et placées ensuite pendant près de 10 heures dans Tétave à eau bouillante, on les a trouvées diminuées de 11,6 p. 100 de leur poids. L'eau de v^étation de ces racines, récoltées au moment du développement complet de la plante, peut donc être éva- luée d'une âiçon très approximative à 71,6 p. 100. B. Extraits^ sels minéraux. — En employant quatre litres d'alcool à 90* pour épuisa par la méthode Cloëz, c'est^-dire par un courant d'alcool chaud, 100 grammes de racines sèches du thalictrum macrocarpum pulvérisées et placées dans une allonge à déplacement, on ne voit le liquide em- ployé passer incolore qu'au bout de vingt -quatre heures à cause da pouvoir colorant asses fort de la macrocarpine. A ce moment ona on extrait alcoolique complet; on le con- centre à consistance sirupeuse, le principe jaune se prend en une masse de cristaux baignés par un liquide brun. Si on agite le tout avec assez d'éther pour que les der- nières portions employées ne se colorent plus, on enlève la résine de Pextrait avec des traces de thalictrine. Cette résine est de couleur brune, à 'odeur désagréable, insoluble dans l'eau, très soluble dans l'éther, très peu dans l'alcool iroid, davantage dans l'alcool bouillant. Les racines de thalictrum macrocarpum donnent dans l'opération précédente un résidu éthéré de 1,50 p- 100* Si l'on jette alors, sur un entonnoir bouché par un tam- pon de coton cardé, et pesé à l'avance, le restant de l'ex*- trait alcoolique, et qu'on filtre à la trompe, les cristaux de macrocarpine restent sur le filtre, et le liquide brun qui les imprégnait passe dans le récipient au-dessous de l'enton- noir« En versant quelques gouttes d'^her sur les cristaux — 75 ^ de macrocarpine, on les débarrasse complètement de quel- ques traces de résine restée adhérente aux prismes cristal- lins, et Ton peut avoir le rendement des racines du thalic- trum macrocarpum en principe colorant ; dans ces condi- tions on a trouvé que ces racines renfermaient 4 p. 100 de macrocarpine. Le poids de l'extrait à consistance pilulaire, obtenu en concentrant aubain-marie, le liquide brun séparé par filtra- tion des cristaux de macrocarpine est de 43,20 p. 100. Dans cet extrait, 16 parties doivent être attribuées à du glu- cose qu'on y a dosé par fermentation. Après avoir épuisé par l'alcool les racines de thalictrum macrocarpum de la manière indiquée plus haut, si on les traite alors par l'eau bouillante jusqu'à ce que ce liquide passe incolore, on obtient encore un extrait aqueux. Le poids de cet extrait aqueux amené à consistance sèche est de 10, 24 p. 100; il est encore proportionnellement plus riche en glucose que l'extrait alcoolique, puisque par la fer- mentation on a trouvé que cette substance y entrait pour 4,340. En additionnant le glucose fourni par Tépuisement alcoolique, et par l'épuisement aqueux, on voit que les ra- cines de thalictrum renferment 20,340 p. 100 de cette der- nière substance. Après ces deux traitements, par l'alcool d'abord, et par l'eau ensuite, il ne reste plus dans les fibres du thalictrum macrocarpum de substances solubles ; l'éther, la benzine, le chloroforme, l'alcool amylique, passent dessus sans donner aucun résidu appréciable après évaporation. Le poids total des principes solubles des racines du tha- lictrum macrocarpum est donc fourni par le poids de l'ex- trait alcoolique additionné du poids de l'extrait aqueux ob- I . ' t > — 76 — I tenu en second lieu, il est de 48,70 + 10,24 = 58,94 I p. 100- D'un autre côté le poids du résidu de l'incinération des ra- cines épuisées, différant très peu comme on s'en est assuré, de celui donné par un égal poids de racines non épuisées, on peut, sachant que les racines de thalictrum macrocarpum donnent par incinération 5,50 p. 100 de résidu, riche surtout en carbonates de potasse et de chaux, résumer toutes les observations précédentes dans le tableau suivant : \Q() parties de racines fraîches de Thalictrum macrocarpum renferment 71,6 d'eau de végétation. \()Q parties de racines sèches de Thalictrum macrocarpum donnent: Eau 11,60 Macrocarpine 4 Matières extractlTes i Résine. • . . • • 1,50 j par V alcool d'abord : J Glucose 16 Matières extrac- / 4^,70 i Thalictrine traces tives. , 58,94\ [ Matières extractives 27,20 1 Matières extractives ( ^, , «,a „ I Glucose. . . . , • 4,340 par l'eau ensuite : w>r 4.a * *• ^ «aa -« ^. J Matières extractives 5,900 10,24 ( ' Potasse Soude . . , , Bases. ^Maptésie Chaux Sels minéraux.. 5,5o/ i ^^ Alumine / I Acide carbonique. . • Acide sulfurique. . . . traces Acide chlorhydrique id. Acide phosphorique. id. Fibre végétale. . 23,96 lOC.OO ^ 77 — C. Analogies. — D'autres racines de thalictrum oflfrî- raient sans doute à l'examen chimique des principes analo- gues à ceux que nous avons signalés dans le thalictrum ma- crocarpum. M. le professeur Bureau, avec sa bonté habituelle, nous a mis à même d'examiner les thalictrum de l'herbier du Muséum de Paris, et nous avons recherché d'après la struc- ture des racines, quelles étaient les espèces présentant le plus d'analogies au point de vue chimique avec notre thalic- trum pjrrénéen. Ce travail eût été facile pour ce qui concerne le principe colorant, malheureusement, les parties souter- raines des plantes sont en général mal représentées dans les herbiers, et c'est sur de rares vestiges de racines que notre examen a porté. Quoi qu'il en soit, on peut penser en se basant sur l'ana- logie botanique, que les espèces suivantes possèdent des ra- cines d'une constitution chimique probablement semblable à celle des racines du thalictrum macrocarpum ; nous mention- nerons le Thalictrum rutœfolium Hook. f. et Thoms., le Thalictrum fcmiculaceum Bunge, le Thalictrum virgatum Hookf. et Thoms. A ces espèces, il faut joindre celles qui avoisinent la tha- lictrum macrocarpum dans le tableau systématique du genre thalictrum, donné par M. Lecoyer, que nous rapportons dans la partie botanique de cette thèse. Parmi ces espèces nous citerons entre autres le Thalictrum Mexicanum D C, le Thalictrum podocarpum H. B. K., et surtout le Thalictrum longistylum D C, en un mot les Physocarpum en général. On peut se demander si les thalictrum véritablement tu- béreux comme le Thalictrum anemoadides Michx. , le 2%a- - 78 — lict^um débile Backl.^ le Thalictrum tubertferum Maxim., le Thalictrum tuberosum L., ne renferment pas dans leurs parties souterraines renflées les mêmes principes que ceux des racines du thalictrum macrocarpum. Ayant eu l'occasion d'étudier le Thalictrum tuberosum L., voici ce que Texamen des parties souterraines de cette espèce nous a permis de constater. Les racines de cette plante sont constituées par une por* tion grêle, qui se renfle en tubercule. Dans la partie grêle, on trouve en dehors, alternant avec les quatre faisceaux primaires, des faisceaux vasculaires en forme de V, également au nombre de quatre, entourés d'une zone génératrice étroite. Ça et là dans Técorce sont disposés des éléments très épaissis, qui sur une coupe longi- tudinale, se montrent comme formés par des cellules très épaisses allongées, non comparables à des flbres quoiqu'elles soient souvent un peu effilées, présentant des ponctuations très fines partant d'une cavité centrale» On retrouve des cel- lules analogues dans les parties souterraines de certains ranunculuSk Ces cellules constituent des îlots plus ou moins nombreux à la périphérie, on en retrouve également dans le cylindre central. Ces éléments épais et les vaisseaux sont teints en jaune au milieu d'un tissu incolore dont ils occu* peut une très grande partie* Si nous prenons la partie l'enflée, on peut remarquer que sa structure est à peu de chose près semblable à celle de la partie grêle ^ On remarque cependant qu'il n'y a pas de boîs . continu, mais des groupes isolés épaissis, et on ne voit pas de zone génératrice proprement dite. Ce qui frappe au pt*e*- mier abord, c'est la rangée de cellules épaisses qui viennent doubler la partie extérieure du renflement j celles*-ci sont en — 79 — forme de groupes serrés et forment à la périphérie nn eerde très vivement coloré en jaune. Autour des éléments situés dans la moelle, se trouve un centre de prolifération d'élé- ments cellulaires très-abondants, formant un tissu qui, lui, n'est pas coloré, dans lequel Tiode a décelé la présence de l'amidon. Sous le rapport de la coloration le thalictrum tuberosum se distingue donc nettement du thalictrum macrocarpum dont le principe jaune réside dans la plupart des éléments. TROISIÈME PARTIE ' i I ( TROISIÈME PARTIE Reoherohes physiologiques. Dans les notes botaniques qui se trouyeût au oommenoei- ment de ce travail, nous avons énoncé les propriétés attri* buées à divers thalictrumi et constaté qu'on ne leur avait point reconnu les effets suspects propres à beaucoup de Re-« nonculacées : il est pourtant vrai de dire qu'aucune des es-* pèces mentionnées ne fait partie du groupe des Physocar- pum. Nos expériences sur Tunique représentant européen de cette section démontrent qu'on peut rencontrer dans le genre thalictrum une action toxique considérable plus ou moins comparable à celle des Aconits. C'est l'exposé de ces expériences que nous donnons dans la troisième partie de notre étude. Pour arriver à connaître l'action physiologique du thalic- trum macrocarpunx on a été obligé d'employer le plus sou- vent l'extrait obtenu avec ses racines ; car, ainsi qu^il a été dit plus haut, nous n'avions à notre disposition qu'une très petite quantité du principe actif de cette plante qui se trouva promptement épuisée dans quelques réactions chimiques. La thalictrine soluble dans ralcool, insoluble dans Peau, et les sels de thalictrine solubles dans l'alcool et dans l'eau, pré- sentent avec une rapidité plus grande et avec des doses beâti- — 84 — coup moins élevées les phénomènes physiologiques dus à l'extrait de thalictrum. De plus, Textrait possède une action locale dont l'alcaloïde et ses sels sont dépourvus. Pour nos expériences on a préféré l'extrait aqueux à l'ex- trait alcoolique après avoir observé que le premier à doses égales est plus actif que le second ; on a du même coup éli- miné les causes d'erreur qui pourraient résulter de l'action propre de l'alcool dans les expériences sur les batraciens ou les mammifères. Il n'est pas d'ailleurs inutile d'indiquer ici d'une façon précise la méthode suivie dans la préparation de cet ex- trait aqueux : Les racines de thalictrum convenablement concassées ont été mises à macérer avec vingt-cinq fois leur poids d'eau, pendant vingt-quatre heures. La solution filtrée avec soin, a été distillée dans le vide jusqu'à consistance siru- peuse, puis amenée à siccité complète par un séjour prolongé dans une étuve dont la température n'a pas dépassé 45^. L'extrait sec ainsi obtenu se présente sous forme de masse brune, cassante, d'une saveur amère, avec arrière-goût un peu sucré. Il ne provoque pas dans la bouche la sensation de sécher e&^e et la constriction du pharynx, que l'on ressent après avoir mâché de la racine de thalictrum macrocarpum. Cet extrait se redissout dans l'eau complètement et avec rapidité. Les solutions qu'il fournit sont parfaitement neu • très et peuvent être titrées très exactement; toutefois remar- quons que ces solutions, comme celles de la plupart des ex- raits, s'altèrent au bout de quelques jours, il est donc pré- férable de les préparer au far et à mesure des besoins de l'expérimentation. .85 — L'extrait qu'on pourrait avoir par décoction est moins ac- tif que l'extrait obtenu par simple macération. La macrocarpine ne se dépose jamais dans ces extraits amenés à consistance sirupeuse ; on se rappelle qu'au con- traire cette substance se dépose, dans les mêmes conditions^ au sein des extraits alcooliques. Des doses considérables de macrocarpine auraient donné peut être certains effets physiologiques f Mais un gramme de cette substance introduit en solution aqueuse dans la veine saphène d'un chien n'a produit aucun résultat appréciable dans nos expériences, et il en a été de même dans celles que M. le professeur Vulpian a fait avec le même produit. M. Vulpian, ayant placé sous la peau d'une grenouille plus d'un décigramme de macrocarpine en nature, n'a pu cons- tater aucune espèce de phénomène particulier, de sorte que ces résultats négatifs nous ont conduit naturellement à ne plus expérimenter la matière colorante jaune du thalictrum macrocarpum. La résine fournie par les racines de ce thalictrum et qui est signaléep. Ô2, estcommelamacrocarpinedépourvueégale- ment de propriétés toxiques apparentes, ainsi qite nous avons pu nous en convaincre par plusieurs expériences sur des grenouilles et des cobayes. Nous avons aussi recherché sur des grenouilles si l'ex- trait aqueux des parties aériennes desséchées du thalictrum macrocarpum, telles que feuilles, tiges, fruits, et fleurs ne produiraient pas des effets toxiques et le résultat de ces tentatives a toujours été négatif. — 86 — § 1 • <— ACTION LOCALE DU THALIOTRUH MACROCARPUM. Tout d'abord il est bon de rappeler en quelques mots ce que Ton entend en physiologie par action locale des substances to- xiques ou médicamenteuses j par opposition à V action toxique et aux effets physiologiques de ces mêmes substances. C'est là un point capital dans l'étude des effets physiologiques d'un agent toxique déterminé, et sur lequel M. Vulpian a depuis longtemps déjà, et non sans raison, appelé l'atten- tion des expérimentateurs. Afin de bien différencier un effet localy immédiat^ d'avec une action physiologique, procédons par quelques exemples. On introduit sous la peau du mollet d'une grenouille deux ou trois gouttes d'acide sulfurique : presque aussitôt, le mus- cle en contact direct avec le liquide corrosif, puis le seg- ment du membre, puis le membre tout entier deviennent raides, insensibles, inertes. Cependant les autres parties du corps conservent intégralement leur état normal. Au lieu d'acide sulfurique, insérons sous la peau de la jambe d'une autre grenouille quelques fragments de cristaux de sulfate de cuivre . Les muscles ne deviennent pas aus- sitôt raides et insensibles comme avec Tacide sulfurique* Mais cet état se produit peu à peu, au fur et à mesure que le sulfate de cuivre se dissout dans les humeurs de l'orga- nisme et que la solution pénètre de proche en proche les tis* sus, à la façon de l'eau qui imprègne une éponge. Par suite de cette imprégnation les tissus, muscles, nerfs, vaisseaux, ainsi directement et progressivement touchés subissent une — 87 — altération telle qu'ils perdent leurs propriétés physiologi- ques. C'est par ce mécanisme, confondu à tort par de nom- breux auteurs avec un phénomène d'absorption, que le sul- fate de cuivre peut, dans ces conditions, paralyser entière- ment une grenouille, sans qu'il ait cependant donné lieu à un véritable phénomène physiologique, ni déterminé une ac- tion toxique réelle, car il n'est pas entré dans l'organisme par voie d'absorption. Si certains auteurs avaient pris en considération la péné- ration de proche en proche du sulEate de cuivre dans les tis- sus, et la différence que peuvent présenter les phénomènes qui résultent de l'infiltration de cette substance dans les tissus, suivant qu'elle est introduite sous la peau du dos ou sous celle de l'extrémité d'un membre, ils auraient été ame- nés à voir que l'arrêt du cœur dans ces expériences tient à la difi^sion du sulfate de cuivre de proche en }Mroche jus- qu'au cœur, et à l'action locale qui résulte de son contact direct* Us auraient par suite pris les précautions nécessaires pour se mettre à l'abri d'une pareille cause d'erreur et n'au- raient pas classé le sulfate de cuivre parmi les poisons du cœur. On pourrait faire la même remarque pour d'autres agents dont l'action locale a été prise à tort pour des effets physiologiques (1). Prenons encore un exemple plus palpable que le précé- dent : un homme avale une certaine quantité d'acide azoti- que et meurt dans l'espace de quelques heures* Peut-on dire que cet homme a succombé à une intoxication par l'acide azotique? NoUj assurément. Sa mort est la conséquence des désordres qu^entraine la désorganisation plus ou moins logiquedes 8ubstanec9toxiiu€8 €tmédicament€U9C8^2fif9iêcicvl§if»tàbii379» — 88 — étendue des tissus par un agent éminemment corrosif. La mort était le résultat d'une désorganisation analogue chez ces suppliciés auxquels, à une époque barbare, on cou- lait du plomb fondu dans les ouvertures naturelles du corps. Dans tous ces cas il y a altération ou destruction plus ou moins profondes des tissus de Téconomie par Faction di- recte des agents employés. Il n'y a pas absorption par les voies physiologiques, puis transport de ces agents par le sang . dans les diflGôrentes parties du corps pour y exercer une action élective sur tel ou tel tissu, sur tel ou tel appareil. Comparons maintenant ces effets avec ceux que produit la pilocarpine. Chez l'homme, on- fait une injection d'un centigramme d'azotate de pilocarpine, pour le traitement de l'ictère par exemple, comme on l'a essayé récemment à la clinique de l'Hôtel-Dieu. Le malade ressent tout d'abord une légère cuis- son au niveau de l'injection. Au bout de cinq à six minutes, il est couvert de sueur, saUve et sécrète en quantité notable de la bile du suc pancréatique etc. En même temps que ces phénomènes on observera dans quelques cas des vomisse- ments, des troubles cardiaques sur lesquels nous n'avons pas à insister. Ici la cuisson passagère du début constitue à elle seule toute l'action locale. Elle est bien peu de chose comme on le voit. L'action physiologique est au contraire extrêmement remarquable tant par son action sur divers appareils sécré- teurs que par son influence sur l'appareil respiratoire et cir- culatoire* La différence qui existe entre l'action locale et Faction physiologique d'une substance ressort nettement de ces quel- ques eacemples j — 89 — On peut définir Y action locale d'une substance: celle qui produit de la douleur, de rirritation inflammatoire, Taltéra- tion ou la destruction des tissus avec lesquelles cette sub- stance est en contact. \J actwn physiologique consiste dans les troubles physio- logiques plus ou moins profonds déterminés par les substan- ces médicamenteuses ou toxiques, lorsqu'elles ont pénétré dans la circulation d'un organisme vivant. Ceci posé, étudions les eflfets locaux de l'extrait aqueux de thalictrum macrocarpum. L'extrait aqueux de thalictrum macrocarpum injecté sous la peau des grenouilles détermine une contracture énergique, persistante des muscles en contact avec le liquide. On ob- serve en même temps la décoloration, la pâleur de la peau qui recouvre le segment du membre siège de Tinjection. Les cellules pigmentaires irrégulièrement rayonnées, si abon- dantes et si développées dans le tégument cutané de la gre- nouille, se contractent sous l'influence de l'extrait de thalic- trum comme elles le font avec tant d'agents irritants, et ramassent dans un espace restreint leur matière pigmen- taire, ce qui explique le changement de couleur observé. Si on met à découvert les muscles du membre qui a reçu l'injection, on remarque que le tissu musculaire est décoloré comme la peau. Sans doute parce que l'action directe de l'ex- trait faisant conti^acter les petits vaisseaux sanguins prive plus ou moins les muscles de sang. Et ceux-ci se contractent à leur tour par l'effet immédiat de l'irritation elle-même. Peut-être aussi se contractent-ils secondairement par l'effet del'anémie qui résulte du resserrement des petits vaisseaux. A l'examen microscopique on voit que les stries transver- Doassans. 7 — -90 — ■ .... .-, eales des muscles sont moins nettes qn^à Tétat normal, et que le faisceau musculaire a pris un aspect finement poin- tillé, comme légèrement sablé. Les deux expériences suivantes mettent en relief la plu- part des faits que nous venons de rapporter. ExPÉRiBNCB I. «^ GtenouiUes vertes. H h. Deux grenouiUes vertes n® 1 , n9 2, de taiUe moyenne et très vigoureuses, reçoivent chacune dans la peau de la jambe une injection d'un centigramme d'extrait de tha- iictmin obtenu ccHnme il a et 3 dit plus haut p. 84. 11 h. 5 m. Les deux animaux s'airiteiit vivement dans le bocal où ils sont placés. La jambe et le pied sont manifestement contractures chez la grenouille n^ 1. La grenouille n^ 2 ne présente qu^une paresse des mouvements dans le membre qui a re^^^u la substance. Cet état se maintient pendant plu- sieurs heures. L'affaissement s*accentue sur les deux sujets, leurs pupilles sont dilatées 5 h. La grenouiUe n<* 1 conserve touj[Our8 la contracture du membre sur lequel Tinjection a été faite. 5 h. dO m. La résolution est générale sur la grenouille n* 2, qui ne tarde, pas à mourir» 6 h. 20 m. La grenouille n^ 1 succombe à son tour. La contracture de la jambe a disparu. L'expérience suivante est encore plus démonstrative ,que les précédentes. Expérience II. — Grenouille verte vigoureuse, cle moyenne taille, 9 h. 30 m. On injecte sous la peau de la cuisse droite deux centigrammes d'extrait aqueux de thalictrum. 9 h. 35 m. Les muscles de la cuisse sont contractures et présentent au toucher une grande résistance. Cette contracture force le membre à se mettre presque à angle droit avec l'axe du corps. Toute la peau qui en- veloppe la caisse injectée est deveaue pâle, et sa couleur tranche nette- ment sur la peau de la jaiabe et du pied correspondant qui est noirâtre ainsi que le reste du tégument cutané. 10 h 30 m. hes mémee phénomènes persistent ; Vanimal est encore assez vigoureux et progresse en traiuant le membre siège de rinje''tion. Le* pupilles sont dilatées. 1 h. 3D m. l/animal est considérablement affaibli j en - résolution a — 91 — à peu pria complète. Quand on pince un orteil, on n* observe aucune espèce de mouvement, pas plus dans le membre pincé que dans les autres membres. Les cornées sont encore sensibles et la contractuie des muscles de la cuisse droite persiste. 2 h . Cette contracture a diparu ; les deux membres inférieurs restent parallèles et en résolution complète. La grenouille mise sur le dos reste sans mouvement dans cette position. Les cornées ne sont presque plus sensibles. Le cœur bat dix fois par minute avec une grande faiblesse. On met alors k nu les muscles de la cuisse gauche, et on constate avec la pince de Pulvermacber que Texcitabilit? quoique diminuée persiste en- encore, tandis que les muscles de la cuisse droite qui ont subi le contact direct de Vextrait sont incapables dVtre rois en mouvement par le même courant électrique. Le nerf sciatique gauche excit) k^on tour réagit moins bien qu'à Fétat normal; le sciatique droit ne produit qu'un mouvement presque imperceptible dans un seul orteil, quand on Texcite par le cou- rant de la pince électrique. 2 h. 30 m. L'animal semble mort, les cornées sont tout à fait insensi- bles ; le cœur mis à nu se contracte encore mais rarement il n'a que des contractions vermiculaires. 2 h. 40 m* Le cœur est arrêté, la grenouille est morte. On peut aussi en lisant l'expérience X, se rendre compte de Taction locale de Textrait de thalicfrum macrocar- pÏTim. Ëtadions^ maintenant d^une façon plus précise ce que de- rient la contractilité musculaire chez les grenouilles aux- quelles on injecte Textrait de notre plante. Chez ces animaux, Fcxcitabilité des muscles du seg- ment du membre qui reçoit Finjection d'extrait a diminué assez rapidement, comme le démontrent les tracés myogra- phiques des expériences suivantes (Exp. III, exp. IV) ainsi que les expériences II et X ,dans ies^quelles on aéiec- trisé les muscles avec la pince de Pulvermacber. Expérience III. —Grenouille verte à rétat normal fixée sur le myographe,pour enregistrer le» contractions d'un muscle gastro-cnémien. Le cylindre enre- gistreur fait un tour par minute. Un interrupteur électrique laisse pas- ser le courant d*uii appAreil ùknSjqae pendant un temps qui est indiqué • 92 — par Tappareil de Deprez, de sorte qne l'on voit sur les tracés le moment de la fermeture et de FonTerture du courant et la contraction du mus- cle qui a eu lieu à ce dernier moment. 4 h. 30 m. Premier tracé normaL Les contractions musculaires ont une hauteur de dix millimètres. Ces contractions normales ont la hauteur quelles atteignent d'ordinaire. 4 h. 40 m. On met les muscles en expérience, en contact avec trois centigrammes d'extrait de thalictrum dissous dans de Feau distillée, et Fon prend immédiatement un second tracé pendant trois minutes. On remar- que que les contractions n'ont guère diminué de force ; les courbes qu'elles figurent sont encore égales à neuf millimètres. 4 h. 50 m. Nouveau tracé qui dure deux minutes. Les courbes des con- tractions musculaires ne sont plus que de huit millimètres. 5 h. 5 m. Quatrième tracé pris pendant deux minutes. Les courbes des contractions musculaires n'atteignent plus que six à sept millimètres. 5 h. 30 m, On prend un dernier tracé qui dure encore deux minutes. La contraction musculaire donne une courbe de cinq millimètres ; juste la moitié de la hauteur qu'elle était sur le premier tracé normal. La gre- nouille en ce moment est déjà en complète résolution musculaire. Les muscles du membre postérieur du côté opposé ont conservé leur contrac- tilité à peu près normale. On voit par cette expérience que l'extrait de thalictrum affaiblit considérablement et directement la contractilité des muscles avec lesquels il est mis en contact, tandis que cette irritabilité n'est pas sensiblement modifiée dans le membre du côté opposé, bien que cependant l'animal soit fortement intoxiqué puisqu'il est dans un état de coUapsus complet. L'expérience suivante, montre que cet affaiblissement par action directe va jusqu'à l'abolition de la propriété muscu- laire puisqu'elle démontre l'absence entière de réaction. du muscle sous l'influence de Texcitation électrique, tandis que l'animal mortellement empoisonné a conservé sa contracti- lité dans les autres parties du corps. Expérience IV. Grenouille mâle vigoureuse. Cette expérience est faite dans les mêmes conditions que la précédente, avec cette différence que le cylindre fait trois tours par minute. ^ 93 «-> 3 h. 50 m. On prend un premier tracé normal qui donne de belles cour- bes des contractions égalant en hauteur treize millimètres. 4 h . On injecte sous la peau qui recouvre le muscle ga^tro-cnémien qui est en expérience, six centigrammes d^extrait dissous dans l'eau distillée. Une bonne partie de ce liquide regorge de dessous la peau du membre et le baigne extérieurement. 4 h. 5 m. On prend un second tracé. L*énergie des contractions muscu- laire a augmente, on mesure seize millimètres d'élévation de la courbe des contractions. 4 h. 10 m Les contractions musculaires sur un troisième tracé donnent un amplitude égale à douze millimètres en moyenne. 4 h. 30 m. Sur un quatrième tracé les contractions ne sont plus que de neuf millimètresé 4 h. 40 m. Les contractions ne sont plus que de huit millimètres sur le cinquième tracé. 5 h. Sixième tracé. Les contractions sont de cinq millimètres seulement. 5 h. 20 m. Septième tracé. Les contractions sont égales à deux milli- mètres. 5 h. 40 m. Huitième et dernier tracé, qui montre que les contractions n*atteignent même plus un millimètre, quelques contractions sont si faibles qu'elles sont à peine indiquées sur le tracé myographique. Ce tracé con- tinué jusqu'à 5 h. 45 m. permet de constater qu il n'existe plus de contrac- tilité musculaire. La grenouille enlevée à ce moment de dessus le myographe est en par- faite résolution musculaire, elle présente une forte contracture du membre injecté. La contractilité musculaire persiste dans le gastro-cnémien du membre postérieur du côté opposé qui n'a pas subi le contact direct de de Textrait de thalictrum. Le cœur mis à nu se contracte d*une façon incomplète. 6. Le cœur a cessé de battre. Dans Texpérience II on a constaté la disparition presque complète de Texcito-motricité du nerf sciatique du membre qui avait reçu l'injection d'extrait, et on a trouvé que cette propriété était aussi légèrement atteinte sur le sciatique du membre opposé. Dans le premier cas c'est réellement à l'ac- tion locale de notre substance sur les nerfs qu'il faut attri- buer la perte do rexcito-motricité, mais dans le second cas la diminution de cette propriété est le fait de l'action phy- — 94 — siologiqne du thalîctrum macrocarpum. L'expérience X, p. 101, démontre encore d'une manière plus évidente Tac- tioii directe de Textrait de thalictrum sur les nerfs. Si l'extrait de thalictrum macrocarpum a une action lo- cale sur la peau, les muscles et les nerfs, il est naturel de penser qu'il agit pareillement sur le muscle cardiaque. Voici du reste, à ce sujet, une expérience dans laquelle on a versé de l'extrait de thalictrum sur le cœur mis à découvert. Bxv^iiiBMCi V. — Gr«nouUle mAle de moyenne taUle. S h. On met le cœur à nu et on compte qu'il bat 60 fois par minute. Cet organe est bien développé, les battements sont énergiques. On laisse tomber dessus quelques gouttes d'une solution d'extrait aqueux de thalictrum, immédiatement le volume du cœur diminue, les mouvements deviennent faibles. 3 h. iO m. Le cœur présenta des contractions de plus en plus faibles, U se ride transversale m in t. On ne peut pas compter les contractions du ventricule parce qu'elles sont douteuses, mais les oreillettes se contractent visiblement et donnent 40 pulsations par minute. Il semble bien cependant que de temps en temps on observe une contraction de la base des ventricules. 3 b. 50 m. On voit arriver le sang dans la caVité ventriculaire qui se con« tracte 28 fois par minute ; Fanimal a conservé ses mouvements spontanés* 4 h. On laisse tomber de nouveau 3 gouttes d'extrait sur le cœur. 4 h. 20 m. Les battements de cet organe sont tombés à 24 par minute. 4 b. 30 m. Ils ne sont plus que de 20. 4 h. 40 m. Les battements du cœur, presque imperceptibles, sont de 18 par minute. La résolution musculaire est presque complète; la grenouille a conservé des mouvements réflexes ; ceux de la respiration ne sont plus que d'un par minute. 5 h. Plus de mouvements respiratoires; plus de mouvements réflexes; prostration complète; les battements du cœur sont imperceptibles. 5 h. 5 m. Arrêt du cœur, l'animal est mort. Dans cette expérience, on voit que, aussitôt que Ton a ver- sé quelques gouttes d'extrait de thalictrum sur le cœur, les contractions de cet organe ont été affaiblies et moins fréquen- - W -r- tes. Il semble donc que Faction locale qui vient d'être cons- tatée sur les muscles des membres s 'exerce également sur le cœur. Cependant on pourrait objecter que cet effet résulte d'une absorption de la substance par le cœur, de sorte qu'il n'y aurait là en réalité qu'un phénomène physiologique d'ab- sorption, lequel se serait produit très rapidement parce que l'agent toxique a été immédiatement absorbé par l'organe. Il est donc nécessaire de chercher ce que devient le cœur sur une grenouille intoxiquée par injection hypodermique d'extrait de thalictrum macrocarpum, faite loin de l'organe delà circulation, alors que l'animal est en résolution para- lytique plus ou moins avancé. Tel est le but de l'expérience suivante. Expérience VI. — GrenouUle verte. 12 h. 45 m. On fait une injection de 2 centigrammes d* extrait bous la peau du moUet de la jambe gauche. Le cœur mis à découvert bat 50 fois par minute. 12 h. 50 m. Cet organe n^'cst un peu ralenti, il ne bat plus que 48 fois par minute. On constate de la raideur dans le membre qui a reçu Vinjeo» tien ; les pupilles sont dilatoes. 1 h. 10. Le cœur bat 47 fois par minute. 2 h. ( es battements sont au nombre de 30 par minute, le cœur se con- tracte d'ailleurs bien dans toutes ses parties. 2 h. 20. Les mouvements du cœur sont devenus très faibles ; ils sont au nombre de 20 par minute. La grenouille est en résolution. 3 h. 15 m. Les mouvements du cœur sont imperceptibles. 3 h. 43 m. On ne voit plus aucune espace de mouvement. L*aiiimal est mort. Comparativement à cette expérience on en a fait une autre; expérience VIT, pour bien montrer que l'extrait de Thalictrum agit localement sur le cœur. Expérience VU. — GrenouiUd verte. 11 h. 35 m. On met le cœur à nu et on constate qu'il bat 48 fois par minute. — .96 — 12 b, 40. Oa laisse tomber goutte à goutte sur cet organe 2 centigrammes d'extrait de thalictrum dissous dans de Teau distillée. Immédiatement le cœur éprouve un léger arrêt, il reprend ensuite son mouvement d'une façon moins vigoureuse. 12 h. 45 m. Le cœur bat toujours 48 ibis par minute, mais le ventricule ne se contracte pas à chaque battement des oreillettes. 12 h. 50 m. Le cœur ne bat plus que 40 fois par minute ; le ventricule parait presque exsangpie. 1 h. 20 m. Le cœur bat 36 fois par minute. 2 h. 30 m, On ne compte plus que 20 mouvements par minute; le ven« tricule se contracte d*une façon très incomplète. 3 h. 30 m. On ne voit plus que les oreillettes se contracter 18 fois par minute ; Tanimal est en complète résolution musculaire. 4 h Les battements des oreillettes sont au nombre de 16 par minute ; le ventricule reste immobile. 4 h. 30 m. On n'observe plus que des contractions vermiculaires sur les oreillettes ; le ventricule est toujours très pâle et inerte. 5 h. Le cœur est absolument sans mouvement. Il est donc bien démontré que le ralentissement des mou- vements avec pâleur du ventricule, qui surviennent aussi- tôt que Ton a versé de l'extrait de thalictrum macrocar- pum sur le cœur mis à découvert, sont réellement dus à une action directe. Car dans l'expérience comparative pour laquelle on a injecté sous la peau d'une jambe de l'extrait de thalictrum, on a vraiment observé un ralentissement dû cœur au bout de trois heures par suite d'une action physiologique sur laquelle nous reviendrons (p. 164); mais il faut remarquer qu'en aucun moment le ventricule cardis^que n'est devenu pâle, exsangue comme dans les cas où l'extrait était en con- tact immédiat avec lui. Il faut enfin noter la persistance des contractions auriculaires chez la grenouille qui a reçu direc- tement sur la cœur l'extrait de thalictrum, tandis gue le cœur en entier s'affaiblit graduellement dans le cas d'injeo- tion hypodermique. Il est encore intéi^essant de faire obsen- — 97 — ver qne l'intoxication générale a été plu^ lente à se produire dans Texpérience VII que dans Texpérience VI . Chez les mammifères supérieurs comme le chien, l'action irritante de l'extrait donné par injection hypodermique s'est fréquemment manifestée, lors même que la dose a été insuf- fisante pour déterminer la mort, par des abcès in loco qui se développent dans l'espace de vingt-quatre à trente-six heu- res. La peau au niveau de Tinjection n'est pas désorganisée ainsi qu'on l'observe avec la coninepar exemple. Les abcès souvent volumineux se développent dans le tissu sous-cuta- né. Dans certains cas on a dû les ouvrir avec le bistouri ; d'autres fois quand ils étaient moins considérables, ils ont ont été abandonnés à eux-mêmes et la résorption s'est faite sans autre accident. Au moment même de ^injection, les chiens grattent vive- ment à de nombreuses reprises les parties de leur corps mi- ses en contact avec l'extrait, et quelquefois ils font entendre des gémissements plaintifs. Les expériences VIII et IX, mettent ces faits en évidence. Expérience VIII. — Chien Rs. buU-terrier, du poids de 15 kUograxnmes. 3 h. 30 m. On injecte à cet animal, 1 gnramme environ d'extrait de tha- lictrum macrocarpum en deux points du corps différents, dans la région lombo-abdominale gauche et dans la cuisse du même côté. 3 h. 40 m. L* animal est triste, U s* est couché ; il ne présente d'ailleurs aucun phénomène, si ce n*ést que les muqueuses labiales sont tortement décolorées; il ne salive pas. De temps en temps il se lève, contracte vivement ses peauciers et se grattte vigoureusement au niveau des poiiits injectés. 4 h. L* animal est encore triste et abattu, il refuse de manger sa ration du soir. Le lendemain; ce chien ne présente pas d'autres phénomènes qu'un léger empâtement siégeant aux points injectés qui sont assez sensibles. Le surlendemain Tanimal n'offre plus aucun indice de l'iigection et il n'en a pas davantage les jours suivants. — M — Cette expérience nous montre l'animal se grattant vigou- reusement au niveau des points où Ton vient de faire l'injec- tion, puis le lendemain présentant de l'empâtement au même niveau. On ne saurait dire que la piqûre faite avec le fin trocart de la seringue à injection hypodermique soit la cause de pa- reils symptômes, car on sait que ce traumatisme à lui seul ne produit jamais de semblables phénomènes . Ces phénomènes sont donc évidemment dus à Faction de l'extrait de thalic- trum, aussi bi<^n dans cette expérience que dans la suivante où les effets locaux de l'extrait sont beaucoup plus accusés. BxpÉmEXCE ne. — Jeune chien de chasse, du poids de 5 kUogj^ammes. 2 h. On fait A cet animal trois injections hypodermiques avec f gramme d*extrait de thalictrum macrocarpum, Tune à droite, Tàutre à gauche de la colonne vertébrale dans la région dorsale, la troisième à la cuisse gau- che ; aprôs ces injections le chien pousse quelques gémissements plaintifs •t se gratte pendant plusieurs minutes avec la patte droite postérieure en restant reposé sur son train postérieur. 2 h. 30 m. L*animalest calme et ne manifeste aucune espèce de malaise ; il est attentif lorsqu'on l'appelle. 4 h Le chien s'est couch3 ; il respire fréquemment; son pouls est à 200. 4 h. 10 m. Il vomit abondamment en une seule fois une quantité très notable d'aliments ; après ce vomissement il est devenu triste et parait sommeiller; cet état a persisté jusqu^au soir. Le lendemain. Tanimal parait un peu fatigué ; il mord quand on essaye de porter la main aux endroits où l'extrait de thalictrum a été injecté. On remarque d'ailleurs en ces points une légère tuméfaction ; le chien traîne un peu la patte gauche où une injection avait eu lieu. Le troisième jour on perçoit nettement de la fluctuation au niveau des points, siège de l'injection. Uoe incision donne passage à un pus épais un peu fétide. Ce chien s*est très bien remis et a pu servir à de nouvelles expériences. Ainsi l'injection d'un gramme d'extrait a fait pousser des gémissements plaintifs à l'animal qui s'est ensuite gratté pendant plusieurs minutes. Il faut répéter ici pour lesgé- — 90 — missements ce que Ton a dit pour le grattage dans 1-èxpé- rience VIII. L'hyperesthésie qui siège le lendemain au niveau de Tin?» jection, ainsi que la tuméfaction et la parésîe du membre qui l'accompagnent, ne sont pas non plus, pour les mêmes raisons, le fait d'une piqûre, d'un traumatisme insignifiant, mais bien la conséquence des propriétés irritantes de la sub- stance employée II en est de même des abcès que l'on a dft ouvrir et dont l'animal a d'ailleurs parfaitement guéri. L'action locale irritante de l'extrait de thalictrum macro- carpum serait un obstacle sérieux à son emploi thérapeuti- que par la voie hypodermique, heureusement que la thalic- trine et les sels de cet alcaloïde, partie active des racines de la plante dont nous étudions l'action sur l'économie, ne pré- sentent pas cet inconvénient ainsi qu'on peut le voir dans plusieurs expériences qui sont rapportées plus loin (p. 103, 104, 105, 111). § 2. — Action physiologique du thalictrum macrocarpum. On vient de voir que l'extrait de thalictrum macrocar* pum possède une action locale dont il faut tenir compte quand on veut rechercher ses effets physiologiques. Il est bon de faire remarquer que dans nos expériences, on s'est mis en garde contre cette cause d'erreur en employant des solutions étendues d'eau qui ne produisent plus sur les gre- nouilles les phénomènes irritants notés ci-dessus, c'est-à- dire les contractures et la décoloration des membres et flna* lement la perte de la contractilité mu«!culaire« Il était sur» — 100 — tout indispensable d'éviter cette cause d'erreur quand on a eu à étudier Taction de cette substauce sur le cœur, et de ne pas se servir dans les injections intra-veineuses de solutions possédant une action locale capable d'amener des troubles cardiaq^ ^s lorsque, entraînées par la circulation, elles vien- draient en contact avec l'endocarde. D'ailleurs, comme on le voit par les expériences XIV, XVI, XX, XXX, les effets sur l'organe de la circulation sont restés les mêmes dans les injections hypodermiques et dans les injections intra- veineuses, les phénomènes toxiques sont apparus seulement beaucoup plus vite dans le second cas que dans le premier, comme on pouvait s'y attendre. Pour arriver à préciser l'action pliysiologique du thalic- trum macrocarpum, nous avons poursuivi notre étude expéri- mentale dans quelques cas avec les sels de thalictrine (exp. XI, XIÏ, XIII, XVIII), le plus souvent avec l'extrait dé thalictrum. Elle a été faite sur des grenouilles et sur des mammifères tels que le chien. En voici l'exposé. A. — Action toxique. , Le pouvoir toxique de l'extrait des racines du thalictrum macrocarpum varie en intensité suivant que l'on emploie cet extrait en nature ou bien son principe actif, la thalic- trine soit pure, soit combinée à l'acide sulfurique ou à l'acide chlorhydrique pour former des sels solubles dans l'eau. En effet, ainsi que nous l'avons dit dans les quelques lignes con- sacrées aux propriétés de cette substance, on se rappelle qu'elle est insoluble dans l'eau. Elle est soluble dans l'ai- — 101 — cool, mais pour ne pas avoir à tenir compte de l'action de râlcool dans les expériences délicates faites sur les gre* nouilles, on a préféré employer les sels de thalictrine solu- bles dans TalcooL et dans l'çau. Chez la grenouille, la dose d'extrait inséré sous la peau et nécessaire pour déterminer la mort est de un, deux ou trois centigrammes ; l'animal meurt dans l'espace de trois ou quatre heures. L'action toxique de cette substance est mise en évidence dans l'expérience 1 et surtout dans l'expérience II où l'on a injecté deux centigrammes d'extrait. L'expérience X, que voici, démontre encore l'action toxique de l'extrait aqueux de thalictrum macrocarpum. Exp^RiENCB X. — GrenouiUe verte TigoureuBe. 3 h. Par une injection hypodermique faite sous la peau de la Jambe gauche, on introduit 1 centigramme d'extrait dissous dans 1 centigramme d*eau distillée. 3 h. 20 m. L*animal présente une contracture peu accentuée des muscles du membre injecté; il est encore asseï Tigoureux et se meut facilement dans le bocal où il a été placé. 3 h. 30 m. Même état. 3 h. 40 m. La grenouUle excitée par le pincement d*un orteil remue à peine. Le cœur bat régulièrement. 4 h. La contracture de la jambe gauche persiste et n*a point augmenté i on peut presser jusqu'à les écraser, les orteils de ce membre sans que la grenouille fasse des mouvements ; la peau de la jambe, siège de Tinjec- tion est deTenue pftle ; Tanimal se déplace encore q.uand on pince la patte droite. 4 h. 25 m. M^me état; Fanimal paraît en outre beaucoup affaibli; ses l>apilles sont dilatées. 4 h. 30 m. L*aninial fait quelques mouvements spontanés, difficiles, en rampant pour ainsi dire sur le fond du bocal. 4 h. 50 m. La sensibilité est nuUe dans les membres infétieurs de ranimai; (A oommexkce à pouvoir les étendre sans qu'il les ramène tout à fait vera le tronc. 5 b. 20 m. La résolution moscnlaire est à peu près complète. A oe moment on recherche l'état de roxcitabilité musculaire sur les deux membres infâ ieurs de la grenouille ; la masse gastro-cnémienne mise en contact avec le liquide de Tinjection hypodermique, ne se montre pas sen- sible à l'excitation électrique; au-dessus et au-dessous la contractilité musculaire persiste, quoique très diminuée; le gastro-cnémien du côté droit est excitable par la pince de Pulvermacher, beaucoup moins que cbez une grjmouille saine; enfin les deux sciatiques sont mis à nu, et il est facile de constater une diminution considérable de Texcitabilité, sur le sciatique du membre gauche où l'injection a eu lieu, on observe en outre que le scia- tique du membre sain réagit moins bien qu*à Tétat normal. 5 h. 40 m. L*animal est toujours dans le même état de coUapsus; des mouvements de paupières, provoqués par le pincement d*une patte, indiquent Cependant qQ*il n'est pas mort. 6 h. 10 m* L'animal n^a plus aucune espèce de œoQTementy il est mort. Les solutions alcooliques de thalictrine injectées sur des grenouilles sont très toxiques pour ces animaux, comme nous avons pu nous en convaincre, pendant la préparation de cet alcaloïde, par diverses exp^ences sur des grenonilles. Mais on a préféré rechercher la puissance toxique de cette sub- stance combinée aux acides, ces combinaisons étant parfai- tement solubles dans Teaii^ tandis que l'alcaloïde n'est point soluble dans ce véhicule. On verra d'après les expériences suivantes que les sels de thalictrine, sans être actifs à aussi faible dose que les sels d'aconitine par exemple, possèdent néanmoins une énergie considérable. Le sulfate et le chlorhydrate de thalictrine sont les com- posés dont on a recherché méthodiquement l'action physi(H logique. On peut dire pourtant dès à présent que l'azotate et le tartrate de thalictrine possèdent également une puis- mnee toxique remarquable^ ainsi que l'ont démontré quelques expériences rapides j faites sur des grenouilles par injection hypodermique de run ou l'autre de ces deux derniers sels. ExpÉPiENCB XI. — Grenouille verte de forte taille, très vigoureuse. 3 h L*aiiimal reçoit en injection hypodermique dans la jambe gauche un milligramme de dUorhydraiê de UuUéeirinê^ dieaous dans ciaq millim^ très cube d'eau distillée. 3 h. 10m. La grenouille comme engourdie, garde Fattitude normale; elle se laisse pousser dans tous les sens, du bout du doigt, sans faire au* cun mouvement spontané, L*animal ramène ses membres inférieurs contre son corps quand on les en écarte. 3 h. 20 m. Absolument le même état. On constate de plus, la dilatation des pupilles. 3 h 30 m. La sensibilité est un peu obtuse, le pincement d*une patte est facilement supporté par la grenouille qtd nes*agite pas sous Tinfluence de cette exoitation. Elle ae laii attcme espèce de mouTemeat spontané ; elle est toi^ours daaa Fattitude propre à cee batraciens. 3 h 50 m. La sensibilité est encore plus émouss3e, l'animal reste too* joior» cmnme pelotoiiiié« ramaasé sur lui-atêara sans faire aueun meuve- m«At. • Le lendemain la grenouille présente le n^oie aspeet. LaaotsibOité eem- hle revenue car Tanimal fiûl quelques mouvements sous Vinfiuettoe de la douleur lorsqu*on lui pince un membre ; il parait d^aiUewra tfèt Le surlendemain la grenouille est encore affaiblie mais éUe fait dea mouvements spontanés et sa sensibilité est devenue à peu près normale* Le quatrième Jour, après Tinjection, la grenouille est trouvée morte le matin. On peut voir > d^apràs cette expérieuee^ que le oMor h jdrate de thalîctrine ne possède pas d*actîon locale manifeste comme l'extrait de thalictrum, car on u'a pas observé au niveau dé rînjection la contracture des muscles ainsi que la pâle«r de la peau produite par cette dernière substance. Ou i^marque ewxxre que le pouvoir toxique de ce sel de thalie^ne à la dose de un miU^iframme u mi pas coiiipai(a« ble à Ténergie des sels d'aconitine donnés à la nèaie 4o)»ef — 104 — car on sait qu'il suffit de 1/200* de milligramme d'azotate d'aconitine, par exemple, pour tuer une grenouille. . Dans l'expérience ci-dessus, la grenouille qui a reçu la substance toxique n'est morte que le quatrième jour après l'empoisonnement, alors qu'elle avait récupéré ses fonctions normales dès le surlendemain de l'injection. Nous n'oserions supposer qu'elle est morte des suites de l'intoxication. L'expérience XII, faite encore sur une grenouille à laquelle on injecte sous la peau deux milligrammes de sulfate de tha- lictrine est plus concluante. Expérience XII. — GrenouiUe verte. 3 h. 30 m. On injecte, sous la peau de la jambe droite, deux milligram- mes de sulfate de thalictrine dissous dans dix millimètres cube d'eau dis- tilée. 3 h. 35 m. L'animal est immobile et n*o£fre rien de particulier quand on Texcite en le piquant avec une épingle il se déplace avec facilité mais sans faire de bond. 3 h. 40 m. 11 est devenu presque insensible; la colonne vertébrale présente une saillie exagérée au niveau de Farticulation sactro-lombaire, ce qui donne à l'animal une physionomie spéciale. 3 b. 45. On pince vigoureusement un orteil de la patte droite, sans que la grenouille ait aucun mouvement, à part pourtant les mouvements des globes ocula:res qui remuent à chaque pincement. 3 h. 50 m. La résolution musculaire est très accentuée. L* animal laisse ses membres dans la position où on les place. 11 a les pupUles dilatées. 3 h. 52 m. Le nerf sciatique droit, misa découvert et excité avec une forte pince de Pulvermache, provoque des mouvements dans les orteils correspondants, les muscles se contractent bien. 3 h. 54 m. On ne voit plus le cœur battre quand on examine ses mou- vements en regardant la pointe du sternum ; la grenouiUe ferme encore ses paupières quand on touche la cornée, 4 h. 20 m. Le nerf sciatique n^est plus excitable à la pince de Pulver- mâcher. 4 h. 25 m. Les cornées sont insensibles. L'animal est mort. Donnons encore une expérience pratiquée avec le chlo- rliydrate de thalictrine ii\jecté cette fois à la dose de deux milligrammes. — 105 — ExpéRiEMCE XIII. — Qrenotiille verte bien portante, de moyenne taille. 2 h 10 m. On fait dans la jambe gauehe une injection hypodermique de deux milligrammes de chlorhydrate de thalictrine, dissous dans dix mil« limètres cubes d*eau distillée. Placé aussitôt dans un bocal et mis sur le dos, Tanimal reste une mi- nute dans cette position puis reprend son attitude normale. 2 h. 23 m. La sensibilité est d^jà très obtuse ; la «grenouille ne bouge pas quand on lui pince un orteil . mais elle ramène ses membres inférieurs vers le tronc quand on les écarte de leur position habituelle. 2 h. 25 m. La résolution musculaire est presque complète; quand on soulève ranimai par une patte antérieure, tout son corps pend comme un vrai chi£Ebn. Il a les pupilles très dilatées. Avec la pince de Pulvermacher on constate sur les deux membres infé- rieurs que les muscles se contractent encore, mais que leur contractilité est diminuée ; les nerfs sciatiques ont également perdu une partie de leur excitabilité. L^animal a toujours ses pupilles dilatées. 2 h. 37 na. Le cœur mis à découvert ne bat plus que d'une façon dou- teuse ; les cornées sont encore sensibles. Le cœur excité avec le courant fourni par la pince de Pulvermacher ne se contracte pas mieux. Quelques contractions vermiculaires du ventricule ont encore lieu. 2 h. 40 m. L* animal est mort. Par les trois expériences précédentes et par l'expérience XVIII, on peut voir que les sels de thalictrine ne possèdent pas l'action locale manifeste, propre à l'extrait de thalictrum macrocarpum. On voit aussi que l'action physiologique de ces sels est identique avec celle de l'extrait de la plante en question. Toujours, d'après ces expériences, les sels de l'alcaloïde du thalictrum macrocarpum sont mortels pour les gre- nouilles à la dose de deux d cinq milligrammes, dans un espace de temps qui varie entre trente et quarante minutes. On sait que quelques substances agissent à la ma- nière des poisons, lorsqu'on les expérimente sur des ver- tébrés inférieurs comme les batraciens, tandis qu'elles ne sont pas toxiques pour des vertébrés supérieurs comme le Doassans. ^^ — 408 — chien. C'est ainsi que dans ces derniers temps, au laboratoire de M. Vulpian, M. Bochefontaine (1) a ouservé cette diffé- rence d'action avec l'extrait de Técorce d'un arbre origi- naire du Brésil, Je Pao-Pereira^ Geissospermum iœveB.. Bn, Il a vu que le principe actif de cette Apocynée est mortel pour la grenouille et ne produit pas de troubles physiologi- ques bien évidents chez le chien. On aurait donc pu supposer que l'extrait de thalictrum macrocarpum pourrait se comporter de la même manière. Mais les expériences VIII et IX qui précèdent nous mon- trent déjà que l'extrait de cette plante agit sur le chien ; les expériences XI V, XV, XVI, etc, que nous allons rap- porter parlent dans le même sens et concourent avec elles, pour démontrer surabondamment que cet extrait porte ses effets aussi bien sur les animaux à sang chaud que sur les animaux à sang fi'oid. Il ne nous a pas été donné de pouvoir expérimenter les sels de thalictrine sur des mammifères comme le chien, le lapin, etc, l'extrait de thalictrum macrocarpum a donc seul été employé dans les expériences sur ces animaux. Il a fallu leur injecter sous la peau une dose de tî^ois à quatre grammes d'extrait pour amener la mort dans un in- tervalle qui a varié entre trois et six heures, comme on peut le voir par l'expérience suivante et les expériences — XX, XXIII etc. Expérience XIV — Chien loulou, du poids de 8 kilogrammes. — Tempo- rature centrale, 38o,5. — Pulsations de Tartère f Jraorale 108 par minu- tes. — Respirations, 20 par minute. 2 h On f lit à cet animal une injection hypodermique de trois grammes d'extrait de thalictrum. (!) Comptes -rendus des séances de la Société do Biologie» .1879. — 107 — 2 h. 5 m. Défécation demi solide, îo chien semble chercher à boire, on lui donne de Veau, il boit. Il frissonne. 2 h. 10 m. Il boit de nouveau et se couche. On compte qu'il a par mi- nute 200 pulsati ms et 40 mouvements respiratoires. Température rectale de 3802. 2 h 3) m. î/animal bâille, il se retire dans uj c-ân et commence à en* trer dans un état de to peur. 2 h. 40 m. On lenlève de son coin pour mieux Tobserver ; il est pris alors de nausées ; il vomit un peu et se recouche. 3 h. II est somnolent, comme pris d'une espèce de coma vigil, il reste toujours couché. 2 h. 30 m. L'animal est très affaibli. Snn pouls est très faible, très fré- quent; irrégulier et impossible à compter. 11 a par minute 40 respirations qui sont régulières. 4 h. 30 m. Les pupilles sont très dilat'^es Le chien est incapable de se tenir sur ses jambes, on compte 2iO pulsations par minute. Les mouve- ments respiratoires atteioment le nombro de 60 par minute. La température est de 37® ; le sphincter anal est tout à fait relàch'». 5 h. Le chien se relevé, fait (juelqnes pas chancelants et se laisse tom- ber comme unemtsseiuerte au p)int que son corps choque le p?-rquet avec bruit. La sensibilité est ab^)! e dans les membres et presque entièrement dis- parue à la face où elle ne se traduit que par quelques clignements des paupières quand on irrite la conjonctive. On peut brûler le nez de l'ani- mal sans qu'il réagisse. 5 h. HO m. L'animal est étendu et semble mort. On le remue, et on s'aper- çoit qu'il respire encore. Il a alors une trentaine de respirations saccadées "très profondes, dilatantes les unes des autres . 5 h. 40 m. Le cœur irès irr'gulier s'arrête de temps. en temps pendant plus d'une minute; quelquefois, il reprend après quelques-unes des rispi- rations profondes que n(ms venonsde signaler. La respiration et lesmonve- ments cardiaques continuent ain>i d'une façon très irréguliere jusqu'à 6 h. 20 m. On constate alors que l'animal est mort. Pour cette expérience, la substance a été intro^luite dans réconomiopar la môtliodo hj^podonnique. Elle produirait sans doute les niâmes eiTjts si on la portait dans l'organisme par une autre voie. C'est co {|;io dê.nontro du reste la sui.e de nos reclierclies. A la dose d'un à deua: grammes en injection intra-vei- — 108 — neuse, l'extrait aqueux de thalictrum macrocarpum expéri- menté sur des mammifères, comme le chien et le lapin, a dé- terminé leur mort au bout de cinq à quinze minutes environ. Expérience XV (faite au laboratoire de clinique de THôtel-Dieu). — Jeune chien de chasse presque adulte, du poids de 17 kilogrammes. 11 h. Injection de 2 grammes d^extrait de thalictrum dans une veine sa- phène. 11 h. 3 m. L* animal chancelle, expulse d'abondantes matières fécales diarrhéiques colorées en verl par la bile. On ne sent plus le cœur battre ; le pouls est impossible à trouver sur Tartôre fémorale. La respiration continue encore pendant deux minutes ; contracture gé- nérale ; l'animal meurt ; la contracture cesse aussitôt. 11 h. 10 m. Immédiatement après la mort, le nerf sciatique excité avec l'appareil à chariot deSiemens et Halske donne des mouvements à 15, 25, 35 centimètres d*écartement, à 40 il n'en donne pas. Les muscles excités à leur tour ne se contractent franchement qu*à 20 centimètres d^écartement ; à 25 ils se contractent d*une façon douteuse. 11 h. 15 m. Le sciatique est sectionné; le bout central ne donne rien à 15 centimètres d'écartement; le bout périphérique donne encore des mou- vements à ce même degré. Ici l'animal, après avoir reçu deux grammes d'extrait est mort dans l'espace de cinq minutes, il pesait dix-sept kilo- grammes. Dans l'expérience XVI, la mort a été produite au bout du même temps. Expérience XVI. — Chien de chasse, du poids de 12 kilogrammes. 2 h. iDJection dans la veine saphène de 2 grammes 50 centigrammes d'extrait de thalictrum macrocarpum dissous dans une quantité d'eau con- venable. 2 h. 2 m. Effort de vomissement; extension; raideur des membres. 2 h. 5 m. Les mouvements respiratoires sont rares, les battements du cœur ne sont plus perçus dans l'artère fémorale ; Tanimal expulse des ma- tières fécales et meurt. 2 h. 30 m. Raideur cadavérique; le cœur mis à découvert, est dilaté, plein fie saiig; los poUmons sont sains ainsi que le cerveau; le liquidae — 109 — céphalo-rachien parait très bien au-dessus de la lamelle de rarachnoïdo qui 8*étend du cervelet à la moelle. Il faut remarquer toutefois qu'on a donné deux grammes cinquante centigrammes d'extrait à cet animal dont le poids est moindre que celui du chien de l'expérience XIV, lequel a reçu deux grammes de la même substance. Il semblerait donc que la rapidité de l'action toxique mortelle ne peut dé- passer cinq minutes, quelle que soit la dose de substance em- ployée. Il peut cependant arriver que cette dose ne soit mortelle qu'au bout d'un temps plus considérable, car des animaux ont résisté plus longtemps, et ne sont morts qu'au bout d'une heure environ comme on le voit dans l'expé- rience XXXIII, p. 167. Les injections intra-veineuses qui viennent d'être men- tionnées ont été pratiquées sur des carnivores, chiens. Celle- ci a été faite sur un rongeur. Expérience XYII. — Lapiu femelle, du poids de 1 kilogramme. — Température rectale 40, 2. 2 h. 35 m. On injecte dans la veine saphène droite 34 centigrammes d'extrait aqueux de thalictrum ; Tanimal à peine détaché s* affaisse sur le ventre ; quand on Texcite en lui pressant la queue, il reprend son attitude normale pour s* affaisser de nouveau. 2 h. 37 m. L'animal expulse quelques crottins et quelques gouttes d*urine . 2 h. 40. 11 est complètement affaissé, laissant ses pattes étendues s.ius les ramener à Tattitude normale ; il fait pourtant des efforts pour y parve- nir. A chaque effort U retombe de plus en plus abattu ; son cœur se ra- lentit considérablement. 2 h. 45 m. Le cœur s^arrête tout à fait. L^animal fait encore deux mouvements respiratoires après Farrêt de cet organe et il meurt. La température prise aussitôt après la mort est de 36,5. Le cœur mis à découvert est distendu, en diastole, inexcitable par le courant maximum de Tappareil à chariot. 2 h. 50 m. Le sciatique excité par le même courant ne provoque aucun mouvement, tandis que les muscles se contractent encore sous Tinfluence du courant électrique. — 110 — I Ainsi l'extrait de thalictrum paraît agir avec autant de puissance sur les rongeurs que sur les mammifères qui oc- cupent un rang plus élevé dans l'échelle animale. On sait qu'il n'en est pas de mémo pour tous les agents toxiques, pour l'atropine par exemple qui n'influence guère les lapins, les cobayes etc, tandis qu'elle exerce une action très remar- quable sur le chien. Nous venons de voir par ce qui précède que la dose toxi- que d'extrait de thalictrum macrocarimm, mortelle pour le chien, serait de daux grammes environ. La dose toxique mais non mortelle de cette substance, en injection intra-veineuse, paraît êt.'e de soixante-dix «îentigrammes environ, si l'on se rapporte à l'expérience XXVI p. 140. Nous n'avons parlé jusqu'ici que des injections hypoder- miques ou intra-veineuses d'extrait de thalictrum macrocar- pum. Que ferait cette substance introduite dans l'estomac ? L'expérience XXVII, p. 141, prouve que l'action toxique de l'extrait est alors iacomparablemont moins énergique puisque une dose de 20 grammes d'extrait introduite au moyen de la sonde œsophagienne dans l'estomac d'un chien n'a pas tué l'animal et a occasionné seulement des ef- forts de vomissement et de la diarrhée. Or, les expériences XIV, XV, XVI, ( to par de l'affaiblissement, de la somnolence, des vomissements et la mort. Il reste maintenant à analyser le mécanisme physiologi- que de tous ces phénomènes toxiques. B. — Action physiologique sur les principales fonctions de l organisme. On a pu déjà, par les expériences qui établissent le pou- voir toxique du thalictrum macrocarpum, se faire une idée générale sur l'ensemble des phénomènes physiologiques dét3rminés par l'extrait des racines de cette plante. Nous allons à présent chercher à préciser l'action physiologique en passant en revue les principaux appareils sur lesquels le principe actif du thalictrum macrocarpum porte ses effets. a. Action sur le système nerveux. — L'affaiblissement et la résolution paralytique sont les symptômes prédominant» que l'on constate sur les animaux qui ont subi l'mtoxication par l'extrait de thalictrum, ou par son principe actif, la tha- lictrine. L'expérience XVIII montre avec la plus grande netteté, cet engourdissement général survenant chez la grenouille^ sous l'influence du sulfate de thalictrine. ExpÉniFNCE XVIII. — GrenouUle verte de forte taUle. 2 h. On injecte sous la peau de la jambe droite 5 milligrammes de Bulfate de thalictrine, dissous dans '^'o millimètres cubes environ d'eau dûtUlée ; ranimai, placé aussitôt après dans un bocal, ne donne d'abord — 112 — aucun signe bien net d'intoxication ; il ne remue point vivement, ainsi qu^on Tobserve dans les premières minutes qui suivent Tinjection d'extrait aqueux ; il reste au contraire en place, les membres inférieurs bien ramenas contre Tabdomen. On ne remarque aucune espèce d^action locale produite par TiQJection de la solution du sel d^alcaloïde ; pas de contracture comme avec l'extrait aqueux. 2 h. 5 m. La grenouille, qui tenait tout à Theure la tête élevée au-des- sus d'une petite quantité d'eau contenue dans le bocal, la laisse retomber paraissant afifaiblie Les mouvements respiratoires s'accélèrent, on en juge bien par les onduladons qui se produisent sur une petite quantité d'eau qui baigne le corps de Tanimal. On excite la grenouille en pinçant un orteil de la patte gauche ; eUe ne fait aucun mouvement des membres et du tronc; ses yeux se meuvent dans les orbites à chaque pincement et c'est tout. 2 b. 10 m. L'affaiblissement devient très manifeste; l'animal ne ramène plus à l'attitude normale le membre inférieur droit, siège de l'injection, après qu'on l'a étendu ; le membre gaucue, au contraire, est ramené à r attitude normale dans les mêmes conditions. 2 h. 20 m. L animal est en résolution complète; les mouvements respi- ratoires sont très rares ; le cœur mis en rapport à travers le thorax avec une fine aiguille indicatrice bat encore quinze fois par minute. 11 n'y a pas de mouvements spontanés; les mouvements réflexes des membres sont abolis ; quand on pince leurs extrémités, la grenouille re- mue encore les globes oculaires. 2 h. 25 m. Le cœur ne bat plus que sept ou huit fois par minute d'une façon peu nette, mais régulière ; les cornées sont à peine sensibles ; les pupilles sont dilatées. L'état de résolution muscidaire est à son comble. 2 h. 35 m. L'animal est mort. On n'observe aucune contraction, aucune ride indiquant que la circulation se fait. Dans cette expérience, on voit d^abord disparaître les mouvements spontanés de la grenouille, la tendance au re- tour à Tattitude normale, puis les mouvements réflexes pro- voqués cessent à leur tour, et c'est à peine si la cornée ocu- laire a conservé quelque sensibilité. Cependant le cœur très affaibli, il est vrai, continue de battre régulièrement. Cet engourdissement général peu1>-il être le résultat de la diminution et de la faiblesse des contractions cardiaques ? On peut hardiment répondre que Taffaiblissement du cœur n'est - 113 — pour rien dans la résolution musculaire générale, car on sait en physiologie que les poisons les plus énergiques du cœur n^amèuent pas la résolution musculaire, alors même que les contractions cardiaques ont absolument cessé depuis un cer- tain temps. On sait de même que les grenouilles dont le cœur est. entièrement arrêté par la digitaline, Tinée, Térythro- phléine etc. s'agitent, sautent pendant un certain temps, comme si elles étaient dans leur état normal. Si on n'est pas en droit de rapporter la résolution para- lytique qui nous occupe à une action sur le cœur, il n'est pas possible non plus de l'attribuer à un effet sur les mus- cles de la vie de relation. Dans les expériences II, X, XIII, on a bien trouvé une certaine diminution de la contractilité musculaire, mais on a observé aussi la conservation à peu près intacte de cette contractilité, par exemple dans les expé- riences XII, XIX, alors que la résolution paralytique était incontestable. Par conséquent, la paralysie qui suit l'absorption de Textraii de thalictrum est due incontestablement à une action de cet agent sur un système organique autre que l'appareil musculaire. Nous éliminons donc le cœur et les muscles des parties de Téconamie qui doivent être touchées principalement dans Tempoisonnement par le thalictrum macrocarpum. Cherchons si nous ne trouverons pas d'action plus mar- quée du côté du système nerveux. 1°. Nerfs périphériques. — La plupart de nos expériences, telles que les expériences XII, XIX, XXII, XXIII, XXIV, relatent que les cordons nerveux périphériques, les sciatiques par exemple, soumis à l'influence des excitations électriques — 114 — conservent la propriété de faire contracter les muscles aux- quels ils se distribu 3at. Voici une autre expérience de ce genre pratiquée sur la grenouille. On a lié une des artères fémorales, puis injecté dans un membre antérieur une dose mortelle d'extrait de thalictrum. En répétant cette expé- rience de filauda Bernard on se proposait de mettre eu évidence une action analogue à celle du curare, dans le cas où elle aurait existé. ExpéniCNCB XIX. — GrenouUle verte, 2 b. Après avoir U6 Tartère fémorale gauche, on fait une injection d*ex- trait dans le membre antérieur droit. 2 h. 30 m. L*animal ressent déjà les premiers symptômes dHntoxication; il est engourdi Avec ce phénomène on constate de la contracture et de la pftleur de la peau dans le membre injecté. 3 h. 30 m. L'animal est en complète résolution paralytique On s'assure alors avec le courant électrique continu d'une pile au bichromate de potasse (pile dite de Grenet) que les muscles sont parfaitement ex- citables sur le membre où l'artère a été liée. Dans le membre oppos^ les contractions sont moins fortes. liCs deux nerfs sciatiques don- nent encore également des mouvements sous l'influence du même courant; la sensibilité parait abolie ; les mouvements réflexes n'existent pas. 3 h. 40. On observe quelques mouvements spontanés après lesquels la prostration s'accentue encore. 3 h. 50 m. L'animal parait mort et Test en effet, on a pu s'en convain- cre en enlevant le sternum et en constatant que le cœur ne se contracte plus. Par cette expérience très démonstrative, on voit que le membre soustrait à l'action du poison par ligature de son artère principale s'est comporté comme si cette opération n'avait pas eu lieu. La résolution paralytique a frappé éga- lement l'un et l'autre membre postérieur. Cependant au mo- ment où l'animal est tout à fait engourdi, le courant élec- trique porté soit sur le nerf sciatique droit, soit sur le nerf sciatique gauche, provoque également des mouvements dans — 115 — les muscles correspondants ; par conséquent, ces conducteurs physiolo^^iyiies seraient respectées dans l'intoxication géné- rale, produite par notre substance et on ne saurait localiser dans ces organes le siège de l'action du thalictrum macro- carpum. Il est toutefois nécessaire de faire "remarquer que dans plusieurs expériences (exp. II, X, XIII) sur des gre- nouilles, on a noté une certaine diminution de Texcito- motricité nerveuse, en même temps qu'une irritabilité moins grande des muscles directement soumis à l'excitation élec- trique. Cette faible diminution de l'excito-motricité apparaît au moment où ie coUapsus est à peu près complet. Elle n'indi- que pas une action spéciale sur l'excito motricité, elle mon- tre seulement que, comme tant d'autres substances toxiques, b thalictrum finit par exercer son action sur presque toutes les parties de l'organisme et que l'immunité de tel ou tel ap- pareil est réellemont, comme on le sait, relative et non absolue. On a pu voir dans certaines expériences chez la grenouille (exp. II, X, XXIV) que l'excito -motricité était fortement atteinte dans les nerfs d(^s membres ou Tinj (action avait eu lieu. C'est la un phénomène dii à l'action locale irritante propre à l'extrait do thalictrum non étendu d'eau en quan - tité sufdsaute. Il suffit do ra;^)pollor ce fait dans ce chapitre puisqu'il a déjà été mentionné plus haut p. 93. Quand on recherche chez les chiens et les autres verté- brés supérieurs la cause de l'engourdissement paralytique occa>ionnépar le thalictrum raacrocarpum, on n'observe pas cette diminution de l'excito -motrice notée chez la grenouille, — 116 — on remarque, au contraire, que cette fonction est conservée même après la mort. L'expérienceXX, pratiquée sur un cjiien, est une de celles dans lesquelles les nerfs moteurs avaient conservé toute leur excitabilité après l'extinction des derniers phénomènes vi- taux. On a pu constater seulement que cette propriété dis- paraissait assez promptement après la mort. ExpÉRrBNGB XX. -^ Chien mâtiné, du poids de 10 kilogrammes. Température centrale. 37,5. Pouis, 68 pulsations par minute. 20 respi- rations pai* minute. 12 h. 45 m. On fait une injection hypodermique de 5 grammes d'ex- trait en divers points du corps. 2 h. 10 m. Pupilles normales, les membranes nictitantes couvrent en partie Ips globes oculaires. Le chien urine. Température 35o« 20 mouvements respiratoires par minutes; on compte dans le môme temps 160 pulsations régulières. Les mouvements réflexes de la face sont conservés; les mouvements réflexes des membres très affaiblis. L'animal est étendu sur le ventre dans un collapsus complet ; lorsqu'on le met sur ses pattes, il s'y maintient quelques secondes, fait quelques pas et s'affaisse aussitôt. 2 h. 40 m. L'animal expulse à grand'peine des matières fécales du- res, baignées par un liquide teinté de sang. 2 h. 50 m. Température 4*ecta le 34,5. Eiforts de vomissements. — 120 pulsations par minute. L'animal essaye de se mettre debout, il y parvient avec beaucoup de peine. Il urine, fait quelques pas et va se recoucher en s'abaltant à un mètre de Tendroit où il était d'abord. 3 h. 15 m. La sensibilité réflexe des membres est pi^esque abolie, ra- nimai remue encore les paupières quand on approche la main de ses yeux. 3 h. 45 m. Il essaye de nouveau de remettre debout sans y parvenir et s'affaisse. On compte 100 pulsations par minute toujours régulières, et 28 mouvements respiratoires réguliers. Quand on introduit le ther- momètre dans le rectum, on voit que le sphincter anal a perdu sa toni- cité. Température 34». 3 h. 55 m. La respiration est devenue saccadée, difficile, lente. 3 h. 56 m. Le cœur s'arrête ; trois mouvements respiratoires ont en- core lieu après l'ai^rèt de cet organe. L'animal est mort. Nécropsie. — 3 h. 58 m. Le cœur mis très rapidement à découvert est — 147 — înexcitable au maximun d^iotensité du courant fourni par Tappareil à charriot. — Le bout central des nerfs pneumogastriques excité par le même courant ne produit aucun phénomène du côté de la pupille qui reste très dilatée comme elle Tétait au moment de la mort. Lfl nerf sciatique et les muscles sont parfaitement excitables. Le nerf phrénique faradisé fait contracter le diaphragme. 4 h. 5 m. Le nerf sciatique ne donne rien à 25 centimètres d*écarte- ment de l'appareil. Il provoque des* mouvements dans les orteils corres- pondants au maximum de Tappareil. ~ Les phréniques. en ce moment, ne sont plus excitables à aucun degré. 4 h. 7 m. Le sciatique et les muscles le sont encore au maximum. 4 h. 9 m. Le sciatique perd son excitabilité. Les poumons de Tanimal étaient parfaitement normaux. Dans toute l'étendue de Tintestin grêle la muqueuse est rousre couvertes de très pe- tites taches ecchymotiques disséminées ou conflueates. L'expérience suivante vient encore à l'appui de la précé- dente pour démontrer que Texcito-motricité des nerfs n'est pas atteinte chez le chien dans l'intoxication par le thalic- trum macrocarpum. ExPBRiENGB XXL -« Chienne terrier du poids de 9 kilogrammes. Pul- sations de Tartère fémorale, 100 par minute. Pupille normale. 3 b. 45 m. L'animal reçoit en injection intra-veineuse lente, dans la eaphène droite, 1 gr. 36 d*extrait aqueux de thalictrum dissous dans 4 gr. d'eau. On le détache immédiatement et on constate qu'il est très abattu, qu'il ne peut plus garder son équilibre et écarte les jambes pour se mainte- nir debout. 3 h. 50 m. L'animal urine et rend des matières fécales à plusieurs re- prises avec des symptômes de ténesme à la fin. 3 b. 52 m. Il tombe en poussant des cris de douleur. On constate l'ar- rêt du cœur et des battements de la fémorale ; il fait pourtant de nom- breux efforts de respiration. 11 a des secousses convulsives avec raideur et extension des quatre membres, conime dans les convulsions strych- niques té tani formes». Cet état convulsîf s'accompagne d'opistoihones. 3 h. 55m. Deux mouvements respiratoires ont encore Jieu et l'anima meurt. Le courant électrique faible de l'appareil à chariot démontre que la contractilité musculaire est affaiblie. V — 148 — Le nerf sciatîque, excité avec un courant de ^O'centimétres, produit des contmotions énergiques dans lesorteilï^ corne pond m nts. 3 h. 58 m. Un courant de flix-seitt centimètres d'écartt'ment et même maximum de l'appareil de Siemens et Halske appliqué sur la cornée, lai-sela uuîjille dilat -e, comme elle IVtait avant rette excitation. En faisant passer le courant parlr* bout central drs nerl's pneumogas- triques sectionnés, on obtient une dilatation plus grande de la pupille. Les ventricules du cœur mis à nu sont en diai^tole et pleins de sang. On ob>erve quelques faibles contractions ppontanées des oreillettes. Les ventricules cardiaques restent inexcitabies par Tartion du cou- rant au maximum de l'appareil à charriot; les oreillettes au contraire se contractent sous l'influence d'un courant faible du même appareil. Quand on faradise le? ventricules cardiaque-', avec un courant de 5 et mênfie centimètie d'écartement, ces ventricules restant inertes, le diaphragme se contracte énergiquement, sans doute par l'intermédiaire des nerfs phrôniques. On voit par ces diverses expériences qu'on ne saurait in- voquer une diminution de Texcito-motricité nerveuse pour expliquer Tengourdissement paralytique, c'est-à dire le phé- nomène capital de l'intoxication déterminée par le thalictrum macrocarpum. 2' Centres nerveux. — Parmi les causes qui pourraient amener Taffaiblissement paralytique si remarquable constaté d^,DS toutes nos expériances, on a dû éliminer successive- ment jusqu'ici une action élective de l'agent toxique soit sur le cœur, soit sur les muscles. Il est pareillement établi que l'excito-motricité, à peine influencée chez des vertébrés infé- rieurs tels que la grenouille, reste intacte sur des mammi- fères comme le chien, le lapin etc, lorsque ces divers ani- maux sont mortellement empoisonnés par l'extrait de tha- lictrum, 11 ne reste donc plus qu'une action sur les centres ner- veux que nous puissions invoquer pour nous fournir l'expli — 119 — cation de ces phénomènes d'engourdissement paralytique et le problème ainsi restreint, n'admet qu'une solution, à sa- voir que cet état d'engourdissement est dil à un affaiblisse- ment des propriétés et des fonctions des centres encéphalo* médullaires. C'est du reste ce que démontrent les expérien- ces qui suivent. ExpérirncbXXII (faite au laboratoire de clinique de THôtel-Dieu). — Chien mai in/», du poids de 9 kiluj^rammes. 10 h. On fait à cet minimal une inji^ctioa iulra-vcineuse d'une dose non mortelle d'extrait de thaliclriim. 10 h. 10 m. On teaianiuc de Pengourdissement g<^nt'Tal : le chien reste couché dans un coin. Il se relève, est pris d'un flux diarrhéicjue bilieux et se recouche. ^ 10 h. 20 m. On incise la peiu de la cuisse pour chercher le nerf scia- tique, on sectionne ce nerf entre doux ligatures sans provocjuer des cris de douleur chez ranimai. 10 h. 60 m. L'animal est aTaibli, omme somnolent, il se réfugie dans un coin et se couche. Les pupilles se contractent à la lumière, lu gau- che moins que la droite. L'excitation faradiqne du bout périphérique du nerf sciatique, donne des mouvements dans le me nbre correspondant, à un ëcartement de "15 centimètres deTa-ipareil de Siemens et Halske. 10 h. 35 m. On excite le bout périphérique; à 4! centimètres, pas de mouvements, ni à 25 centimètres ; à 24 centimètres, il y a des mDUve- menls faibles. La contraction des muscles de la cuisse a lieu sous l'in- fluence d'un faihle courant. iO h. 33 m. On excite le bout central qui ne donne rien à 45 ni à 40 ceniimètres d'écartement, à 3^ on provoque de légers mouvements ré- flexes. A 20 centimètres, le clûen gémit; à 10 centimètres et h 35, Tani- mal pousse des cris de douleur. La dilatation de la pupille n*est pas évidente à ce dejré. 10 h. 45 m. L'animal est toujours engourdi, il a 30 respirations par minute et 200 pulsations. On cesse Texpérience. Voilà un chien qui reçoit en injection intra-veineuse une dose non mortelle d'extrait de thalictrum. Les premiers symptômes de rintoxicationj c'est-à-dira la faiblesse géné- rale, Tengourdissemeut, apparaissent dix minutes après Tin- jection. Dix minutes plus tard, c'est-à-dire vingt minutes — 420 •• après l'injection, on incise là peau de la cuisse de Panimal, pour chercher son nerf sciatique, et on prend ce nerf sur un fil sans que l'opération provoque la moindre manifestation de douleur. Néanmoins la sensibilité n'est pas abolie, car l'excitation faradique du bout central du nerf sciatique pro- voque les gémissements et démontre que l'animal ressent cette excitation. Puisque nous savons déjàpar les expériences XII , XIX, etc. , que la contractilité musculaire est respectée d'une manière générale par le thalictrum macrocarpum, ainsi que Texcito- motricité nerveuse, (exp. XX, XX, XXI, XXIV) et, dans une certaine mesure, lacirculation et la respiration, il faut bien reconnaître que les effets de cet agent portent principalement sur le système nerveux central. L'expérience suivante, dans laquelle la substance est in- troduite par la méthode hypodermique, vient d'ailleurs à l'appui des expériences précédentes pour démontrer d'une façon plus précise l'action de l'extrait de thalictrum sur les centres nerveux. Expérience XXIII.^ Gbiea bu 11 terrier, du poids de 11 kilogrammes. Température centrale 38,4. Respirations, 19 par minute. Pulsations de Tartôre fémorale 120 par minute. Papilles normales. 11 h. 30 m. Ou injecte sous la peau de cet animal 3 grammes d'extrait de thalictrum. 12 h Les premiers symptômes de l'intoxication se montrent : le chien se couche et paraît faible. Après quelques minutes, il se relève, rend dfs matières fécales bien moulées et se recouche sur le ventre. On compte par minute 20 respirations plus amples qu'avant l'injection, la température est de 38,4. Le pouls pris sur Tàrtère fémorale est de i88 pulsations par minute. 2 h. L'animal paraît ne plus pouvoir se tenir sur ses membres, il reste étendu sur le côté, les membres allongés sans raideur. Sa température est de 380. Il respire 36 fois par minute. On compte 216 pulsations de Tertère fémorale par minute. Ses pupilles sont contractiles. Lesbatte- ments du cœur sont vigoureux, mais le pouls est petit. — 421 — 2 h. 10 m. Le chien se lève spontanément, il fait quelques pas en ti- tubant et se recouche. Les mouvements réflexes oculo-palpébraux sont conservés ; mais, quand on presse de tout le poids du corps sur una patte de l'animal, celui-ci paraît rester insensible et rien n'indique qu*il en est conscience. 3 h. 30 m. Le chien se lève en titubant, va boire abondamment ; pen- dant quMl se désaltère, il s'affaisse, puis continue à boire couché sur le ventre. Il vomit de la bile. 2 h. On recommence à presser de tout le poids du corps sur une par- tie de l'animal ; il est aussi insensible que tout à Theure ; les pupilles ne se dilatent pas. Un moment après, il parvient à se lever et se réfugie dans un coin voisin. 8 h. 35. La température de Panimal est de 36o. Il reste étendu sur le flanc, on lui touche le nez avec le bout allumé d'une cigarette, il recule la tète. On compte 32 respirations par minute à peu près régulières et 180 pulsations. Les lèvres sont pâles, décolorées. 3 h. 40 m. Le chien fait des efforts pour se lever ; il n'y parvient pas. 3 h. 45 m. On prend le nerf suiatique, et cette opération a lieu sans que le chien donne aucun signe de douleur. On lie le nerf, immédiate- ment Tanioial crie et ses pupilles se dilatent. On sectionne le nerf en- tre deux ligatures. 4 h. 10 m. On électrise le bout périphérique du nerf sciatique sec- tionné, on constate qu'au minimum de l'appareil à charriot il y a des contractions dans l'extrémité du membre correspondant. Le bout central est ensuite électrise avec le courant maximum de l'appareil. On observe des mouvements dans le membre en expérience ; il en est de même à 25 centimètres ; on met l'appareil & 35» centimè- tres d'écartement ; on provoque alors des cris, tandis que tout d'abord le maximum de Tappareil n^en avait point déterminé. 4 h. 20 m. Le pincement du bout central détermine des cris de dou- leur et de la dilatation de la pupille. Il en est de même quand on excite ce bout centrai avec le courant maximum. Le bout périphérique est encore électrise par le courant minimum de l'appareil à chariot, on observe des mouvements dans les orteils. L'animal pendant ces excitations essaye de fuir, mais ses mouvements sont difilciles. 4 h. 25 m. La dilatation de la pupille persiste depuis la dernière ex- citation du bout central. 4 h. 30 m. Un simple tressaillement sous le doigt indique que la fé- morale bat encore. Les pulsations cardiaques sont au nombre de 132, elles sont assez énergiques. L'animal parvient à se lever spontanément, il fait quelques pas et tombe sur le côté. Le sphincter anal est rel&ché* La température prise dans le rectum est de 35,4. Doassans. — i22 — 4 b. 35 m. On excite le bout central avec le courant maximum de l'appareil ranimai fait des mouvements comme pour crier. 3 b. Température rectale 34°!. On compte 36 respirations par minute. Quand on pince le bout central du sciatique, Tanimal se retourne encore comme pour mordre; ses efforts sont faibles, il ne crie pas. Pas de sali- vation; muqueuse buccale bumide et pâ.le sans être exsangue. 5 b. 10 m. On note que le cbien lève la tête et essaye de se déplacer cbaque fois qu'il entend le bruit du trembleur de l'appareil de Siemens et Halske. Les muscles de la cuisse se contractent sous l'influence d'un faible courant. 5 h. 20 m. La respiration est devenue difficile à cbaque respiration l'animal retire en arrière ses commissures labiales. Le cœur a des mou- vements plus faibles; les contractions de cet organe présentent par ins- tant de l'irrégularité comme force et comme rb^thme. 5 b. 30 m . Température rectale 33o. L'animal fait des efforts comme pour vomir, tout en restant coucbé sur le côté. On compte 92 pulsations cardiaques à peu près régulières. On excite en le pinçant, le bout cen- tral du Bciatique, l'animal fait de faibles efforts pour se lever, il reste toujours coucbé sur le flanc. On marche sur ses orteils sans qu'il soie possible d*observer le moindre signe de douleur. 5 b. 45 m. Le cœur s'arrête, Tanimal urine. La respiration est sus- pendue. 5 b. 46 m. On observe pes mouvements respiratoires successifs. 5 b. 47 m. L'animal a encore une respiration agonique et meurt. 5 b. 50 m. Le bout périphérique du nerf sciatique excité avec le courant fourni par l'appareil à chariot donne des mouvements à 20 centimètres d'écartement. Nécropsie* — On avait enlevé à ce cbien pour d'autres expériences 1000 grammes de sang en trois fois, un mois avant noire expérience ; il était parfaitement remis de cette opération. L'encéphale est anémié ainsi que la moelle. Llntestin, pâle extérleu- rement, présente sur la muqueuse une légère congestion. Le foie est sain ainsi que les reins. Les poumons le sont également. Le cœur est en diastole; on l'incise et on trouve sur l'endocarde de très petites tacbes ecchymotiques, très peu nombreuses. Par cette expérience XXIII on a encore la preuve des trou- bles du système nerveux encéphale -médullaire. Le chien, empoisonné par injection hypodermique d'extrait de thalio- trum^présente une demi-heure après derengoui'dissementgé- — i23 — néral. Il est comme somnolent, faible, titubant, c t ces symptô- mes vont en s'accentuant jusqu'aux derniers moments. L'animal ne peut plus marcher, cependant malgré cet état d'affaiblissement il exécute encore par intants des mouvements volontaires. Il fait quelques pas en chancelant, et tombe, mais on voit qu'il évite les obstacles qui pourraient l'arrêter. Qua- tre heures après l'injection, au moment où il est déjà très affaibli, le chien se dirige en titubant vers un vase rempli d'eau, boit avidement, s'affaisse trahi par ses forces tout en conservant assez d'intelligence pour rester la tête sur le bord du vase afin de continuer à lapper. Un peu plus tard on a noté que l'animal détourne la tête quand on lui brûle le nez, et qu'il cherche à éviter la main dirigée de nouveau vers lui pour le brûler. Ces faits, disons-nous, prouvent que l'encéphale n'est guère atteint par notre agent toxique, alors que la fai- blesse générale est déjà grande. On constate que si les mouvements spontanés sonten partie conservés dans les premiers temps de l'empoisonnement, ils devienuent progressivement de plus en plus difficiles. L'état de la sensibilité mérite surtout de fixer l'attention ; cette expérience ainsi que la plupart de celles que nous avons rapportées, démontre que la sensibilité est très-dimi- nuée. On voit ici, comme dans l'expérience XXII, quel'opé- rate\ir peut inciser la peau et prendre le nerf sciatique sans déterminer de la douleur; la pression violente de l'extrémité d'un membre sous le talon ne provoque aucune espèce de réac- fion } il faut une excitation faradique d'un nerf sensible pour montrer que la sensibilité générale n'est pas complètement abolie et que le pouvoir l'éflexe de la moelle est en partie conservé. — ^24 — Eu même temps que ces divers phénomènes, on a constaté, dans cette expérience comme dans plusieurs autres, (exp. XXI, XXV) le relâchement du sphincter anal qui est survenu cinq heures après Finjeclion de la substance toxique. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir sur ce fait quand nous étudierons les eflFets physiologiques du thalictrum macrocarpum sur l'appareU digestif. L'action de cette renonculacée sur la substance grise des centres nerveux est donc bien établie; et il paraît déjà qu'elle est beaucoup moins accusée sur l'encéphale que sur la moelle. Pour mieux étudier ce dernier point, examinons séparé- ment les phénomènes qui se passent dans ces grandes divi- sions du système nerveux, sous l'influence de notre agent toxique. Encéphale. — Pour se rendre compte de l'action exercée par le thalictrum macrocarpum sur l'encéphale, il faut jeter un coup d'œil rapide sur les phénomènes généraux que les animaux en expérience ont présenté à l'observateur. Voyons d'abord comment se comportent les vertébrés inférieurs tels que les batraciens. Dans l'expérience X, une grenouille empoisonnée par de l'extrait de thalictrum n'a plus de mouvements réflexes, quand on lui pince vigoureusement une patte. Pourtant, trente minutes après cette observation^ l'animal très affaibli fait quelques mouvements spontanés, difficiles il est vrai, ea rampant pour ainsi dire sur le fond d'un bocal. Quelques minutes plus tard, on voit que le retour à l'attitude normale est malaisé. Faul-il rapporter cet afiaiblissement et le peu de fré- — 125 — quence des mouvements spontanés à une action sur l'encé- phale ? Cette expérience ne le démontre pas d'une manière absolue, mais celle qui la suit ( exp. XI ) semble plus affir- mative. La grenouille de cette expérience reçoit sous la peau d'un membre inférieur un milligramme de chlorhydrate de tha- lictrine. Dix minutes après l'injection elle est engourdie, garde l'attitude normale, se laisse pousser dans tous les sens, sans faire aucun mouvement ; néanmoins elle ra- mène ses membres inférieurs contre son corps, quand on les en écarte. Vingt minutes après l'injection, on observe le même état qui a duré encore plus de quarante minutes* Cette expérience montre que les mouvements spon- tanés cessent les premiers, mais elle n'indique pas nécessai- rement qu'ils ont cessé par suite d'une action primitive sur l'encéphale. Il en est de même de plusieurs autres expé- riences. Ainsi dans l'expérience XII, une grenouille est empoisonnée avec deux milligrammes de sulfate de thalic- trine, et au bout de cinq minutes elle reste complètement im- mobile, inerte. Après vingt-cinq minutes, l'intoxication est telle qu'on peut mettre les membres dans une position quel- conque sans que l'animal les ramène, et U grenouille meurt sans avoir présenté d'autres phénomènes qu'un affaiblisse- ment général graduel. Une autre grenouille (exp. XVIII) perd aussi ses mouvements spontanés et succombe après un engourdissement progressif. On est d'autant plus embarrassé pour conclure d'une manière certaine à une action sur l'encéphale que l'on sait, par r exj lérienceXXIV , que le thalictrum macrocarpum exerce certainement son pouvoir sur l'axe gris bulbo-médullaire. Si nos expériences sur la grenouille ne donnent pas de ^426 — renseignemeilis plus précis^ il en est aatrement des données expérimentales qui sont fournies par les animaux supérieurs tels que le chien. Ainsi, expérience XIV, un chien est empoisonné par injec- tion hypodermique de trois grammes d'extrait de thalictrum, après une demi^heure, il est en état de torpeur, il bâille, puis devient somnolent et reste étendu sur le soL Plus tard, il fait quelques pas chancelants et tombe comme une masse inerte. Dans une autre expérience (exp.XXXIII), un chien reçoit dans une saphène deux grammes d'extrait ; cinq mi- nutes après Tinjection, Fanimal a de la tendance au sommeil; quand il essaye de marcher, il titube ; une demi-heure en- viron après rinjection, il fait des efforts pour se lever et y parvient, il fait même quelques pas en chancelant. Une heure après l'injection, l'animal fait de nouvelles tentatives pour se mettre debout, mais sans succès, et meurt une heure quinze minutes après le commencement de l'opération. Un lapin, expérience XVII, reçoit dans une veine saphène trente quatre centigrammes d'extrait de thalictrjim; cinq mi- nutes après cette injection, il est complètement affaissé, laisse ses pattes étendues sans les ramener à l'attitude normale, il essaye pourtant de ramener ses membres contre le tronc, mais il n'y parvient pas et retombe de plus en plus engourdi. Le chien de l'expérience XXIX est plongé dans un état d'engourdissement et de somnolence bientôt suivi d'un trouble de la sensibilité tel que l'animal ne fait aucun mou- " vement quand on lui presse fortement une extrémité d'un membre contre le sol. L'expérienceXXII,apermis de constater que l'anîmalj'em- poisonné par une dose non mortelle d'extrait de thalictrum injecté dans les veines, est engourdi alors que la sensibilité — 127 — n'est pas abolie, ptdsqne le chien en expérience pousse dos gémissements de douleur quand on excite avec un courant faradique très faible le bout central du nerf sciatique seo-i tionnô. Le chien de Texpérience XXV, après avoir été empoi« sonné par trois grammes d'extrait de thalictrum donné par injection hypodermique, se trouve promptement très affaibli. Trois heures après l'injection, il a pourtant encore des mou- vements spontanés . Vingt minutes avant de mourir il peut encore se lever, faire quelques pas, il semble se rendre compte qu'il a devant lui un obstacle à franchir par dessus lequel il essaye de passer, mais trahi par ses forces, il reste le corps pendu sur la traverse d'une table qui lui barre le passage. Dans l'expérience XXIII, on voit également un chien em- poisonné par injection hypodermique de trois grammes d'ex- trait. Cet animal est mort au bout de six heures vingt mi- nutes • Au bout de quatre heures, lorsqu'il était bien sous le coup de l'intoxication, il a pu encore se diriger après s'être levé à grand 'peine vers un vase rempli d'eau. Arrivé là, il a fléchi, ses forces lui manquant, il a continué à boire en restant couché sur le ventre. Un moment après il parvient à se relever et peut se réfugier dans un coin voisin. Il es- saye encore plusieurs fois pendant cette expérience, de se lever. Quand on le réveille par l'excitation électrique por-* tée sur son nerf sciatique, il se retourne comme pour mor- dre et cherche à fuir. Un bruit extérieur suffit pour le ré-^ veiller, car ce chien, presque jusqu'aux derniers moments, lève la tête et essaie de se déplacer quand il entend le bruit du trembleur de l'appareil à chariot, il semble donc com- — 128 — prendre la relation qui existe entre ce bruit et l'excitation électrique qu il tente d'éviter par la fuite. D'après ces faits, il paraît démontré que le thalictrum ma- crocarpum exerce une certaine action sur l'encéphale des ver- brés. Nous avons vu les animaux se retirer dans un coin, s'aflfaiblir graduellement, et ne présenter des mouvements spontanés que de loin en loin, ou lorsqu'une excitation exté- rieure avait dissipé leur sommeil. Souvent ces animaux res- taient des heures entières sans changer de place, sans remuer. Ils seraient sans doute demeurés encore plus longtemps im- mobiles si le besoin de les observer ne nous avait obligé à les tirer de leur somnolence. Durant la première période de l'empoisonnement, les fonc- tions engourdiesderencéphale peuvent se réveiller facilement et les chiens stimulés, soit par l'appel, soit par tout autre moyen sfe déplacent sans trop de difficulté, pour aller presque aussitôt s'assoupir dans un coin voisin. A mesure que l'intoxication progresse, les animaux sont plus difficiles à tirer de leur en- gourdissement; néanmoins, presque jusqu'à leurs derniers moments ils ont des mouvements spontanés de plus en plus rares, il est vrai, mais qui suffisent pour prouver que les fonctions cérébrales ne sont pas entièrement abolies. Nous avons vu des chiens parvenus à une période avancée de l'em- poisonnement donner encore des signes d'activité cérébrale. Le chien de l'expérience ,XXV notamment, cherchait à éviter les obstacles placés devant lui. Celui de l'expérience XXIII savait, quoique extrêmement affaibli, se diriger vers un vase rempli d'eau pour s'y désaltérer, et, ses forces le trahissant, il se couchait à côté du vase pour continuer à boire dans cette position anormale. — 129 — Il est donc certain que si l'encéphale est atteint, le cerveau ' ne Test pas dans une limite très-étendue, et que le reste de Tencéphale n'est pas la seule partie du système nerveux j central, qui soit touchée par le thalictrum macrocarpum. , Voyons, si du côté de la moelle les troubles physiologiques ne seraient pas plus accusés. i Moelle épinière et bulbe. — Chez les grenouilles des expé- riences II, XI, XIII, XVIII, XIX, on a pu constater une résolution paraljrtique absolue, et Ton n'a point observé de mouvements réflexes sous l'influence des excitations méca- j niques. Dans les expériences X, XIII, d'autres grenouilles pareillement frappées de résolution musculaire, n'avaient de mouvements réflexes que du côté des globes oculaires quand elles étaient soumises au pincement vigoureux de l'extrémité d'un membre. Il serait encore permis, malgré ces expériences, de douter de l'action exercée par le thalictrum macrocarpum sur la moelle épinière, mais voici encore une autre expérience qui lève tous les doutes à cet égard. ExPBRiRNCB XXIV. — Grenouille verte 3 h. 30 m. On sectionne la moelle au niveau du bulbe. 3 h. 40 m. Une injection de 2 centigr. d'extrait est faite dans un bras de l'animal. 3 h. 50 m. La grenouille a des mouvements réflexes, quand on lui pince un membre postérieur. 4 h. 10 m. L'engourdissement paralytique est complet, l'animal n'est plus sensible & Texcitation mécanique des pattes postérieures. 4 h. 20 m. Les pupilles sont très dilatées, on pince encore une extrémité d'un membre inférieur, on n'observe aucune espèce de mou- vements réflexes L'animal semble mort. On met le cœur à nu. Le cœur est très ralenti, il bat 10 fois par minute. Cet organe est pâle et a son volume normal. 4 h. 25 m. On prend le sciatique et on l'excite avec la pince de Pul- vermacher l'excito-motricité est normale. — lao — 4 b. 35 m. NouTOlle excitation électrique du nerf, laquelle produit encore des mouvements dans les orteils correspondants. 4 h. 45 m. Le cœur est encore très pâle et b&t 8 fois par minute, l'excitation du nerf sciatique indique que Texcito- motricité n*est pas manifestement diminuée. 4 h. 50 m. Le cœur presque arrêté bat d^une façon douteuse. L*excito- motricitê est moins conservée que tout à l'heure, on ne remarque de mouvements que dans un seul orteil. L^excitabilitê musculaire eet'di- minuée. 5 h. Le cœur est toujours dans le môme étal, le nerf sciatique excité, donne encore un léger mouvement dans un orteiL 5 h. 5 m. L'animal est mort. Cette grenouille perd toute espèce de mouvements réflexes quarante minutes après avoir reçu de l'extrait de thalictrum. Or, on sait que ce phénomène n^arriverait pas sur une autre grenouille à laquelle on couperait pareillement la moelle, et que l'animal de notre expérience aurait conservé son pou- voir réflexe si Ton n'avait pas introduit de substance toxique dans son économie. D'autres expériences analogues à celle-ci, mais que nous ne rapportons pas, ont donné toujours un résultat identique, c'est-à-dire l'abolition du pouvoir réflexe de la moelle chez les grenouilles empoisonnées avec le thalictrum macrocar- pum. Examinons maintenant les phénomènes médullaires déterminés par cet agent sur des mammifères supérieurs comme le chien. Les expériences XIV, XX, XXVIII, XXXI, sur des animaux de ce genre, permettent de constater au moyen d'excitations mécaniques, portées sur divers points de la sur- lace du corps, la perte de toute sensibilité réflexe dans les membres, et la persistance plus ou moins complète des mou- vements réflexes de la face. Dans Texpérience XXII, on a pu prendre et sectionner le — 131 — nerf sciatîque à la cuisse, sans provoquer de cris de donletrr, chez un chien empoisonné par une dose non mortelle d'ex- trait de thalictrum. Enfin dans Fexpérience XXIIJ, un chien reçoit une injec- tion hypodermique de trois grammes d'extrait de thalic- trum. Trois heures et demie environ après cette injection, on constate que les mouvements réflexes oculo«-palpébraux sont conservés, mais quand on presse de tout le poids du corps sur une patte de Tanimal, celui-ci parait rester insen- sible, et rien n'indique qu'il manifeste aucune douleur. Un peu plus tard, on recommence à presser de tout le poids du corps sur une patte de l'animal, il est aussi insensible que tout à l'heure, et ses pupilles ne se dilatent pas sous l'in- fluence de cette excitation mécanique ; pourtant quand on lui brûle le nez avec le bout d'une cigarette allumée il recule la tête. Quatre heures après l'empoisonnement, on prend le nerf sciatique de l'animal ; cette opération a lieu sans qu'il donne aucun signe de douleur. Mais quand on lie le nerf, le chien crie et ses pupilles se dilatent. Un courant fara- dique d'une intensité moyenne, appliqué sur le bout central du nerf sciatique sectionné, fait pousser à l'animal des cris douloureux. Remarquons en passant que, chez ce chien, le courant maximum n'avait pas d'abord déterminé les cris de douleur, produits quelques secondes plus tard- par un courant relati- vement beaucoup plus faible. C'est là un fait du même ordre que celui qui a été signalé par M. Oré, professeur à l'é- cole de Bordeaux, dans son étude sur le chloral et qui peut être également constaté avec différents anesthésiques. Nous gardons toutefois des réserves en ce qui concerne le thalictrum — 132 — macrocarpum, et nous nous proposons de revenir ultérieu- rement sur ce point après de nouvelles expériences. Il résulte de ces données expérimentales que, chez les batraciens comme chez les mammifères, les propriétés de la moelle s'affaiblissent et finissent par s'éteindre d'une manière graduelle . On a souvent observé dans Tempoisonnement produit par le thalictrum macrocarpum, et principalement chez les chiens rapidement tués par injection intra veineuse d'extrait, une contracture générale qui survient au moment de la mort. Cette contracture générale a été notée chez le chien de Texpérience XV peu de temps avant son trépas. Deux autres chiens, expériences XVI et XXXIÏ, ont eu au moment de la mort de l'extension et de la raideur des membres. Dans Texpérience XXXIV, on voit un chien qui meurt après avoir eu une convulsion générale suprême. Dans Texpérience XXI, on remarque qu'un chien a, trois minutes avant de mourir, des secousses convulsives avec raideur et extension des quatre membres, comme dans les convulsions strychniques tétaniformes. Cet état convulsif s'accompagne d'opisthotonos. L'expérience XXV, nous montre un chien empoisonné par la méthode hypodermique. Cet animal a eu aussî, au mo- ment de la mort, de l'extension avec raideur des membres, comme les chiens précédents qui avaient succombé par injec- tion intra veineuse d'extrait. C'est encore à une action médullaire qu'il faut rapporter les faits que nous venons de mentionner. IjCS animaux meurent-ils de l'arrêt du cœur qui peut — 133— résulter de la cessation de rinnervation centrale ? Dans les expériences (XXIII, XXV) les seules où Ton ait examiné l'état des centres nerveux après la mort, ou a trouvé une anémie^ notable de ces organes. Est-on en droit de dire que cette anémie serait une cause de l'épui- sement du système nerveux ? Ne vaut-il pas mieux cher- cher la cause de l'arrêt du cœur dans une action de notre agent toxique sur le muscle cardiaque ? Il n'est pas irrationnel de penser qu'il en est réellement ainsi, car dans les expériences XVII , XX , XXI , etc. , on voit que , aussitôt après la mort, on tente en vain de rappeler au moyen d'un puissant courant faradique les contractions du cœur, ce qui, on le sait, n'arrive pas chez les chiens qui succom- bent aux eJSets de substances sans action sur le muscle car- diaque. Nous garderons donc toutes réserves sur ce point, sur lequel nous reviendrons du reste plus loin au moment de l'étude des troubles produits par le thalictrum macro- carpum sur la circulation. En ce qui concerne plus particulièrement le bulbe, on peut admettre qu'il est influencé par le thalictrum macro- carpum. Les vomissements répétés qu'ont éprouvés beaucoup de nos animaux, ainsi que les troubles par l'extrait de tha- lictrum apportés dans les fonctions respiratoires et circula- toires, semblent en effet indiquer une action physiologique spéciale de cet agent toxique sur la moelle allongée. Nous n'avons pas étudié d'une façon particulière la pertur- bation que pourrait entraîner, du côté du système nerveux ganglionnaire, l'extrait de notre plante introduit dans l'éco- nomie animale. Toutefois , Texamen de l'influence du spinal sur le muscle cardiaque des animaux empoisonnés avec le — 134 — thalictrum macrocarpum nous a amené à constater que les relations ^tre ce nerf et Torgane central de la circulation étaient demeurées intactes. En effet, quand l'excitation fara-* diquea porté sur le bout périphériques de nerfs vaguo-sym- pathiques sectionnés à la région cervicale, on a noté chez des chi^is intoxiqués que ces nerfs avaient conservé leurs pouvoirs frénateurs du cœur très peu de temps, (cinq mi- nutes) avant la mort. Par conséquent il est peut-être permis de penser que dans T empoisonnement par le thalictrum ma- crocarpum , le système nerveux ganglionnaire du reste de l'économie est respecté comme le système ganglionnaire cardiaque. L'expérience XXIII et surtout Texpérience XI, dans la^ quelle, même après la mort, on a constaté la dilatation de la pupille en électrisant le bout central des nerfs vaguo^ sympathiques sectionnés, viennent encore à l'appui de l'as- sertion précédente et montrent que la fibre irienne est res- pectée par le thalictrum. Dans la plupart de nos expériences (exp. I, II, XI, XII, XIII sur les grenouilles, on a vu que ces batraciens avaient, pendant leur état de résolution paralytique, de la dilatation des pupilles. On a relevé le même phénomène sur des animaux plus élevés en organisation, car les chiens des ex- périences XIV, XXIII, etc., ont eu aussi de la mydriase pupillaire. On serait tenté de déduire de ces faits, une action sur le système nerveux ganglionnaire et d'expliquer la dila- tation de la pupille mentionnée dans nos expériences, comme notre maître M* Vulpian T^ fait dans ses leçons sur l'aconi- tiAe pour la «aydriase produite par cette dernière subst^nçci — 135 — € Lorsque les phéDomèaes de raconitisatioa sont très «manifestes, dit le savant professeur, on observe « cliez les mammifères une dilatation de la pupille. Cette di- « latatioD est-elie due à l'action excitante que l'aconîtine « exercerait sur les fibres musculaires radiées de Tiris » lorsqu'elle est mise en contact, par l'intermédiaire de la « circulation, avec ces éléments anatomiques ou avec les « parties du sympathique qui les innervent, ou bien à une « action paralysante exercée de la même façon sur le « sphincter irien ou sur le rameau de l'oculo-moteur qui € innerve ce sphincter ou sur les centres nerveux qui « mettent ce rameau en activité ? Est- elle, en un Inot, le « résultat d'une influence portant directement sur tel ou « tel des organes qui constituent l'appareil nervo-muscu- « laire de l'iris ? Ou bien s'agit-il d'une action indirectey « Taconitine irritant différents viscères, le canal digestif « entre autres, et produisant par mécanisme réflexe la « dilatation pupillaire (1) ? » C'est cette seconde hypothèse qui a paru probable à M. Vulpîan dans le cas d'empoisonnement par l'aconit. Nous savons déjà par l'expérience XI, quele système nerveux ganglionnaire n'est pas atteint dans l'intoxication psr le thalictru m macrocarpum puisqu'on a pu obtenir la dilatation de la pupille en excitant le bout central du nerf vaguo-sym- pathique sur un chien qui venait de mourir. L'extrait de thalictrum porté sur l'œil n'a pas non plus d'action évidente sur la pupille ainsi que nous l'avons observé dans plusieurs expériences que nous ne rapportons pas. D'autre part les • (1) Vulpiaui — Étude de pathologie expéHmentale sur V action physlO" logique des substances toxiques et médicamenteuses, 2® fasicule, p. 335, — 136 — phénomènes déterminés sur le tube digestif, par le thalic- trum macrocarpum sont assez intenses, et nous avions même cru tout d'abord être en droit de rapporter à ces phénomènes le mécanisme réflexe de la dilatation pupillaire, mais le fait suivant oblige de rejeter cette explication . Un chien curarisé pour des expériences étrangères à notre sujet est soumis à la respiration artificielle, puis on sectionne un des nerfs vagues dans la région cervicale. Ses pupilles sont normales dans ces conditions expérimentales, c'est-à-dire que la pupille correspondante au nerf vaguo- sympathique sectionné est rétrécie, Tautre étant moyenne- ment ouverte. On injecte alors dans une veine saphène une dose mortelle d'extrait de thaUctrum. Au bout de dix minutes la mydriase pupillaire est très manifeste sur l'une et l'autre pupille. Il est certain qu'on ne peut, dans ce cas, invoquer une action sur les viscères provoquant par voie réflexe la dilata- tion de la pupille, puisque le phénomène s'est montré du côté sain et du côté où le nerf vaguo-sympathique était coupé. Il est donc probable que la dilatation de la pupille dans l'empoisonnement par le thalictrum macrocarpum se pro- duit sous l'influence de l'action paralysante qu'exerce cet agent toxique sur le rameau de l'oculo-moteur qui innerve le sphincter irien ou sur les noyaux de substance grise qui mettent ce rameau en activité. Les troubles des organes des sens n'ont guère été appré- ciables chez les animaux intoxiqués par notre substance. En ce qui concerne Tappareil de la vision le seul qui offre lûi intérêt véritable, nous ne pouvons rappeler que la dilatation ■:^ de la pupille dont nons venons de parler. Les mouvements réflexes oculo-palpébraux bien que très amoindris ont sou- vent été conservés jusqu'aux derniers moments* Durant les premières heures de l'intoxication produite par l'injection d'extrait de thalictrum, les animaux parais- sent garder intactes leurs fonctions visuelles, et tout nous porte à croire que les nerfs optiques, même dans une période très avancée de l'empoisonnement, jouissent en grande partie de leurs propriétés. Nous citerons seulement à l'appui de ce fait le chien de l'expérience XXV. Cet animal ar- rivé à un état d'engourdissement très considérable, distin- guait encore une traverse de table qu'il essayait vainement de franchir, car les forces lui manquaient et son corps restait suspendu sur cet obstacle. Nous devons également penser que l'appareil auditif ne subit pas d'altération manifeste sous l'influence de notre agent toxique. Dans les premières heures de l'empoisonnement nous avons remarqué que les chiens entendaient très bien les sons, celui de la voix par exemple, et lorsque l'affaiblissement était des plus marqués, ces animaux paraissaient encore jouir des sen- sations auditives. C'est ainsi que le bruit du trembleur de la machine de Siemens et Hatske était encore perçu par le chien de l'expérience XXIII, vingt minutes avant sa mort. D'autres chiens arrivés à un état de prostation complète avaient encore quand on les appelaient des mouvements du pavillon de l'oreUle très faibles, il est vrai, mais qui suffisent pour écarter l'idée de troubles profonds des nerfs auditifs. C'est alors seulement que tout l'organisme atteint le summum d'affaiblissement, quand les animaux sont sur le point de mourir, qu'on peut observer l'extinction imminente Doassans. 9 — 138 •* es propriétés des organes des sens ainsi que rabolition presque complète des fonctions du reste du système ner- veux si déprimé déjà depuis longtemps. En résumé de cette étude analytique des troubles déter- minés par le thalictrum macrocarpum sur les centres ner- veux, on peut conclure que la mort des animaux empoi- sonnés avec cet agent, est principalement, le fait d'un affaiblissement graduel du système nerveux central. Ces troubles paraissent relativement peu accusés du côté du cerveau ; mais ils exercent sur la moelle une action dé- pressive considérable, et la mort a lieu sans doute quand Taffaiblissement des centres nerveux devient incompatible avec l'existence. Examinons maintenant si nous ne trouverons pas dans les autres appareils de Téconomie d'autres phénomènes dus à l'action physiologique de notre plante, qui pourraient con- courir à expliquer, dans une certaine mesure, Fabolition de la vie chez les animaux empoisonnés par le thalictrum macrocarpum. b. Action sur F appareil digestif. — Les phénomènes les plus apparents qui suivent * Taffaiblissement paralytique produit par le thalictrum macrocarpum sont ceux dont l'appareil digestif est le siège. Les expériences XIV, XXVI, XXVtl, XXVIII, etc. relèvent des vomissements qui, sans être aussi repétés que ceux de Taconitine, n'en sont pas moins très dignes d'atten- tion. L'expérience suivante met sous les yeux tm chien empoî* sonné par injection hypodermique d'extrait de thalictrum et — 139 — chez lequel ces vomissements repétés sont des plus évidents, ainsi que les efforts de vomissement. ExPBBiBNGE XXV. — Chien buîl-lerrier, du poids de 15 kilogrammes. Température rectale, 38®7. Mouvements respiratoires, 19 par minute. Pulsations de Vartère fémorale, 110 par minute. Pupille un peu grande (chien à cataracte). 1 h. 35 m. On fait à ce chien une injection hypodermique de 3 gr. i'eztrait de tbalictrum dissous dans Teau distillée. L'animal salive un peu après l'injection, il se gratte au niveau des points injectés. 2 h. Il rend des excréments moulés et des matières diarrhêiques colorées en vert clair par ia bile. Il a 22 respirations par minute assez profondes* On compte 200 pulsations par minute. La température est de 38*,6. 2 h. 30 m . Les battements du cœur sont forts. L'animal se couche, il est déjà affaibli; quand on le force à marcher, il fait quelques pas, et se recouche aussitôt. 2 h. 50 m. Sensiblement le même état, de plus le chien chancelle quand on le force à faire quelques pas; il parait très abattu. 4 h. 30 m. On compte 32 respirations par minute et 200 pulsations. L'animal est très affaibli il reste toujours couché. Quand on le met sur ses jambes il titube et se recouche. On constate qu'il est attentif à la voix. 5 h. Il vomit deux fois de suite des aliments colorés par de la bile. On s'aperçoit qu'il urine goutte à goutte. 5 h. 10 m. Il a encore un vomissement bilieux, ses pupilles sont dila- tées, la prostration devient extrême. 5 h. 15 m. Le chien se lève, il a encore un vomissement* La respiration est très profonde et difficile. 5 h. 40 m. L'animal est pris d'un flux de diarrhée, il a des efforts de vomissements et continue à uriner goutte à goutte. 6 h. Nouveaux efforts de vomissement. — Le chien fait quelques pas spontanément, il cherche à éviter une traverse de table qui lui barre le passage, la force lui manque pour la franchiri son corps reste suspendu après cet obstacle. On compte 32 respirations par minute très profondes, chaque mouve- ment respiratoire s'accompagne de l'élévation des commissures labiales. Les battements du cœur ont perdu la force du début. Le pouls est irré- gulier, fréquent. La sensibilité a presque dispara aussi bien dans les membres qu'à ia fade. Les pupilles sont dilatées Le sphincter anal est relachéi La température de l'animal est de 36*. Il perd encore ses urines. — 140 — 6 h. 15 m. Il a une extension avec raideur générale. 6 h. 20 m. Le cœur s'arrête par instant la respiration continue avec des mouvements respiratoires très profonds, très difficiles. Le cœur s'arrête complètement, Tanimal est pris d'une nouvelle extension avec raideur généralisée. Deux mouvements respiratoires ont encore lieu et, le chien meurt. A l'autopsie on trouve le cerveau anémié. Le cœur est en diastole, sans ecchymoses sous-endocardiques. Les poumons sont sains. L'animal qui fait l'objet de rexpérience suivante n'a reçu qu'une dose faible d'extrait de thalictrum,et ilaeu néanmoins des vomissements. Le retour à l'état normal s'est d'ailleurs effectué d'une manière complète après des phénomènes très marqués d'intoxication. Expérience XXVL — Chienne mâtinée, du poids de 8 kilogrammes. 3 h. 10 m. Cet animal reçoit une injection de 68 centigrammes d'extrait aqueux dans une veine saphène. Détaché aussitôt après l'injec- tien, il parait notablement abattu. 3 h. 30 m. Il rend des matières fécales solides et il urine. Le pouls compté sur l'artère fémorale est de 100 pulsations par minute. La tem- pérature de l'animal prise dans le rectum est de 37*. Cet animal est manifestement faible, triste et reste couché sur le ventre. Quand on Texcite en lui pinçant une patte il ne pousse pas de cris de douleur, il fait quelques pas, se réfugie dans les coins obscurs et se recouche aussitôt. 4 h. Il vomit et présente toujours le môme état d'affaiblissement. 4 h. 30. L'animal a un nouveau vomissement, et reste toujours couché dans le même état de prostration. Le lendemain il nous a paru complètement remis et ce jour ainsi que les jours suivants, il n'a présenté rien de particulier. Dans d'autres cas, comme dans les expériences XXVI et XXXIII, on n'a noté que des efforts de vomissement sans vomissements réels. L'action de l'extrait de thalictrum sur le tube digestif s'est encore manifestée dans beaucoup d'expériences, par de la défécation simple. ^ 141 - D'autres fois (exp.XV,XXV,etc.) ou a observé des selles diarrhéiques plus ou moius aboudantes et plus ou moins colorées par la bile. Un chien (exp. XX) du poids de dix kilogrammes, qui avait reçu en injection hypodermique cinq grammes d'extrait de thalictrum, expulse au bout de deux heures envi- ron des matières fécales teintées de sang. A l'autopsie sur toute rétendue de l'intestin grêle, on trouve la muqueuse rouge couverte de très petites taches ecchymo tiques, dissé- minées ou confluentes. Des expériences plusieurs fois répétées nous ont permis de constater que l'extrait de thalictrum introduit dans l'esto- mac au moyen de la sonde œsophagienne, ne déterminait qu'une action évacuante de l'intestin avec des efforts de vomissement. Cet ainsi que dans cinq ou six expériences de ce genre on n'a pas vu survenir d'effets toxiques mortels, et l'empoi- sonnement n'est pas allé plus loin que les symptômes qui viennent d'être rappelés. Ces expériences étant identiques, nous ne relatons ici qu'une d'entre elles, l'expérience XXVII. ExpéRiBNCB XXVII. — Jeune chien mâtiné, dn poi Js de 11 kilogrammes. Température rectale 39*5. 100 pulsations de Tarière fémorale par minute. 19 mouvements respiratoires. 2 h. 50 m. On introduit dans Testomac, au moyen Ho la sonde œsopha- gienne, 20 grammes d'extrait aqueux de thalictrum dissous dans 150 grammes d'eau. 3 h. 15 m. L'animal au début de l'expérience était d'une gatté excep- tionnelle, il est maintenant devenu très triste. Son pouls est monté à 130 pulsations par minute. 3 h. 40 m. Il fait des efforts répétés de vomissements. Les mouvements respiratoires sont de 24 par minute. Le nombre des pulsations a encore augmenté, il est de 140 par mi-^ pute. La température s^est abaissée, elle est dc1$8*2. — 142 — L'animal frissonne violemment ; il se couche visiblement affaibli. 3 h. 50 m. II se lève, les contractions de ses flancs paraissent indiquer de la douleur abdominale, des coliques. 4 h. Au début le chien avait rendu des excréments très secs, à ce moment là il est pris d*un flux de diarrhée très abondant. 4 h . 10 m. L'animal a de nouveau des frissons répétés et parait très abattu, il reste couché. 5 b. Il ne fris=onne plus; il reste toujours couché. 6 h. Le chien parait aller mieux, il se lève quand on l'appelle et rede- vient caressant. Le lendemain il étuit parfaitement rétabli. Ainsi une dose de 20 grammes d'extrait introduite dans l'estomac n'a pas amené la mort de l'animal. On a déjà remarqué en étudiant l'action toxique du thalictrum macro- carpum, p. 110, que l'extrait de cette plante est supporté beaucoup plus facilement en injection intra-stomacale que lorsqu'il est introduit dans l'organisme de toute autre façon • C'est ainsi que le chien de l'expérience précédente s'est rétabli après avoir présenté des eflforts répétés de vomisse- ment, des coliques, et un flux diarrhéique abondant. Si l'on so reporte à une autre expérience analogue à celle-ci, exp. XXXV. p. 73, on a sous les yeux un chien qui a reçu également dans Testomac une dose considérable d'extrait, c'est-à-dire 7 grammes; cet animal qui n*a pas succombé a eu aussi des selles diarrhé'ques. Les injections hypodermiques et intra-veinuuses aj^int, comme les injections mtra-sîomacales, présenté des effets semblables sur le tube digestif, il est évident qu'on ne saurait attribuer de pareils résultats à l'action irritante immédiate de l'extrait de thalictrum sur la muqueuse stomacale ou sur la muqueuse intestinale, et que nous sommes bien en présence d'une véritable action physiologique. Il faut également rapporter aux phénomènes produits du — 148 — cêté du tube digestif le relâchement du sphincter anal (exp. XXXI, XXIII, XXV), qui indique sans doute une action paralysante sur les origiaes centrales des nerfs qui animent ce muscle. Les vomissements doivent-ils être rapportés à une action sur l'appareil digestif, quelle que puisse être d'ailleurs cette action? faut-il les attribuer à un effet sur le cœur, puisque nous avons vu que le cœur est atteint par le thalictrum ma- crocarpum et que la physiologie nous enseigne que les poi- sons du cœur déterminent des vomissements répétés ? Nos expériences ne sont pas assez mombreuses et notre étude se trouve par conséquent trop incomplète pour essayer de tran- cher la question. Les mêmes raisons nous obligent à ne pas discuter le mécanisme physiologique intime qui peut déter- miner les effets purgatifs que nous avons notés. Nous rappelons seulement que la plupart des agents toxiques puissants déterminent des phénomènes intestinaux ana- logues. c. Action sur la respiration. — Examinons main- tenant l'influence de l'extrait de thalictrum sur la respi- ration. Le chien de l'expérience XIV, avait 20 mouvements res- piratoires par minute au début de l'expérience . Dix mi- nutes après lui qu'on a injecté sous la peau 3 grammes d'extrait de thalictrum, le nombre des mouvements respira- toires est doublé. Au bout d'une heure et demie on comptait encore 40 respirations par minute, régulières, et une demi heure plus tard les mouvements respiratoires atteignaient 60 par minute. 30 minutes avant la mort, l'animal n'a plus que des respirations saccadées, très profondes distantes — 144 — les unes des autres. Un peu plus tard, le cœur, très irrégu- lier s^arrête de temps en temps pendant plus d'une minute, quelquefois il reprend après plusieurs respirations profondes, analogues à celles'que nous avons signalées. La respiration . et les mouvements cardiaques continuent ainsi d'une façon très irrégulière pendant quelques minutes et Tanimal meurt. Un autre chien ( exp. XVIII), avait avant Texpé- rience 17 respirations par minute à peu près régulières. Trois minutes après l'injection intra-veineuse de 2 grammes d'extrait les respirations sont au nombre de 29 par minute. La hauteur des ondes respiratoires qui était de 28 milli- mètres à 29 millimètres a diminué de 22 à 23 millimètres. Dix minutes après l'injection les respirations sont de 17 par minute, elles forment des courbes dont la hauteur n'est plus diminuée que de 11 millimètres. Vingt minutes après le dé- but de l'expérience les mouvements respiratoires sont au nombre de 17 par minute ; 2 minutes plus tard on compte 22 respirations avec quelques irrégularités. Dans l'expérience XXIII un chien respire 19 fois par minute. On l'empoisonne dans l'espace de cinq heures avec 3 grammes d'extrait. Au bout de deux heures et demie cet animal a 36 respirations par minute ; après quatre heures on . en compte 32. Une heure environ avant la mort ce chien avait 36 respirations par minute. Au moment de la mort, le cœur s'arrête, la respiration est suspendue pendant uue minute, puis deux mouvements respiratoires successifs ont encore lieu ; une minute après on remarque encore un der- nier mouvement respiratoire. Voici encore un autre chien (exp. XX) présentant 20 respirations par minute. On l'empoisonne avec de l'extrait de thalictrum. Trois heures après on compte 28 mouvements — «5 — respiratoires réguliers, et quelques minutes plus tard la res- piration est devenue saccadée, difficile, lente. Le cœur s'arrête; trois mouvements respiratoires ont encore lieu après l'arrêt de cet organe. L'animal est mort. L'expérience XXV nous montre un chien qui a 19 respira- tions par minute, on l'empoisonne par injection liypoder-« mique d'extrait de thalictrum. Une demi-heure après il a, par minute, 22 respirations assez profondes. Au bout de trois heures on compte 32 respirations par minute. Au bout de cinq heures on comptait également 32 respirations très amples y chaque mouvement respiratoire s'accompagnait de l'élévation de la commissure labiale. Quelques minutes plustard lecœur s'arrêtepar instants, la respiration continue; avec des mouvements respiratoires très développés et très difficiles. Le cœur s'arrête complètement, l'animal est pris d'une nouvelle extension avec raideur générale. Deux mou- vements respiratoires ont encore lieu et l'animal meurt. Expérience XXVI, un chien qui a 19 mouvements respi- ratoires par minute reçoit dans l'estomac de l'extrait de thalictrum. Au bout d'une demi«heure, l'animal respire 24 fois par minute. On note également une accélération de la respiration dans les expériences XXIX et XXXV. Dans l'expérience XV, on fait à un chien uue injection intra-veineuse de 2 grammes d'extrait. Cinq minutes après on ne sent plus le cœur battre et le pouls est impossible à trouver sur l'artère fémorale ; on observe encore des mouve- ments respiratoires pendant deux minutes et la mort à lieu. Un fait à peu près semblable est relaté dans l'expé- rience XVI pratiquée sur un chien, dans l'expérience XVII •- 146 - qui a eu lieu sur un lapin, et dans deux autres expériences (ex. XXL exp. XXXIII) faites sur des chiens. Dans l'expérience XXXIV, on voit encore un chien tué très rapidement par un gramme et demi d'extrait. Au moment de la mort on constate que les pulsations cardiaques deviennent extrêmement rapides, désordonnées; l'animal meurt presque tout d'un coup après avoir eu une convulsion suprême. Quelques mouvements respiratoires ont été perçus après que le cœur a eu cessé de battre. Expérience XXII, un chien qui a reçu une dose non mor- telle d'extrait présente au bout de 45 minutes 30 respirations par minute, au lieu de 17 à 20 respirations nombre physio- logique. Toutes ces expériences montrent que la respiration s'accélère d'une manière remarquable, quand les animaux commencent à subir l'influence du thalictrum macrocarpum. Le nombre des mouvements respiratoires double souvent, et cette accélération se maintient en général presque jusqu'aux derniers moments, avec un rhythmeà peu près régulier. L'amplitude de ces mouvements respiratoires est également très digne d'attention. Souvent au début de l'expérience, il est fort difficile de voir le thorax des chiens se dilater. Mais quand ces animaux ont reçu la substance toxique, l'amplitude des mouvements du thorax permet de compter facilement les m ouvements de la respiration . Dans l'expérience suivante, on a étudié à l'aide de tracés pneumographiques les diverses modifications des mouve- ments respiratoires qui se produisent sous l'influence de l'extrait de thalictrum. - 147 — ExPéaiEKCB XXVIII. — Chien m&tinë, bien vigoureux, An poida ds 150 kilogrammes. On prend un premier tracé pneumographique sur l'nnimal à l'état normal. On compte 42 respirations par minute avec quelques irrégula- rilés, l'animal poussant des eoupirg. 2 h. 50 m. Aprôs avoir introduit dans la veine saphâne un {gramme d'extrait diiBous dans 30 grammes d'eau, on prend aussitôt un deuxième tracé: Les mouvcmenta respiratoires sont plus étendus et au nombre de 53 par minute. L'animal est en repos et ne s'agite pas. ' i gr. d'eiflrail du thallotrum. 9 fa. 55 m. Troisième tracé. On compte 43 respiruliona par minute. très- accélérées pendant la première moitié du tracé, Irréguliârea comme rhythme et' comme intensité pendant la seconde moitié. 2 h. 60 m. Quatrième tracé. 55 respirations par minute, avec de nom- breuses irrégularités. L'animal rend des matières fécales moulées. 3 fa. 5 m. Cinquième tracé. i5,respiratioDS par minuter avec des !r- - 148 ^ régularités et une augmentation manifeate de l'amplitade des courbes respiraloires. 3 h. 10 m. Sixième tracé. 45 reepirstione par minute. L'animal pré- aente tous les phénomènes d'intoxication rapportes dans les expériences précédentes. Il est détaché et reste couché sur la table sans mouve- ment. La sensibilité réflexe des membres est nulle, les mouvements réflexes de la face sont conservés. 3 b. 15 m. Septième tracé. 42 reapirations par minute. Dans ce (racé ainsi que dans les deux précédents on observe un certain rbytbme dans les irrégularités qu'il présente. Après trois ou quatre respirations régU' lières vient un mouvement respiratoire beaucoup plus étendu. On compte 12 de ces grandes respirations. 3 b. 20 m. Huitième trecé. 50 respirations par minute. Les grandes respirations ne se montrent plus qu'apràs 6 ou 8 petits mouvements respiratoires assez réguliers. 3 b. 25 m. Neuvième tracé. 51 respirations, ce tracé est assez ana- logue au septième. 3 b. 30 m. Dixième tracé. Analogue au précédent. 3 h. 35 m. Onzième tracé. 9 grands efTorts de respiration. 3 h, 40 m. Treizième tracé. Les grands eflorts de respiration au nombre de 12 par minute ; ces deux derniers tracés sont d'ailleurs assez analogues aux précédents. Entre 3 h. 40 et 4 b. 20 i! est survenu deu« vomissements. 4 h. 20 m. Quatorzième tracé. 74 respirations par minute régulières. 4 h. 35 m. Quinzième tracé. 42 respirations par minute, ô peu près semblables aux précédentes. 4 b, 30 m. Seizième tracé. 23 respirations par minute, moins fortes que dans les tracés précédents. 4 b. 35. Dix-septiÈme tracé. 22 respirations par minute, par moment ces respirations eont très faibles. Figure 3. — Tracé pris *Û m. aprÈs injection de 1 gr. i — 149 — 4 h. 20 m. Dix-huitième tracé. Les pupilles sont dilatées, ou voit que les muqueuses des lèvres sont décolorées. Le cœur s'arrête, on observe encore deux respirations bien marquées. 4 h. 21 m. Dix-neuvième tracé. Il se fait encore pendant deux minutes quelques derniers mouvements respiratoires à peine sensibles. Cette expérience montre encore que les mouvements res- piratoires deviennent très fréquents aussitôt après Tinjection de la substance toxique, ils sont aussi plus étendus. La fré- quence de la respiration plus ou moins régulière, persiste presque jusqu'aux derniers moments de Tanimal, ainsi que Taugmentation de Tamplitude des courbes respiratoires. Quelques minutes avant la mort, ces mouvements respira- toires deviennent faibles et diminuent de nombre. Dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, on observe, après l'arrêt du cœur quelques dernières respirations. Ajoutonsque l'examen cadavérique (exp. XVI, XXIII etc.) n'a jamais permis de constater une lésion macroscopique des poumons. De quelle façon les centres bulbaires sont-ils influencés par le thalictrum macrocarpum ? C'est une question difficile que nous n'avons pas tenté d'élucider dans ce travail. d. Action sur le sang. — Nous n'avons pas recherché, au moyen d'expériences spéciales, ce que devenaient les gaz expirés pendant la période des troubles respiratoires que nous venons de constater chez les animaux empoisonnés par le thalictrum macrocarpum. Mais nous avons étudié l'action que cet agent toxique peut avoir sur le sang. Cette étude a été faite uniquement sur des grenouilles au moment où elles présentaient des symptômes manifestes d'intoxication, et l'examen spectroscopique n'a pu alors, — 150 — dans aucun cas, nous fournir la preuve d'une altération quel- conque du sang. On a toujours retrouvé entre les divisions D et E du spectre, les deux bandes d'absorption de Thémo- globine avec leur position et leur largeur normales ; l'une plus nette, sombre et étroite, près de la raie D, l'autre, plus large et plus pâle, près de la raie E. Chez les mammifères, on a essayé de déterminer la ri- chesse en oxygène du sang de ces animaux au moment où ils étaient sous le coup de l'empoisonnement produit par notre agent toxique. Tel a été le but de l'expérience sui- vante pratiquée sur un chien. Expérience XXIX. — Chien épagneul, du poids de 7 kilogrammes, non engourdi par le curare, non anesthésié par le chloroforme, l'éther, etc. 9 b. On prend à cet animal 5 grammes de sang dans Tartère fémorale gauche. Le chien, pendant cette opération, gémit et se remue vivement, bien qu'il soit attaché. On détermine alors au moyen de Tappareil de M. Schutzenberger la richesse en oxygène du sang qu'on vient d'enlever à l'animal. On trouve qu'il a fallu employer 126'0 divisions d'hydrosulfîte de soude pour ramener la solution d*indigo à sd coloration normale. 9 h. 30 m. On injecte alors par voie hypodermique 4 grammes d'ex- trait de thalictrum. 11 h. L'animal ne présente pas de signe bien évident d'intoxication. 12 h. Le pouls et la respiration sont accélérés. 1 h. Le chien paraît engourdi, il reste étendu sur un tapis dans la position habituelle aux chiens couchés sur le ventre. Il est d'ailleurs attentif quand on l'appelle, mais ne bouge pas. 2 h. 30 m. On met alors l'artère fémorale droite à nu sur l'animal déjà très engourdi par l'action du thalictrum macrocarpum. Ou observe qu'il parait insensible à cette opération^ et qu'il n'a aucun mouvement de réaction. Un deuxième examen est fait avec l'appareil de M. Schut- zenberger sur le sang qu'on vient de prendre, on constate qu'il fiiut 150*8 divisions pour régénérer la solution d'indigo. 3 h. Après ce dernier examen on observe que l'animal est devenu excessivement faible, le cœur ne bat plus qu'avec lenteur et les batte- ments sont peu énergiquesi — 151 ^ La trachée est mise alors à découvert, et on fait la respiration artifi- cielle, puis on incise le thorax pour observer le cœur de visu. 3 h. 30. La respiration artificielle se fait bien, le thorax divisé sur la ligne médiane sans que Técoulement du sang ait gêné dans cette opéra- tion pratiquée d'après le procédé depuis longtemps employé par M. Bochefontaine, au laboratoire de M. Vulpian, permet de voir le cœur à nu. Cet organe bat irrégulièrement et lentement. Le doigt appliqué directement sur le ventricule cardiaque gauche permet d'apprécier le peu d'énergie des mouvements cardiaques. 3 h. 35 m. Le pneumogastrique faradisé dans la région cervicale arrête immédiatement le cœur. On interrompt le courant, le cœur se remet à battre irrégulièrement. 3 h. 40 m. L^animal est mourant, on pique à ce moment le ventricule gauche avec une fine canule et on injecte dans la cavité ventriculaire quelques gouttes d'extrait aqueux de thalictrum suffisamment étendues d'eau. Immédiatement le cœur devient tumultueux pendant quelques secondes, les battements s^apaisent un peu, puis cessent tout & fait. D'après cette expérience il ressort que le sang de l'animal empoisonné par le thalictrum macrocarpum est, en somme, plus riche en oxygène que le sang pris sur le même animal avant qu'il ait subi l'influence de l'agent toxique. En effet, dans le premier cas il a fallu employer 150'8 divisions d'hydrosulfite de soude pour régénérer la solution d'indigo, tandis que dans le second, on n avait dû en employer que I2ff0. . Ce fiiit est en réalité facile à expliquer, car l'expérience porte quo le chien s'est agité en criant sous l'influence de la douleur, la première fois qu'on lui a pris du sang. Il n'était ni curarisé ni anesthésié par le chloroforme. En s'agitant ainsi, il a transformé plus d'oxygène en acide carbonique que la seconde fois où on lui a repris du sang. A ce moment, l'animal était depuis longtemps déjà engourdi par l'extrait de thalicti-um, et n'a présenté aucune espèce de réaction quand on lui a fait une nouvelle incision pour découvrir son artère fémorale droite ; aussi le sang s'est trouvé moins — 152 •^ cHargêd'acîde carbonique et plus riche en oxygène avec une couleur vermeille, visiblement plus accentuée dans le second cas que dans le premier. Il n'est guère admissible de penser que le phénomène que nous venons de rapporter, soit produit par une altération du sang plus ou moins analogue à celle que produit Tintoxi- cation par l'oxyde de carbone, intoxication dans laquelle on observe aussi une rutilance exagérée du sang. On sait d'ailleurs, comme Claude Bernard l'a fait remarquer, que, dans les cas de section nerveuse, on observe dans les muscles delà partie du corps frappée dans sa motilité, un sang moins chargé d'acide carbonique que dans les muscles d'un autre membre possédant toutes ses fonctions, et cela pour les rai- sons que nous avons données à propos de notre expérience. L'engourdissement paralytique, qui se manifeste chez les animaux empoisonnés par notre substance, permet donc de s'arrêter à l'explication que nous avons fournie. En résumé, on ne saurait dire que le sang subit une alté- ration appréciable dans l'intoxication produite par le thalic- trum macrocarpum, les globules sanguins sont au contraire plus chargés d'oxygène qu'à l'état normal, fait qui peut être expliqué par les phénomènes paralytiques dus à l'action de cette renonculacée. e. Action sur la circulation. — Les phénomènes qu'on a constatés dans l'empoisonnement par le thalictrum macro- carpum du côté de l'appareil circulatoire sont mis en re- lief dans le résumé des expériences suivantes. Un chien, dans Texpérience XIV, avait par minute 108 pulsations de Tartère fémorale. On lui fait une ii\jec- — 153 —* tion hypodermique d'extrait de thalictrum. Dix minutes après on compte 200 pulsations. Au bout de 2 heures 30 mi- nutes, on en trouve 210. Plus tard, on constate que le cœur est devenu très irrégulier, qu'il s'arrête de temps en temps quelquefois pendant plus d'une minute, etrepartensuite, après réapparition de deux ou trois respirations profondes. Les mou- vements cardiaques et respiratoires continuent ainsi d'une fa- çon très irrégulière pendant quarante minutes , et l'animal meurt. Le chien de l'expérience XX a normalement 60 pulsa- tions par minute ; il reçoit par injection hypodermique cinq grammes d'extrait. Le pouls présente une demi-heure après 160 pulsations par minute ; un peu plus tard on en compte 120. Au bout de quatre heures, ce chien avait encore 100 pulsations régulières par minute. Dix minutes après son cœur s'arrête, trois mouvements respiratoires ont en- core lieu, et l'animal meurt. Dans l'expérience XXII, on a noté encore l'accélération de la circulation chez un chien qui avait reçu une dose non mortelle d'extrait de thalictrum. Un chien (exp. XXIII) a 120 pulsations de l'ar- tère fémorale avant l'injection de 3 grammes d'extrait par la méthode hypodermique. Une demi-heure après, les pul- sations sont au nombre de 188 par minute. Au bout de deux heures, on en compte 216. Qn constate à ce moment que les mouvements du cœur sont vigoureux, mais que le pouls est petit. Une demi-heure plus tard, on trouve 180 pulsations, les lèvres de l'animal sont pâles, décolorées. Au bout de 5 heures après l'injection, un simple tressaillement sous le doigt indique que la fémorale bat encore. Les pulsations cardiaques sont au nombre de 132; elles sont assez éner- Doassans. lO — 154 — gîques. La muqueuse buccale est pâle sans être exsangue. Une demi-heure plus tard, la respiration est devenue diffi- cile, le cœur a des mouvements plus faibles, les contractions de cet organe présentent par instant de l'irrégularité comme force et comme rhythme. L'animal, quelques minutes après, a 92 mouvements du cœur par minute, presque réguliers. Soudain on constate Tarrêt de cet organe, puis on observe trois derniers mouvements respiratoires. Dans r expérience XXV, un chien bien portant présente 110 pulsations par minute. Il reçoit 3 grammes d'extrait de thalictrum par méthode hypodermique. Uue demi-heure après on compte 200 pulsations de la fémorale. On trouve ce même nombre après 3 heures et après 4 heures d'empoi- sonnement. Une demi-heure plus tard, les lèvres de l'ani- mal sont pâles, décolorées, les battements du cœur ont perdu leur force du début. Le pouls est irrégulier, fréquent. Quelques minutes avant la mort, le cœur s'arrête par ins- tants, la respiration continue avec des mouvements respi- ratoires très profonds, très difficiles. Le cœur s'arrête complètement; deux mouvements respiratoires ont encore lieuj le chien meurt. Le nombre des pulsations de Partère fémorale est aug- menté chez le chien de l'expérience XXVI, qui avait reçu une dose d'extrait de thalictrum non mortelle. . Les expériences XXIX et XXXV relatent aussi une accé- lération du pouls. Dans ^expérience XXXIV, un chien présente, immédiate- ment après Tinjection d'extrait de thalictrum dans les veines, des pulsations cardiaques extrêmementrapides,désordonnées. L'animal meurt pour ainsi dire tout d'un coup à la suite d'une convulsion générale suprême. Quelques mouvements respi- — 155 — ratoires ont été perçus lorsque le cœur avait cessé de battre. Un fait analogue a lieu dans Texpérience XXXIII sur un chien également. On fait sur, un lapin, expérience XVII, une injection intrarveineuse d'extrait de tbalictrum. Au bout de dix minutes on constate Tarrêt du cœur ; deux mouvements reispira- toires ont encore lieu, cet organe est arrêté. Ufi chien, expérience XVI, reçoit une injection d'extrait; les mouvements respiratoires deviennent immédiatement rares et les pulsations artérielles ne sont plus perçues à Tartère fémorale. Dans l'expérience XV, on introduit deux grammes d'ex- trait dans les veines d'un chien. Aussitôt après Tinjection, on ne sent plus le cœur battre, et le pouls est impossible à trouver sur la fémorale. Des mouvements respiratoires se montrent encore pendant deux minutes. De toutes les expériences qui viennent d'être rappelées, il ressort que le thalictrum macrocarpum accélère d'abord la circulation d'une manière très considérable. Quand la subs- tance toxique est introduite dans l'économie par la méthode hypodermique, cette accélération persistependantlongtenrps, puis dans la dernière période de l'empoisonnement, alors seulement que la mort est la terminaison fatale, le pouls devient irrégulier ainsi que les mouvements cardiaques, et cette irrégularité s'accentue d'une façon remarquable jus- qu'au moment de la mort. Que l'extrait de thalictrum soit introduit directement dans les veines, qu'il soit inséré sous la peau, les mêmes ph^K)mènes peuvent survenir. Ils surviennent enc/Ore, sauf I ' — i56 — rirrégularité finale que nous n'avons pas" observée, quand on porte dans l'estomac l'agent toxique à l'état d'extrait aqueux dissous avec une quantité convenable d'eàu. Il semble que cette substance, introduite par cette voie l'éco- nomie, même à des doses extrêmement élevées, ne puissedé- terminer la mort, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer au chapitre relatif à la toxicité. Pour continuer ce que nous avons à dire sur la circulation, nous rapportons encore T expérience suivante dans laquelle nous avons observé directement, moins complètement que nous ne l'aurions désiré, l'état du cœur lors de la dernière période de l'empoisonnement. Expérience XXX. — Chien griffon mâtiné ; poids 14 kilogrammes. 3 h. 20. On engourdit l'aninial par le curare, et on fait la respiration artificielle. Le cœur est ensuite mis à nu, par le môme procédé que dans Texpérience xxix. 3 h. 35 m • On compte 164 battements du cœur par minute, on sent avec le doigt que cet organe se contracte vigoureusement et d'une façon régulière. 3 h. 37. On injecte dans une veine saphène un gramme et demi d'ex- trait de thalictrum. Immédiatement après les mouvements du cœur atteignent une fréquence qui ne permet pas de les compter. Ces batte- ments sont encore vigoureux. 3 h. 47 m. Les battements diminuent d'intensité et deviennent moins fréquents. 3 h. 50. Le cœur cesse de battre régulièrement. Les battements sont irrégulièrement espacés et ralentis. Le cœur s'arrête, la compression de Taorte faite à ce moment permet à l'organe de la circulation de repren- dre de l'énergie ; il bat pendant une minute environ avec des mouve- ments assez réguliers. On cesse la compression de l'aorte. 3 h. 52 m. Les battements du cœur deviennent fréquents puis se ralentissent de nouveau. 3 h. 53 m. Le cœur s'arrête complètement en diastole plein de sang. On voit encore d'après cette expérience, qu'aussitôt après — 157 — l'injection intra-veineuse d'extrait de thalictrum, les mouve- ments dn cœur devinnent très rapides puisqu'ils atteignent une fréquence qui ne permet pas de les compter, et que cepen- dantilssontassezénergiques.Bientôtlespulsations cardiaques deviennent moins vigoureuses, se ralentissent, présentent de l'irrégularité, et le cœur finit par s'arrêter en diastole. Que devient la tension du sang chez les animaux qui succombent à l'intoxication par le thalictrum macrocarpum ? L'expérience suivante nous indique les modifications pro- duites par l'extrait de thalictrum sur la pression artérielle, modifications qui ont été recherchées au moyen de tracés hémodynamométriques, pris dans l'artère carotide d'un chien non curarisé, empoisonné par injection intra-veineuse d'un gramme et demi d'extrait. ExpriniBNcB XXXI. — Chien mitinë, du poids de 16 kilogrammes, bien portant. 3 h. 7 m. Température rectale, SS'T, On prend un tracft hémodyna- mométrique dans l'artère carotide, l'animal étant dans l'état normal non engourdi par la curare, non anesthéaié par le chloroforme, l'éther, etc. Lea respirations sont au nombre- de 17 par minute, à peu près régu- lières. On compto 124 pulsations par minute. Pression moyenne, 140 millimètres. «il de tlialictriim. 3 h. 11 m. On fait dans une veine sapbèno une injection de 1 gramme et demi d'extrait dissous comme il a été indiqué plus haut. L'animal est calme et ne présente rien de particulien. — 158 — 3 h. 15 m. Deuxième Iracé. Pression moyenne de 46 millimètreB. 29 respirations par minute. Dans la première moitié de la minute il y a eu 41 pulsations par quart de minute. Dana la seconda demi-minuU du tracé on compta 63 pulsations au quart. Les respirations .sont régu- lières Le pouls déjà affaibli dans la première moitié du tracé devient extrêmement faible dans la seconde moitié, de sorte que les petite» courbes circulatoires sont à peine lensibles, et qu'au lieu d'avoir 6 rail- limèfres de hauteur en moyenne, elles n'ont pas même un millimètre. La hauteur des ondes respiratoires est de 5 ou 6 millimètres, Undis qu'au début de l'expérience elles étaient en moyenne de 29 milli- mètres. L'animal est en résolution à peu près compj,ète. Figure 1'. — Tracé pris après Injectioa de 1 gr. SO d'eilrajt de IhaUctrum. 3 h. 20 m. Troisième trac*. Même état à peu près de la circulation et de la respiration. L'animal est inaensible k tout excès d'excitation mé- canique exercée sur lea membres, A la tête on peut encore observer. 3 h. 25 m. Quatrième tracé. Pression moyenne 80 millimètres, 17 res- pirations pur minute, peu r^'gulières, formant des courbes dont la hau- teur varie entre 7 millimôtrea et 19 millimètres. Les couches systoli- ques sont toujours très faibles, elles sont au nombre de 69 par quart de minute. Pendant quelques secondes il a poussé des cris. 3 b. 26 -n. Cinquième tracé. Pression moyenne, 70 millimètres en- viron. 67 pulsations par quart de minute. 16 à 17 respirations par mi- nute. Il se forme un coagulum dans les conduits de l'appareil, on lea pettoie. 3 h. 30 m, Sixième tracé. Pression moyenne 56 millimètres. 17 res- pirations par minute. On compte par quart de minute ti6 pulsations tou- jours très faibles. 3 h. 32 m. Septième tracé. Pression moyenne, 24 millimètres, 23 respirations par minute avec quelques irrégularités et 67 pulsations, 3 h. 35 m. Huitième tracé. 35 mouvements respiraloirea par minute peu énergiques et 67 pulsations, Ïa pression moyenne est remontée, elle est de 66 millimètres. Température 38°, le sphincter est relftché. 3 h, 39 m. Neuvième tracé. Même état du pouls et de la respiration. On excite avec un courant faible les pneumogastrique3 non sectionnés, migmentalion de In pression et accélération du pouls. — 159 - 3 h. 40 m. Dixième tracé. Même état sensiblement de l'état du^ pouls et de la respiration. Section des pneumogastriques au milieu du cou, aussitôt la pression s^élève de 3 centimètres, et on observe Tacoélération du pouls. 3 h, 43 m. Onzième tracé. On compte de 9 à 10 respirations par mi- nute qui se manifestent par des courbes beaucoup plus considérables que les courbes dés derniers tracés ; ainsi les courbes rwpiratoii^ de ce tracé ont 25 millimètres de haut, celles des tracés qui ont précédé la section n'avaient que 7 ou 8 millimètres de baut, 63 pulsations par quart de minute. On excite le bout supérieur d'un pneumogastrique, l'aug- mentation habituelle de la pression se produit. 3 h. 45 m. Douzième tracé. Môme état de la respiration et du pouls. On excite le bout périphérique d'un pneumogastrique, on constate aus- sitôt la diminution dd la pression. Quelques secondes plus tard on excite encore le bout inférieur, abaissement de la pression comme on le voit chez Tanimal non intoxiqué. 3 h. 47 m. Treizième tracé. 14 respirations par minute plus fkibles que dans les deux derniers tracés, les pulsations cardiaques sont éga- lement plus faibles. Pression moyenne de 36 millimètres. 3 h. 49 m. Quatorzième tracé. Le pouls devient si faible qu*il est im- possible de ]e compter sur le tracé, de le sentir au toucher sur l'artère fémorale pas plus qu'au palper de la paroi précordiale. 13 ou 14 ondu- lations respiratoires très affaiblies. 3 h. 52 m. Quinzième tracé. Tracé analogue au précédent. Tempéra- ture 37». 8 h. 54 m. Seizième tracé. Ondulations respiratoires au nombre d'une douzaine, très irrégulières, difficiles à distinguer à cause de cette irré- gularité. La ligne des pulsations n'offre qu'une ligne tremblée. La pres- sion s*abaisse. Emission d*urine. 3 h. 55 m. Dix-septième tracé. La pression est près de ; on ne dis- tingue que deux ou trois mouvements respiratoires très faibles au commencement de ce tracé. L'animal parait mort. Quelques secondes plus tard, sans qu'on puisse prendre d'autre tracé, l'animal à sept der- nières respirations à plusieurs secondes d'intervalle et môme à une minute d'intervalle. Pendant ces dernières respirations il a été impos- sible de percevoir les battements de l'artère fémorale et les battements du cœur. Dans cette expérience, la pression moyenne chez ranimai sain est de 140 millimètres. Quatre minutes après l'injec- tion, la pression diminue: elle est de 46 millimètres. Au — 160 — bout de dix minutes elle se relève un peu, elle égale 80 milli- mètres; elle est de 70 millimètres sur le cinquième tracé, de 56 millimètres sur le sixième tracé, de 24 sur le septième dix-sept minutes après Tinjection. Trois minutes se sont écoulées depuis le septième tracé et la pression moyenne est remontée : elle égale 66 millimètres. Sur le dixième tracé la pression s'élève encore de trois centimètres, au moment où Ton sectionne les nerfs pneumogastriques, mais sept mi- nutes plus tard elle tombe à 36 millimètres. Quarante minutes environ après Tinjection, quelques secondes avant la mort, la tension artérielle est nulle . Voici encore une autre expérience faite sur un chien pour examiner la pression sanguine dans l'empoisonnement par l'extrait de thalictrum. ExpÉRiBNCB XXXII. -^eune chien de chasse, du poids de 15 kilogrammes. 4 h. 50 m. Tracé normal avec l*hémodynamomôtre fixé dans une ar- tère carotide. L'animal est dans les mômes conditions que celui de Vex* périence. Les mouvements respiratoires sont au nombre de quinze par minute» assez régulières. On compte 146 pulsations par minute. La pression moyenne est de 118 millimètres. 4 h. 53 m. On injecte dans une veine saphène deux grammes cin- quante centigrammes d'extrait de thalictrum dissous dans une quan- tité d'eau convenable. Deuxième tracé, pris immédiatement après l'injection. La première varie à chaque mouvement respiratoire entre 35 millimètres et 14 mil- limètres pendant le premier quart de minute; la pression moyenne est de 49 millimètres. La pression moyenne est de 20 millimètres environ dans le reste du tracé. On compte 25 respirations par minute. La hauteur des ondes respi- ratoires était au début de Texpéri^nce de 10 millimètres en moyenne.. Dans le premier quart de minute du deuxième tracé, on observe 10 ondes respiratoires de 17 millimètres. Dans les trois quarts de minute suivants cette hauteur diminue beaucoup, elle n'est plus que de 3 mil- limètres en moyenne. Dans la seconde demi-minute du tracé, on compte 63 pulsations au quart. — 161 — Le pouls est extrômement faible de sorte que les petites courbes cir- culatoires sont à peine sensibles. Au lieu d'avoir 4 millimètres de hau« teur en moyenne, elles n'ont pas môme un millimètre. 4 h. 55 m. On observe sur un troisième tracé le môme état de la respiration et de la circulation que dans la seconde demi-minute du tracé précédent. L'animal rend des matières fécales diarrhéiques fortement colorées par la bile. La pression moyenne de ce tracé est de 13 millimètres. Toutefois pendant quelques secondes il y a des ondulations respiratoires qui atteignent sur le tracé uue hauteur de 11 millimètres, de sorte que pendant ce temps la pression moyenne est de 20 millimètres. 5 h. Quatrième tracé. Les oodulations respiratoires sont insensibles La pression moyenne est de 12,5 millimètres. Môme état du pouls. A la palpation on trouve que les mouvements cardiaques sont assez forts, mais on sent à peine le pouls fémoral. Le chien a ses pupilles dilatées. 5 h. 5 m. Dans les tracés suivants les ondulations respiratoires finis- sent par s'abaisser progressivement, en môme temps que les ondulations du pouls, jusqu'à devenir nulles; la pression s'affaiblit également. 5 b. 10 m. L'animal est pris tout d*un coup d'extension avec raideur des membres, son cœur ne bat plus, on compte encore trois ou quatre mouvements respiratoires très difficiles et la mort a lieu. Nécropsie. ^ 5 h. 15 m. Le cadavre de l'animal ne présente aucune raideur musculaire. Le cœur est inexcitable tant oreillettes que ventri- cules, avec le plus fort courant de l'appareil à chariot. En excitant les muscles et le nerf sciatique avec le courant minimum on ne voit aucune contraction. Il faut employer un courant de 30 centi- mètres d'écartement pour que le nerf sciatique provoque des mouve- ments, les muscles ne se contractent d'une façon nette qu'a 20 centi- mètres d'écartement. 5 h. 20 m. Le nerf sciatique n'est plus excitable qu'avec un courant de 10 centimètres d'écartement; les muscles ne se contractent plus avec un pareil courant. 5 h. 25 m. Le nerf sciatique ne donne plus de mouvement sous l'in- fluence du courant le plus fort. Les muscles ont aussi perdu toute exci- tabilité. L*expérience précédente nous montre un chien qui a reçu dans une veine deux grammes cinquante centigrammes d'ex- trait de thalictrum, un gramme de plus que dans Texpérience XXXII . La pression moyenne était de 118 millimètres — 162 — avant rùyectiou, aussitôt après elle tombe à 49 millimètres. Trois minutes plus tard elle n'est plus que de 13 millimètres. Sur le quatrième tracé éloigné de sept minutes du moment de l'injection, la pression est de 12^5 millimètres; elle baisse ainsi rapidement jusqu'à devenir nulle au moment de la mort distante de dix-sept minutes du début de l'expérience. Il faut remarquer qu'après l'injection il y a eu immédiate- ment des respirations beaucoup plus fortes qui ont duré un quart de minute. Il est très probable que, si dilué que fat l'extrait de thalîctrum injecté dans la veine, il a cependant pu exciter un instant les terminaisons des nerfs sensibles dans l'endocarde, de façon à produire momentanément cette aug^ mentation si remarquable de la pression. Mais à partir du moment où ces hautes courbes respiratoires cessent, les mouvements respiratoires se traduisent à peine sur les courbes de la pression. Nous rappellerons que M. Bochefontaine a déjà signalé à la Société de Biologie la disparition des ondulations ca- ractéristiques des mouvements respiratoires dans les tracés hémodynamométrîques, chez les mammifères (chiens) sou- mis à l'action de certaines doses d'alcool, de salicylate de soude etc. Ces substances paralysantes du système nerveux central, empêchent donc l'élévation relativement considé- rable qui se produit dans la pression sanguine intra««ar- tériellelors des mouvements respiratoires, au moment de l'ex- piration. Cette diminution, si évidente de la pression, lors de l'expiration n'est pas due à une diminution de l'amplitude des mouvements respiratoires du thorax, puisque nous avons constaté au moyen du pneumographe que les efforts réels de (i CQmpt«i*7en4iis dn séiuoiee» de la Sooiâté de Biologrie, 1880. -P 163 - respiration thoraeiqne ne sont pas diminués nuûs au con- traire augmentés. Nous ne rapporterons pas une autre expérience faite de la même manière que Texpérience précédente, et qui a donné les mêmes résultats que ceux des expériences XXXI et XXXII, c'est-à-dire un abaissement considérable et rapide de la pression, une accélération extrême du pouls, et la dispa- rition à peu près complète des courbes respiratoires dans les tracés hémodjnamométriques. Dans un autre cas, nous avons employé en même temps, sur un chien empoisonné par le tbalictrum, le sphyg- moscope et le pneumographe; les résultats de cette double investigation sont encore venus confirmer ce que nous avons dit relativement à la respiration et à la circulation. D'après ce que nous savons de la diminution considérable de la tension artérielle chez les animaux intoxiqués par notre substance, on s'expliquera facilement la décoloration ob- servée du côlé des muqueuses, notamment des muqueuses labiale et buccale (exp. XXIII, XX VIII etc.) qui sontpâleh sans être exsangues. Ce fait trouve aussi son explication dans l'action que le thalictrum macrocarpum exerce certainement sur le cœur, action qui ressort de l'exposé que voici. On a fréquenment noté dans le cours de notre étude ex* périmentale que les battements du cœur, perçus par la pal- pation à travers la paroi précordiale d'un mammifère in-* toxique, étaient énergiques et que cependant il était presque impossible de percevoir le phénomène du pouls, le pouls de l'artère fémorale par exemple. Ce fait est d'une grande im< portânce car il prouve que la circulation périphérique est peu active, et que l'organe de la circulation se contracte — 164 — pour ainsi dire à vide, sans résultats effectifs, quoique ses contractions soient doublées en nombre, aussitôt que la substance toxique est introduite en certaine proportion dans Téconomie. Faut-il rechercher la cause de ce trouble fonctionnel du cœur, dans Tinfluence que pourrait avoir Textrait de thalic- trum sur Tinnervation de cet organe ? On a déjà mentionné plus haut que le système nerveux cardiaque paraissait respecté dans Tempoisonnement du tha- lictrum macrocarpum , et Ton peut se reporter à Texpérience pour être convaincu de ce fait. Cette expérience relate que les excitations faradiques des nerfs pneumogastriques, soit sectionnés ou non sectionnés, se passent peu de temps avant le mort chez l'animal intoxiqué par notre substance, comme sur un animal non empoisonné placé dans les mêmes con- ditions. Il y a donc lieu de penser à une action sur la contractilité de la fibre cardiaque elle même, d'autant plus que dans de nombreuses expériences (exp . XX, XVII , XXXIV, etc . ) il a été impossible,aussitôt après lamort, d'obtenir la plus faiblecon- traction possible du cœur, même avec les courants faradiques les plus énergiques. Une seule fois (exp. XXI) on a pu faire contracter les oreillettes du cœur sur un chien qui venait d'être tué par une injection intra veineuse d'extrait, mais dans ce cas, comme dans tous les autres; les ventricules n'étaient pas excitables par un très fort courant. Il y a lieu sans doute de signaler l'affaiblissement de la circulation sanguine dans le cœur lui-même, et la diminution de la puissance contractile de cet organe qui en doit être la con- séquence. On peut également rattacher à l'action paralysante que le — 165 — thalictrum macrocarpum exerce sur la contractîlité du cœur le ralentissement progressif de cet organe noté dans nos expériences sur les grenouilles (exp, VI, XII, XIII, XIX). Cette action sur le cœur, est importante, si on tente au point de vue physiologique, ainsi que nous le ferons plus loin, un rapprochement entre le thalictrum macrocarpum et Ta- conit. Mais nous ne croyons pas pouvoir rechercher, dans les troubles de la contractiUté cardiaque, Texplication d'un fait que nous avons relaté dans beaucoup de nos expériences, et qu'on observé très fréquemment, quelle que soit la cause qui détermine la mort : nous voulons parler de respirations sur- venues durant plusieurs secondes, et quelquefois pendant deux ou trois minutes après Tarrêt du cœur. En résumé, les troubles que détermine l'extrait de thalic- trum dans les fonctions de la circulation des mammifères tels que le chien, se traduisent d'abord par Taccélération des mouvements du cœur et la diminution considérable de la tension artérielle. Pendant ce temps, les battements du cœur perçus à travers la paroi thoracique paraissent éner- giques, et cependant le pouls est imperceptible. Quel- ques minutes avant la mort les contractions cardiaques de- viennent lentes, faibles, irrégulières et finissent par cesser. Ces derniers faits ainsi que Tinertie des fibres musculaires du cœur, lorsqu'on les faradise avec les plus forts courants immédiatement après la mort, autorisent à admettre une action paralysante de l'organe central de la circulation qui n'est certainement pas étrangère à la mort des animaux sou- mis à rinfluence du thalictrum macrocarpum. — 166 — b. — Action sur la caiori/ication. — L'intoxication produite ches les animaux par l'extrait de thalîctrum ma* crocarpum appo(rte de grands changements dans lear iem«- pératore. On a constaté une diminution thermique graduelle dans la plupart des cas, soit que l'agent toxique ait été injecté par la méthode hypodermique, soit qu'il ait été in- jecté dans les veines ou dans l'estomac. Ainsi dans l'expérience XX, un chien du poids de onze ki- logrammeSf a été tué en trois heures de temps, après l'in- jection hypodenmquede 5 grammes d'extrait, et sa tempe- rature est descendue au bout d'une heure enyiron de 37**5 à L'expérience XXV sur un chien du poids de quinze kilogrammes, tué dans l'espace de quatre heures par une injection hypodermique de trois grammes d'extrait, enregis- tre encore un abaissement de température. La température initiale était de 38^* au bout d'une demi-heure l'animal n'avait plus que 38, 6*, et trois heures et demie après le commencement de l'expérience sa température Calait 36'. Par une injection intra-veineuse de deux grammes d'ex- trait, dans l'expérience XXXI, on a donné en quarante* huit minutes la mort à un chien pesant seize kilogrammes. L'animal avait 38^*7 avant l'injection, au bout de 28 minutes sa température était de 38^5 et après quarante*cinq minutes, elle s'était abaissée à 37^ L'expérience XX Vil a pour objet un cWen qui a supporté sans en naourir une injection intra stomacale de vingt gram- mes d^extrait de thalictrum. Ce chien pesait onze kilogram- mes* Au commencement de l'expérience sa température était de 39*5. Au bout d'une heure elle n'était plus que de 38*2. Un chien (exp. XXIII),qui reçoit en injection hypodermi- — 167 — que trois grammes d'extrait de thalictrum, présente aussi un abaissement graduel de la température. Cet animal au début de l'expérience avait 38*4, trente minutes après on note en- core 38*4. Après deux heures et demie d'empoisonnement, sa température est de 38* ; après quatre heures, elle est de 36*. Une demi-heure plus tard on trouve 35*4. Enfin vingt minutes ayant la mort séparée par six heures du moment de Finjection, la température rectale n'est plus que de 33*^. Voici encore une expérience dans laquelle on a relevé trois fois avec soin la température centrale d'un chien in- toxiqué par une injection hypodermique d'extrait. ExPSRisNGB XXXIIL ^ Chien grifTon, du poids de 11 kilograwiiM. Température centrale 38® 7. 8li. 45 m. Injection dans la veine saphône de deux grammes d'extrait de thalictrum maeroearpiiiQ. 2 h. 50 m. L'animal devenu très triste expulse des matières fécales dures. Il a une tendance au sommeil. Il se balance sur ses quatre pattes et contracte ses iancs. Quand il essaye de marcher il titube. Êfitorts de vomissement. 2 h. 52 m. Température rectale 38<> 2. II émet d'abondantes urines. 2 h. 58 m. L'animal se conche, les battements du cœur sont précipités ut très fnibles. 3 h. 10 m. Nouvelle expulsion de matières fécsies» tasjours diarai, ranimai paratt moins abattu. S h. 12 m. Il essaye de se relever mais il tombe après avoir fait quelques pas en chsncelsnt. 3 h. 20 m. 11 rend encore des excréments solides tout en restant con- ché. Température 37«. a b* 25 m. Il essaye de se relever sans snecès, ses forces diminuent sensiblement. 3 h. 30 m. Nouvelle émission d'urine. Température rectale 30<> 8« 3 h. 35 m. L'animal reste toujours couché et ne bouge plus^ on le croit aaori car on ne sent plus les battements de son ctstir à ttsvsrs lles au minimum dlfint8ns(ité du eourant de l'appareil (50 centimètres d'écartement). 3 h. 26 m. Le nerf sciatique est sectionné. Le bout central électrisé ne donne aucune espèce d'effet môme à 0* centimètre d^écarléni'ent, maximum d^intensité de Tappareil. A 15 centimètres k bout périphérîique donne des mouvements dans la patte correspondante et les mwscles ne se contractent pas par l'action de ce courant. 3 h. 32 m. A 35 centimètres le nerf sdatique est encore excitable, il Pest aussi à 36 et à 37 centimètres; à 38 il ne l'est plus. -^ Les muscles ne donnent rien ni à 20 ni à 13 centimètres, à 11 on voit une légère con- traction. 3 h. 40 m. A 14 centimètres d'écartement Texcitabilité musculaire est nulle à 10,5, elle existe mais très-faible à 11 il n*y a rien. 3 h. 45 m. Le cœur de l'animal est mis à nu, l'excitation électrique de cet organe ne produit aucune contraction à* aucune degré de Tappa* reil. -^ Les poumons n'ont présenté rien d'anormal. On voit que deux minutes après la mort les muscles ne sont pas excitables au minimum d^intensité du courant de l'appareil à chariot. Deux minutes plus tard les muscles ne se contractent plus à 15- centimètres d'écartement. Un quart d'heure environ après la mort, les muscles étaient inexcita- bles à 11 degrés d'écartement. Dans la même expérience, le cœur de l'animal mis à nu aussitôt après la mort n'a pu être excité à aucun degré de l'appareil à chariot. 11 en a été de même dans beaucoup d'autres expériences où le cœur a été examiné immédiate- ment après la mort. Si on voulait rapprocher le muscle cœur des muscles de la vie de relation, on pourrait mentionner encore que, dans l'expérience XXI, on a vu les oreillettes- se contracter encore sous l'influence d'un fort courant électri- q^iie, trois minutes après la mort alors que les ventricules restaient parfaitement inertes sous l'action du même cou-* rant. Eh résumé, il est acquis que^ indépendiamment de son* — 172 — action locale, l'extrait de thalictrum en vertu de son action physiologique diminue la contractiiité musculaire chez les batraciens comme chez les mammifères. Il est bien entendu que cette action sur la contractiiité musculaire n'est pas la caractéristique de l'effet du thalic- trum macrocarpum, puisque, longtemps avant que la contractiiité ne soit diminuée d'une manière sensible, on a observé la résolution plus ou moins complète de l'animal. h. Actions sur les sécrétions. — L'action de l'extrait des racines du thalictrum macrocarpum n'a eu qu'un faible retentissement sur la plupart des organes sécrétants. Ainsi nous n'avons jamais manifestement observé une augmenta- tion de la sécrétion de la salive, des larmes, etc. On a vu dans toutes les expériences où la diarrhée a été notée, que la sécrétion intestinale est fortement augmentée. Dans les expériences XVI, XVII, XXI, XXVIII, XXXIU, il n'y a eu que de la défécation. Mais dans les expériences XV, XXVII, etc., on a observé de la diarrhée, et dans l'ex- périence XXVII, l'extrait de thalictrum, introduit dans l'es- tomac au moyen de la sonde œsophagienne, a déterminé un flux diarrhéique très-abondant après une heure envi- ron. Rappelons encore que, dans l'expérience XX, un chien du poids de dix kilogrammes, qui avait reçu une injection hypodermique de cinq grammes d'extrait, a expulsé au bout de deux heures des matières fécales dures, mais baignées par du liquide intestinal teinté de sang. La sécrétion urinaire est celle qui paraît la plus in- fluencée, après la sécrétion intestinale. En effet, dans beaucoup de nos expériences (exp. VII, XXI, XXVI, XXVI) on a relaté de la miction. C'est surtout quand l'ex- — 173 — trait de thalictrum a été introduit par la voie stomacale comme dans Texpérience XXVII et dans celle qui est rap- portée ci-dessous que les reins ont sécrété de l'urine en assez notable quantité. ExpÉRiENGB XXXV. — Chien griffon, du poids de 7 kilogrammes. Tem- pérature rectale 38<^2. 120pul8ationspar minute, comptées sur Tartère fémorale, 20 respirations par minute. 10 h. Ce chien reçoit en injection intra stomacale au moyen de la sonde œsophagienne 7 grammes d'extrait aqueux, dissous dans 100 grammes d^eau. 10 h. 30 m. L'animal devenu triste et un peu abattu; son pouls est monté à 176 pulsations par minute; les mouvements respiratoires sont au nombre de 24 ; la température n'a pas varié. 10 h. 35 m. L* animal urine abondamment. Il gémit et la contraction de ses fiances avec ondulations des parois musculaires indiquent de violentes coliques. iO h. 50 m. Il rend des selles demi diarrhéiques, et des urines abon- dantes; la température est la môme qu'au début de Tobservation. 11 h. L'animal urine de nouveau très abondamment ou recueille les urines, on cherche sans succès à y déceler la tbalictrine et la macrocarpine au moyen des réactifs appropriés. 2 h. Le chien ne parait pas éprouver d'autres phénomènes. 4 h. Il est tout à fait remis. Le lendemain et jours suivants il n'a pas paru incommodé d'aucune manière. Cette expérience révèle encore une fois la faible action toxique de l'extrait de thalictrum macrocarpum introduit dans Téconomie par la voie stomacale. Elle est aussi inté- ressante, au point de vue de la recherche, dans la sécrétion des reins, des deux principes cristallisables de notre thalic- trum pyrénéen. On voit que dans ce cas, comme dans d'au- tres que nous n'avons pas rapportés, la thalictrine n'a pu être décelée dans les urines par les réactifs des alcaloïdes, et qu'il a été également impossible d'y retrouver la macro- carpine au moyen de la réaction de Klunge. — 174 — dans uos à cause des vomissements bilieux et des diarrhées bilieuses plusieurs fois observés, paraît devoir éprouver les effets de notre agent toxique. D. — Analogies avec faconitine. Les troubles physiologiques multiples, que détermine dans l'économie le thalictrum macrocarpum^ permettent de le rap- procher d'un autre agent' toxique fourni comme lui par la famille des Kenonculacées, nous voulons parler de l'aconit. Déjà plusieurs fois, dans le courant de cette étude nous avons eu l'occasion de signaler certains phénomènes rappelant I9 mode d'action de l'aoonitine. — i79 — Le résumé ^éeédeot des ^ets 'pbjsiûlogiques du thalio- ttxm macrocarpum facilite déjà la rech^che des analogies qui peuvent exister entre l'action de cette plante et celle de l'aconit napel. Mais, pour établir d'une façon plus métho- dique r^analogie qui existe enixe les phénomènes physiolo- giques de ces deux renonculacées, il importe d'avoir t'^ale* ment sous les yeux le tableau des troubles que détermine l'aconitiae sur Torganisme. C'est dans les leçons de M. le pro- fesseur Vulpian que noiis allons relever à peu près textuel- lement les principaux phénomènes de raconiUsation{l). L'aconiiixie est un poison d'une énergie excessive. Intro- duite sous la peau des grenouilles, elle produit des effets très-mai^esies à la dose de 1|500^ de milligramme, et eUe tue ces batraciens à la dose de 1/200® de milligramme. Elle exerce aussi une action toxique d'une puissance externe sur les mammifères. Un milligramme seulement tue un chien de forte taille ! Vaciion de Taconitine sur les centres nerveux est tout & fait prédominante chez les grenouilles ; Elle a lieu, chez ces animaux, avant que le fonctionnement du cœur soit modifié d^une façon notable. On voit d'abord se manifester une agi- tation considérable, puis un affaiblissement progressif qui va jusqu'à l'abolition de toute motilité volontaire ou réflexe. La sensibilité semble diminuer chez les grenouilles aconit tisées en même temps que la motilité spontanée et réflexe. L'affaibUssement de la sensibilité chez les grenouilles aconi-* tisées dépend en effet, bien certainement, d'un engourdisse* ment des aptitudes des centres cérébro-spinaux. Cet affai*-' blissement s'explique d'une façon suffisante par l'hypothèse d'une action du poison en question sur l'encéphale et la (i)Yxilpian, loc. cit. p. dSSet suiy. — 180 — moelle épinière, et cette hypothèse devient plus satisfaisante encore lorsqu'on reconnaît que c'est par une supposition du même genre qu'on est forcé d'expliquer la diminution pro- gressive de l'énergie de la motilité. On voit, dans un grand nombre de cas, se produire dans les divers muscles des grenouilles empoisonnées par l'aco- nitine des soubresauts partiels, des frémissements, des sortes de palpitations; ces phénomènes sont dus à l'influence de ce poison sur les extrémités périphériques des nerfs moteurs. Chez les grenouilles aconitisées, les fonctions des centres nerveux sont atteintes avant que les mouvements du cœur aient été troublés notamment. La mort est produite par les altérations fonctionnelles des centres nerveux, aussi ne peut-on pas dire, en se fondant sur les expériences faites sur " ces animaux, que l'aconitine est un poison du cœur. On observe chez les mammifères comme chez les gre- nouilles un affaiblissement progressif de la motilité^ mais l'aconitine n'atteint et ne diminue la sensibilité que lorsque la motilité est déjà considérablemeent affaiblie. Chez le chien, la mort arrive d'ordinaire avant la période de paralysie véritable des mouvements volontaires. L'agita- tion extrême, les angoisses douloureuses, les troubles inten- ses de la respiration, ne sauraient non plus laisser de doutes surTaction de l'aconitine sur les centres nerveux. Quand les phénomènes d'intoxication sont bien manifestes, on observe la dilatation de la pupille, sans doute par méca- nisme réflexe, l'aconitine irritant différents viscères le canal digestif entre autres. Mais la cause déterminante de la mort, paraît être dans la plupart des cas l'arrêt des mouvements du cœur. L'aco- nitine exerce sur le cœur des mammifères une action - 181 — des plus énergiques. Les mouvements de cet organe devien- nent d'abord plus violents à la palpation, puis s'aflFaiblissent ensuite progressivement et dans une dernière et courte pé- riode terminée par la mort, nous avons senti de violentes palpitations avec des irrégularités considérables du muscle cardiaque. Cette substance agit notablement sur la pression générale du sang dans les artères. Lorsque l'injection d'aconitine a été faite sous la peau, il y a eu d'une façon constante sous l'influence de cette substance, un abaissement progressif de la pression intra-carotidienne. Quand Tinjection a été faite dans une des veines, on a observé, mais non constamment, une élévation de cette même pression. L'aconitine trouble aussi profondément le fonctionnement respiratoire chez les mammifères. On ne saurait se refuser à admettre qu'elle exerce une certaine influence sur les "mus- cles de la vie animale. L'aconitine produit encore rabaisse- ment de la température chez les animaux soumis à son action. Les vomissements et la diarrhée produits par cette subtance ont pour cause, d'une part, l'irritation des membranes mu- queuses stomacale et intestinale, irritation qui est sans doute déterminée par l'élimination dePaconitine par ces mem- branes, d'autre part peut-être l'excitation spéciale que cette substance toxique fait naître dans les centres nerveux. L'aconitine peut activer la sécrétion des diverses glandes salivaires ainsi que celle du foie, peut-être même celle des glandes lacrymales, mais elle n'a pas d'influence reconnais- sable sur la sécrétion du fluide pancréatique et de l'urine. Le principe actif de l'aconit napel pourrait donc être con- sidéré d'après ce que nous venons de dire comme un poison cardiaque pour les mammifères* Il semble cependant qu'on — 182 — ne ptrissepaa faireatrtremewt que àe donner à cette substance toxique ttn« place à part, non seulement à cau'se de son mode d'action sur les batraciens, mais encore à cause des troubles considérables de Tinnervation centrale, qui, chea les mamnaifères eux-mêmes, précèdent les grandes perturbations des mouvements cardiaques. Si nouB essayons maintenant un rapprockement entre la tialictrine- et l'aconitine, nous constatons que la première est dfouée d*mi pouvoir toxique beaucoup moins considérable qiie cePai de la seconde, puisqu'il faut injecter au moins deuse milligrammes de thalictrine pour faire périr une grenouille, tandis qu'il suffît de lj200® de milligramme d'aconitinepour tuer un animal de la même espèce. Il est très remarquable de voir ces deux agents toxiques déterminer des phénomènes identiques chez l'es grenouilles. Le fait prédominant, avec la thalictrine comme avec* Paco- nitine, est une action sur les centres nerveux, action qui se manifeste par un affaiblissement progressif allant jusqu'à ^abolition d^e* toute motilité volontaire ou réflexe. Ott- cons- tate encore dans les deux cas une diminution dfe la senBΗ bilité, ainsi que de Texcito-motricité. Seulement, avec la tbalictrine, on n'observe pas, comme pour l'aconitine, dhns les divers muscles des grenouilles empoisonnées, les- sou^ bresaute partiels, les frémissements, lès sortes de palpimme agent yéritablement anti-algésiqae dans le traite- ment de certaines maladies telles que céphalalgies rebelles, tic douloureux de la face, névralgies diverses, douleurs d'origine myélitique, etc. Il est bien entendu que nous ne conseillerons pas d'em- ployer la thalictrine de préférence à Taconitine pour une foule de maladies dans lesquelles on a attribué au principe actif de Taconit une influence thérapeutique problématique. On croit très-peu, en effet, aujourd'hui, à Taction théra- peutique des préparations d'aconitine dans les cas de syphi- lis, de cancer, d'amaurose ; on croit à peine davantage à leur efficacité dans le traitement des rhumatismes, de la goutte, de Térysipèle, des fièvres éruptives, de la grippe, etc. Il est donc permis de penser, qu'il y aurait intérêt à sub- stituer la thalictrine à l'aconitine, dans la plupart des cas où cette dernière a pu être utilisée comme médicament suscep- tible d'influencer différentes parties du système nerveux, surtout si l'on réfléchit aux dangers qui peuvent résulter de l'emploi d'un agent d'une toxicité vraiment effrayante comme celle de l'aconitine, capable de produire la mort chez l'homme à la dose d'un milligramme. Nous savons que' la thalic- trine au contraire, n'est toxique qu'à des doses beau- coup plus élevées, puisqu'il faut deux milligrammes d'un sel de cet alcaloïde pour tuer une grenouille; partant cette substance est plus facile à manier que l'aconitine, et pour cette raison seule, on comprend qu'elle présenterait des avantages réels si on venait à l'importer •dans la thérapeutique. Quant à la place que doit occuper la thalictrine dans la classification des poisons, il est naturel d'après les faits que Doassans. 12 — 186 - nous venons cTexposer de la rapprocher de Taconîtine. Or, nous avons ièjà vu que Taconitine pourrait être considérée, jusqu^à un certain point comme un poison cardiaque pour les mammifères, mais il a semblé à M. le professeur Vulpîan « qu*^on ne pouvait pas faire autrement que de donner à cette substance toxique un place à part, non seulement à cause de son mode d'^action sur les batraciens, mais encore à cause des troubles considérables de Tinnervation centrale qui, chez les mammifères eux-mêmes, précèdent les grandes pertur- bations des mouvements cardiaques, (1) » La thalictrine mani- festant principalement son action sur les centres nerveux, aussi bien chez les batraciens que chez les mammifères, de- vrait rentrer dans le groupe des anesthésiques si les autres phénomènes qu^elle détermine ne la plaçaient à côté du prin- cipe actif de Taconît. C'est ainsi que dans la classification des substances toxiques, la thalictrine pourrait, servir de transition entre Taconitine et les agents anesthésiques. n ne serait pas difficile en effet de démontrer Texistence d'une certaine analogie entre Taction du chloral et de la morphine, et celle du thalî'ctrum macrocarpum. Rappelons seulement que chez le chien derèxpérienceXXllT, le courant maximum de l'appareil à chariot, port é sur le bout central du nerf sciatique sectionné à la cuisse, n'a pas d'abord dé- terminé le moindre cri tandis que, quelques secondes plus tard, un courant d'une intensité extrêmement faible relative- ment produisait les plus vives manifestations de douleur. C'est la un fait pareil à celui qui a été signalé, comme on le sait, par M. Oré, professeur à Técole de Bordeaux, dans (l).Vulpian, loc. cit. p. 438. son étude snr lecHoral, et qui petrt être égàletneùt observé avec différents anesthésiqnes. Nous n'âTonspas fait de recherefees expérifmetttales dans le but de trouver des i^ubsfamcfes atitagonistei* dcf la thâlic- trine, ni essayé la valeur de la respiration artificielle pour rappeler à la vie les animaux intoxiqués par Textrait de thalictrum. Il est presque inutile d'ajotrter, après ce que nous saivons de l'épuisement du système nerveux central par Pinfl[uen<5e de notre agent toxique, que toutes les substances stimu- lantes des centres cérébro-spinaux seront probablement d'un certain secours dans Tempoisonnement du tàaKctrum macro- car pum. § 3. — Recherches PHYSiOLoaiQUES sur quelques autres THALICTRUM. Nous dirions peu de* choses de /action physiologique des autres thalictrum. Le jardin botanique et les sef re^ du Muséum de Pafis ne renferment âuctinef espèce du groupe âuqttel appartient le thalictrum macrocarptim ; les Physocarptim- sottt également fort rares dans les autres jardins botâniqù^es d^Europe, de sorte que h ThaRctrum ftavurrt L. et le Tkatktrt/m nigri- Cctns D. C.sont lés seules espèces qu*il nous ait été donné d'expérimenter* Le rhizome et les radicelles dte ces thalictrum européens sembleraient ne renfermer diaprés nos expériences que très peu de principe actif. Il est peut être vrai de dire que ces — 188 — plantes cultivées an Moséom avaient perdu par la cultâre une partie de leurs propriétés, on sait en effet que Taconit napel cultivé dans les jardins, jouit d'une toxicité très Êdble si on la compare à l'action énergique des aconits récoltés à Tétat sauvage. Quoi qu'il en soit, 30 grammes de racines de thaUctrum flavum qui avaient été parfaitement desséchées à l'étuve à 4Sfj pulvérisées et macérées pendant 24 heures dans un litre d'eau, ont donné par évaporation à siccité, 3 granmies d'extractif; cet extrait redissous dans six grammes d'eau a pu être injecté à des grenouilles à la dose de cinquante centi- grammes, sans produire aucun effet physiologique. En intro- duisant sous la peau, un gramme de cette substance, on atuéplusieurs de ces batraciens dans l'espace d'une journée. On pourrait penser que la quantité d'eau nécessaire, comme véhicule,pour faire pénétrer sous le tégument cutané des gre- nouilles un pareil poids d'extrait de thaUctrum flavum, suffit pour déterminer chez ces animaux des troubles assez considérables pour entraîner la mort? Pour vérifier cette hypothèse on a injecté 2 centimètres cubes d'eau sous la peau d'une grenouille et l'on a pu s'assurer facilement qu'une telle dose de liquide ne produit qu'une gêne des mouvements qui disparait au bout de quelques heures ; après avoir cons- taté le même fait à plusieurs reprises, on a dû reconnaître que l'extrait de thaUctrum flavum jouit réeUement de certaines propriétés toxiques, moins accentuées il est vrai que celles de l'extrait des racines du thaUctrum macrocar- )/um» 45 grammes de racines de thaUctrum nigricans traités de la même manière par un litre d'eau, ont donné 2 grammes seulement d*extracttf. — 189 — Cet extrait expérimenté sur des grenouilles, en injection hypodermique à la dose de 50 centigrammes, a déterminé chez ces animaux, au bout de douze heures, l'état de résolution musculaire et d'affaiblissement observé après une ou deux heures avec l'injection d'un ou deux centigrammes d'extrait de thalictrum macrocarpum. En dépassant la dose de 50 centigrammes, on a déterminé la mort de plusieurs gre- nouilles. Nous n'oserions toutefois avancer d'après ces expériences que le thalictrum nigricans, simple forme du thalictrum flavum, ait une action toxique plus marquée que ce dernier; surtout si nous rappelons ce point déjà mentionné dans une note de la partie chimique de ce travail, à savoir que l'extrait alcoolique du thalictrum nigricans, traité dans le but d'y retrouver le principe actif, ne s'est pas montré toxique en injection sous la peau des grenouilles. Il n'est pas besoin de redire les analogies déjà signalées p . 77, entre le thalictrummacrocarpum et d'autres thalictrum; il est probable qu'on obtiendrait avec les espèces men- tionnées, des effets physiologiques également considérables et intéressants; mais malheureusement il nous a été impos- sible de disposer de l'un ou l'autre de ces thalictrum voisins de l'espèce pyrénéenne objet de ce travail. 'X d ^^ wllékW/Z.y-' • ' ; i L '• \ •l - < J > « 1 CONCLUSIONS CONCLUSIONS P Le Thalictrom macrocarpum, renonculacée exclusive- ment pyrénéenne, est spécial à la région de la HauteVallée d'Ossau. 2* C'est à Gaston Sacaze que revient Thonneur de la dé- couverte de cette plante. 3^ Le thalictrum macrocarpum est une des espèces à grandes fleurs. Il tient le milieu entre les Physocarpum américains et les Physocarpum asiatiques. 4* Les fleurs du thalictrum macrocarpum sont disposées en inflorescence déflnie, panicuUforme, très appauvrie. ô"" Un stigmate très long, des achaines volumineux à ner- vation sinueuse anastomosée et une souche déterminée, vivace, pourvue d'une racine pivotante très développée, caractérisent nettement cette espèce. &* Les feuilles de notre thalictrum pyrénéen sont peu abondantes. A l'extrémité de chacune des divisions de la souche, à la base de la tige florifère^ se développe habituelle- ment une feuille unique, pétiolée, quatre à cinq fois tricho- tome. 7^ La souche se compose d'une seule ou de plusieurs divi- sions terminées à leur partie supérieure par un renflement ubéreux en massue ; elle se continue sans ligne de démarcat tion apparente avec la racine. — 194 — S'La souche et la racine colorées en jaune intérieurement, possèdent une structure anatomique a peu près semblable, mais on arrive sans difficulté à trouver sur la racine les faisceaux primaires qui .servent à différencier ces deux organes. 9** Sur une coupe transversale de la racine, on peut obser- ver à Texamen microscopique, dans la partie libérienne des faisceaux X^parenchyme corné qu'on retrouve principalement daas les Clemaûs. 10» Tous les éléments, aussi bien ceux qui entourent les vaisseaux que ceux de la moelle, sont remplis d'un principe jaune qui paraît moins abondant dans la partie libérienne, et principalement concentré dans la moelle. Les parois des vaisseaux sont colorés par la substance jaune et leur cavité parait vide. IP Au moyen des dissolvants neutres, on arrive facile- ment à extraire des racines du thalictrum macrocarpum, le principe colorant signalé dans la conclusion précédente et que nous appelons macrocarpme. Ce corps cristallisâble est constitué par de petits prismes fréquemment groupés et d'un jaune clair. Il est insoluble dans l'éther ; son meilleur dis- solvant est l'alcool amylique chaud. La macrocarpine n'a pas d'action sur laluinière polarisée. Elle renferme un pour cent d'eau de cristallisation. Chauffée à 85% elle commence à changer de couleur > puis s'altère complètement entre 100 et 120^ 12** La macrocarpine est un corps parfaitement neutre que les acides minéraux précipitent de ses solutions. Les solu- tions de macrocarpine ne subissent aucun changement de coloration sous l'inflence de l'ammoniaque. La réaction de -Klunge leur est commune avec les solutions de berbérine. La macrocarpiue cimuffée avec utie solution couceutrée de baryte, n'éprouve pas d'altération appréciable, 13^ La macrocarpine brûle sur la lame de platine eans laisser aucune espèce de trace, ni aucun résidu. Elle ne ren- ferme ni chlore, ni azote. On peut d'une manière très appro* ximative établir qu'elle est composée de 58, 15 OfO de carbone de 5,87 OzO d'hydrogène et de 35,98 OiO d'oxygène, 14" L6s racines du thalictrum macrocarpum contiennent un autre principe, possédant les réactions des alcaloïdes, nous le désignons sous le nom de thalictrine. 15^ La thalictrine se présente sous forme de petits cris- taux incolores, aiguillés, groupés autour d'un centre com-* mun. Ces cristaux sont insolubles dans l'eau à chaud conuDi à froid, solubles dans l'éther, l'alcool, le chloroforme. 16^ Cet alcaloïde neutralise bien les acides ; on a pu obtenir le chlorhydrate, l'azotate et le sulfate de thalictrine. 17° On peut isoler la thalictrine, en suivant la méthode générale usitée pour l'extraction des alcaloïdes. C'est l'em- ploi de l'acide tartrique qui nous a donné le meilleur résultat { la chaux nous a aussi réussi, mais nous avons échoué avec la magnésie. 18^ Les parties aériennes du thalictrum macrocarpum, sont dépourvues de propriétés toxiques. 19° Il n'en est pas de même des parties souterraines qui fournissent un extrait doué de propriétés toxiques. Cet extrait doit ces propriétés à la thalictrine dont les composés sont également toxiques. L'extrait renferme encore des sub^ tances, telles que la macrocarpine, une résine indéterminée, du glucose, des sels minéraux qui sont sans action physi(K logique manifeste, (Voir tableau p. 76.) 20** L'extrait alcoolique est moins actif que l'extrait — 196 — aquenx. CSe dernier possède une action locale que n'ont pas la thalictrine et ses sels. 21* Les effets physiologiques proprement dits, déterminés par l'extrait de thalictrom, sont identiques à ceux que pro- duisent la thalictrine et ses sels. 22* L'action locale propre à Textrait n'existe plus quand il est suffisamment dilué dans l'eau. 23* Une dose de un, deux ou trois centigrammes d'extrait dethalictrum, insérée sous la peau des grenouilles, détermine la mort dans l'espace de trois ou quatre heures. 24^ Les sels de thalictrine sont mortels pour ce même animal à la dose de deux à cinq milligrammes, au bout de vingt à quarante minutes environ. 25* Chez les mammifères, comme le chien, il faut injecter sous la peau une dose de trois ou quatre grammes d'extrait pour amener la mort dans un intervalle qui varie entre trois et six heures. 26^ A la dose d'un à deux grammes en injection intra- veineuse, l'extrait aqueux de thaUctrum peut être mortel dans l'espace de cinq à quinze minutes. 27"* Si l'extrait est porté dans l'estomac, son action est incomparablement moins énergique.Un chien peut ainsi sup- porter vingt grammes de cette substance toxique sans suc- comber. 28* L'affidblissement et la résolution paralytiques sont les premiers symptômes de l'intoxication produite par le tha- Uctrum macrocarpum ; 29^ Ces phénomènes ne sont pas dus à la perte de l'ex- cito-motricité nerveuse, car celle-K^i est à peine atteinte chez les grenouilles et reste [intacte chez les mammifères tels que le chien; 30* Ils sont le résultat d'une action sw les centres ner- — 197 — veux encéphalo-médullaire, comme le prouve la diminu- tion remarquable des mouvements volontaires où réflexes et de la sensibilité générale . 31* Le système nerveux ganglionnaire semble respecté par le thalictrum macrocarpum ; 32^ La dilatation de la pupille qui se produit sous l'in- fluence de cet agent toxique, paraît devoir s'expliquer par une action sur Toculo -moteur, ou sur les noyaux de substance grise qui le mettent en activité. 33° Du côté de l'appareil digestif on observe sous cette même influence des vomissements répétés, et la plupart du temps de la diarrhée plus ou moins bilieuse. On a noté en- core le relâchement du sphincter anal. 34* L'extrait de thalictrum accélère les mouvements res- piratoires qui deviennent plus amples en restant d'ailleurs réguliers. Quelques minutes avant la mort, la respiration se ralentit, devient irrégulière et pénibl e ; elle persiste une, deux et même trois minutes après Tarrêt du cœur. 35^ Le sang des grenouilles empoisonnées par l'extrait de thalictrum est normal à l'examen spectroscopique. Le sang des mammifères, étudié avec l'appareil de M. Schût- zenberger, est plus riche en oxygène pendant l'intoxica- tion qu'à l'état physiologique. Ce fait trouve son explication dans les phénomènes paralytiques déterminés par notre agent toxique. 36* Les troubles qu'apporte l'extrait de thalictrum dans la circulation se traduisent d'abord par une accélération extrême des mouvements du cœur et une diminution considé- able de la tension artérielle. Le cœur se ralentit et devient irrégulier quelques minutes avant la mort, puis finit par s'arrêter. — 498 — 37^ L'extrait de thalîctrum exerce une action paralysante sur la contractilité des fibres musculaires du cœur ; il n*a qu'une faible influence, sur l'excitabilité des muscles de la vie animale. 38* Cet agent toxique détermine un abaissement pro- gressif et considérable de la température ; SQ"* 11 ne paraît pas avoir d'action sur les sécrétions salî- vaîre, lacrymale, et urinaire, du moins chez le chien. Les vomissements bilieux et la diarrhée indiquent une action possible sur les sécrétions biliaire et gastro -intestinale., 40' Les effets physiologiques du thalictrum macrocarpum, sont analogues dans une certaine mesure avec ceux de l'aconit. La thalictrine diffère de Taconitine en ce sens que les phénomènes de paralysie du système nerveux central qu'elle détermine, sont plus accusés chez les mammifères supérieurs que ceux qui sont dus à l'aconitine, tandis que chez ces animaux, les vomissements ainsi que les troubles cardiaques et respiratoires sont plus marqués avec l'aco- nitine qu'avec l'extrait de thalictrum. 4P La prédominance des phénomènes cérébro-spinaux, dans Taction de l'extrait de thalictrum, permet de classer cet agent parmi les substances paralysantes du système ner- veux central, plutôt que dans les poisons du cœur. 42** Les effets physiologiques du thalictrum flavum et d'une de ses formes, le thalictrum nigricans, sont beaucoup moins considérables que ceux qui sont produits par le tha- lictrum macrocarpum. TABLE DES MATIÈRES. Pages Avant-propos. ..f. •....• »•» 5 PREMIERE PARTIE. — Notes BOTAiiiQfm. S I. — Genre thalictrum •■* 10 A. Description botanique du genre thalictrum 10 JB.' Géographie bolAiii^uû et diyisiona du genre thalictrum 14 C. Propriétés des thalictrum, leur emploi en médecine. • 21 § 2. — Thalictrum macrocarpum 23 A. Historique àa thalictrum macrocarpum. . . . • 24 B. Description du thalictrum macrocarpum 26 a. Fleurs 26 6. Achaines 27 c. Inflorescence, tige florifère 28 d. Feuilles 29 e. Souche, racine 29 i . Description 29 2. Structure 31 f. Floraison .' 34 C. Géographie botanique du thalictrum macrocarpum . . 35 DEUXIÈME PARTIE. ^ Recherches chimiquçs. § i , Historique des travaux chimiques entrepris sur le genre thalictrum c 40 g 2. De la macrocarpine • 52 A. Préparation de la macrocarpine 59 B. Caractères physiques de la macrocarpine « 56 C. Action de la chaleur sur la macrocarpine *'....'. 59 D. Action des réactifs généraux 61 E. Analyse.. -. 63 — 200 — § 3. — De la tlialictrine 4 A, Redierehe dans les eaux-môres de la macrocarpine, • 67 B. Recherches dans la macrocarpine 68 C, Recherche avec Tacide tartrique 69 D. Recherche avec la chaux 71 E» Recherche avec la magnésie , 72 F. Propriétés 72 § 4. — Etude complémentaire des racines du thalictnim ma- crocarpnm • 73 A. Eau de végétation • 73 B. Extraits, sels minéraux 74 C. Analogies , • 77 TROISIÈME PARTIE, — Rechbrchbs phtsiologiques. § 1. — Action locale du thalictnim macrocarpum 86 § 2. — Action physiologique du thalictrum macrocarpum ... 99 A. Action toxique 100 ' B. Action physiologique sur les principales fonctions de Torganisme 111 a. Action sur le système nerveux 111 1. Nerfs périphériques • . . 113 . Centres nerveux 118 Encéphale 124 Moelle et bulbe 120 h. Action sur Tappareil digestif 138 c. Action sur la respiration 143 d. Action sur le sang 149 e. Action sur la circulation 152 f. Action sur la calorification. . . ^ 165 g. Action sur les muscles 169 h. Action sur les sécrétions. 172 C. Résumé de Taction physiologique 175 D. Analogies avec Taconitine. • • 178 § 3. — Recherches physiologiques sur quelques autres tha- lictnim • 187 Conclusions - 191 Varii, — A. Parent^ imprimeur do la Faculté do Médscino, rao M.-lo-Prinoo, t9-tl« .^^.